Cameroun: La nouvelle route de la soie en questions

En lançant cette idée de nouvelles routes de la soie en 2013, Xi Jinping n'imaginait sans doute pas l'impact de son initiative à travers le monde. Six ans plus tard, 130 pays, dont le Cameroun, et une quarantaine d'organisations internationales s'y sont formellement affiliés et s'activent à engranger des dividendes.

Au cœur du projet, la construction d'infrastructures et leur interconnection, la facilitation du commerce international et de l'investissement. En effet, les pays concernés doivent consentir des conditions transactionnelles préférentielles, à terme, afin d'optimiser leurs profits.

De même, le leader chinois était loin d'entrevoir le tollé qu'il allait également provoquer. Car le projet ne fait pas que des heureux. Si un expert singapourien membre du Groupe de réflexion y voit « le grand retour de l'Asie», sa renaissance économique, culturelle et historique, les puissances occidentales, et certaines institutions internationales ont un jugement plus nuancé, pour des raisons diverses. La Banque mondiale estime ainsi que l'endettement nécessaire à la réalisation des infrastructures met en grand danger les pays en développement.

Pour l'éditeur anglais du livre de Xi Jinping publié sur le sujet, qui présentait son ouvrage à Beijing, cette initiative est un mécanisme et une opportunité pour tous les pays de s'ouvrir les uns aux autres par une meilleure connectivité. Plus : « C'est un moteur qui remet en question l'ordre établi. » Ce qui explique les efforts diplomatiques du côté de l'Occident pour empêcher les adhésions, et l'hostilité d'une certaine presse qui n'y voit qu'un masque pour l'expansionnisme de la Chine.

Mais la Chine n'est pas sans voix devant les critiques. Elle pense, en ce qui concerne l'augmentation de la dette, que la plus-value engrangée par les effets induits dans le commerce et l'urbanisation rendront celle-ci soutenable. Quant à ceux qui l'accusent, selon le mot d'un expert américain, de vouloir créer « un nouveau centre du monde », la Chine répond que si elle n'est pas le centre du monde, elle en est certainement devenue un pôle. Et son initiative s'ajoute à celles qui existent, sans les délégitimer.

Les experts chinois expliquent de leur côté que l'ancien ordre mondial avait placé l'Occident au centre et les pays en voie de développement à la péripherie, en établissant des rapports de dépendance, sur la base de l'unipolarité. La Chine propose a contrario un monde interdépendant, plus inclusif, multilatéral, qui interagit. Quant aux règles qui régissent ce nouveau modèle, elle affirme qu'elles devront changer, même s'il est surtout question pour le moment de mieux appliquer celles qui existent, puis de les réformer.

Nous entendons les inquiétudes, les peurs, les critiques, dit en substance la Chine, mais puisque « La ceinture et la route » prend en compte la lutte contre la pauvreté, la corruption et les changements climatiques, puisqu'elle priorise le développement et l'écologie, tout en s'inspirant du multilatéralisme au moment où l'Occident s'en débarrasse, puisqu'elle s'arrime à l'Agenda 2063 des Nations unies, elle va à coup sûr dans le sens d'une meilleure gouvernance mondiale, se convainc-t-elle.

Il est pourtant une question à laquelle un acteur important de ce projet, l'Afrique, n'a pas encore répondu : comment ce mouvement, ces beaux concepts, ces réalisations relativement démesurées, s'articulent-ils avec le développement du continent noir ? L'Afrique ne doit pas faire l'économie d'un tel questionnement. Elle doit s'y atteler, de préférence ensemble. Sans doute l'Union africaine est-elle le meilleur cadre de réflexion pour ce projet, à la veille du lancement de la zone de libre échange continentale, africaine (ZLECAF). Car il ne s'agit pas de construire des ponts pour les ponts ou des ports à profusion. Il faut aussi optimiser leur maintenance et leur exploitation, et prévoir comment ils impactent le plan de développement global.

A cet égard, le Forum de Pékin a émis des idées innovantes, en partant de la questionclé : pourquoi les pays pauvres ne comblentils pas leur retard de développement à une vitesse soutenue ? Réponse : parce qu'ils prennent comme base et modèles de développement les pays avancés, en négligeant leurs bases économiques, leurs besoins, notamment l'éducation, et la nécessité de promouvoir les secteurs à forte densité de main d'œuvre. S'il est admis que l'absence d'infrastructures reste leur plus grande faiblesse, il faut éviter néanmoins de transplanter les théories de développement. Les chercheurs doivent proposer de nouvelles idées pour l'Afrique. Dans certains cas, il faudra s'arrimer à leur stratégie nationale, avant d'envisager tout nouvel investissement dans les infrastructures. A méditer

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: Cameroon Tribune

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.