Afrique du Sud: Eviter de surfer sur la fibre xénophobe

Les Sud-Africains vont choisir leurs députés, aujourd'hui mercredi 8 mai 2019. Ces derniers éliront ensuite le chef de l'Etat pour un mandat de cinq ans. Pour ces sixièmes élections générales depuis la fin de l'apartheid en 1994, trois figures de proue de la classe politique en lice vont devoir s'affronter pour la conquête de la magistrature suprême.

Cyril Ramaphosa, 66 ans, propulsé en décembre 2017 à la tête du Congrès national africain (ANC) le parti au pouvoir, puis au sommet de l'Etat, deux mois plus tard, en remplacement de Jacob Zuma, poussé à la démission à la suite des scandales de corruption, part favori. Né à Soweto, dans la banlieue de Johannesburg, M. Ramaphosa a fait ses armes dans les mouvements étudiants de lutte contre l'apartheid. Un engagement qui va lui valoir 17 mois de prison.

Devenu l'homme de confiance de Nelson Mandela, il a dirigé les négociations ayant abouti à la fin du régime raciste en 1994. Alors que certains le voyait comme le successeur naturel de Nelson Mandela lorsque ce dernier s'est retiré du pouvoir en 1999, les caciques de l'ANC ont préféré Thabo Mbeki. Cyril Ramaphosa s'éloigne alors de la scène politique pour faire carrière dans les affaires, avant de signer son retour en 2014 comme vice-président sud-africain.

A en croire les sondages, son image rassurante de gestionnaire pragmatique et prudent, a permis après les zones de turbulences de l'ère Zuma, d'enrayer le déclin de l'ANC. Mais aujourd'hui 8 mai, il faudra compter avec le jeune dissident, Julius Malema, 38 ans, qui a fondé son parti, les Combattants pour la liberté économique (EFF), en 2013, après avoir violemment claqué la porte de l'ANC dont il dirigeait la Ligue des jeunes.

Lors de ses discours enflammés, il prône l'expropriation sans indemnisation des terres toujours largement aux mains des Blancs et la nationalisation des banques et mines du pays. Son mouvement qui a le vent en poupe, est crédité de 10 à 15% des intentions de vote. Un autre adversaire et non des moindres, est le chef de l'opposition, Mmusi Maimane, lui aussi 38 ans, premier responsable noir du principal parti d'opposition sud-africain, l'Alliance démocratique (DA), longtemps aux mains des Sud-Africains blancs. Eloquent, à l'aise devant les médias, Mmusi Maimane est parvenu tant bien que mal à préserver l'unité de la DA et l'a conduit avec succès lors des élections locales de 2016.

Par le biais d'alliances, son parti a arraché à l'ANC, des villes emblématiques comme Johannesburg et Pretoria. Ces candidats doivent tenir compte du contexte de ces élections, marqué par une situation économique difficile. Le chômage qui s'élève à près de 28%, la faible croissance et les inégalités raciales toujours importantes malgré la fin de l'apartheid, notamment les attaques répétées contre les immigrés, sont les grands défis auxquels les prétendants au trône doivent faire face.

Parmi les thèmes de la campagne électorale, figure en bonne position, cette épineuse question de l'immigration pour la nation arc-en-ciel en proie à des vagues de violences xénophobes. Chaque camp tente de tirer profit de cette situation mais chacun doit aussi savoir raison garder, car à pousser trop loin le bouchon, on risque soi-même de s'auto-flageller.

Cyril Ramaphosa, n'a-t-il pas payé les frais pour ses prises de position en voyant sa réputation ternie à la suite de la mort de 34 mineurs tués par la police lors d'une grève à Marikana au nord du pays ? Tous les partis politiques ont battu campagne dans cette localité à l'exception de l'ANC, du fait de la colère encore vive des miniers qui accusent le candidat du parti, actionnaire de la mine, d'être l'un des responsables de cette bavure. L'Afrique du Sud présente encore des séquelles du racisme et il ne faut pas en rajouter avec une xénophobie qui risque de plonger le pays dans des ténèbres.

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Plus de: Sidwaya

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