Djibouti: 20 ans de pouvoir du président - Guelleh partira-t-il jamais ?

analyse

Déjà 20 ans au pouvoir et le président djiboutien, Ismaïl Omar Guelleh (IOG), n'est pas prêt à passer la main après son quatrième mandat qui prend fin en 2021.

En effet, à l'occasion de son vingtième anniversaire à la tête de Djibouti, hier 8 mai, le septuagénaire président n'a montré aucun indice qui pourrait susciter une quelconque lueur d'espoir pour l'alternance dans ce petit pays de la Corne de l'Afrique.

Ce qui renforce le doute sur ses velléités de présidence à vie, c'est d'avoir laissé entendre qu'il était « possible de passer la main » à la fin de son mandat.

Ce propos empreint de clair-obscur propre aux dictateurs et aux pouvoiristes, traduit l'attachement viscéral de Omar Guelleh au pouvoir. Car, en parlant de possibilité de passer la main, cela laisse croire que c'est sa volonté qui prime sur la Constitution djiboutienne et non l'inverse.

En tous les cas, tout le monde sait que le pouvoir djiboutien est une dictature qui a su se donner les moyens pour embastiller le peuple et réduire la société civile et l'opposition au silence.

Quand on sait que devenu président en 1999, Ismaïl Omar Guelleh a été réélu en 2005, puis, après une modification de la Constitution, en 2011 et 2016, cela apporte de l'eau au moulin de ceux qui pensent que ce n'est pas demain la veille que l'alternance interviendra à Djibouti.

Alors, Guelleh partira-t-il jamais ? Tout laisse croire que non. L'on avait eu la faiblesse de croire qu'après la parenthèse sanglante de 2013 suite aux législatives qui avaient abouti à une grave crise électorale et une répression du régime contre les opposants, le natif de Dire Dawa refermerait une des pages sombres de l'histoire politique du pays, pour en ouvrir une autre faite de liberté et de démocratie.

Mais tant d'années après, le désenchantement est total. Pire, Guelleh s'est mué, au fil des ans, en véritable prédateur, aux dents acérées, des libertés individuelles et collectives.

Guelleh doit savoir arrêter pendant qu'il est encore temps

Avec quelques performances réalisées au plan économique, notamment un taux de croissance de 6% et un triplement du produit intérieur brut, il reste que Djibouti n'est pas un exemple de démocratie. L'on peut même se demander si Ismaïl Omar Guelleh a l'intention de se défaire de cette image.

En effet, eu égard aux manifestations dans son pays, inspirées par le printemps arabe qu'il a réussi à réprimer au début de 2011 et au regard de ce qui s'est passé récemment en Algérie et au Soudan, le président djiboutien devait être en mesure de comprendre que les populations africaines aspirent au changement et que les longs règnes aboutissent toujours au chaos.

C'est apparemment mal le connaître. Devenu le chouchou des puissances occidentales et asiatiques compte tenu de la position géostratégique de son pays où transitent 20% des exportations mondiales et de l'installation des bases militaires desdites puissances, le président Guelleh semble n'avoir peur de rien.

Mais ce qu'il oublie, c'est que même s'il a réussi à contenir les contestations de 2011, huit ans après, rien ne dit qu'il pourra continuer d'aller à contre-courant des aspirations du peuple à l'alternance.

Car si les Tunisiens, les Egyptiens, les Algériens et les Soudanais ont réussi à chasser leurs dictateurs respectifs avec succès, c'est que les Djiboutiens aussi en sont capables, pour peu qu'ils acceptent un jour de faire des sacrifices. C'est dire que Guelleh doit savoir arrêter pendant qu'il est encore temps et donner des gages qu'il ne se succédera pas à lui-même au-delà de 2021.

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