9 Mai 2019

Togo: Réforme constitutionnelle - L'alternance renvoyée aux calendes... Kabyè*

analyse

Le 8 mai dernier, les parlementaires togolais ont voté à 90 députés sur 91 inscrits, la réforme de la Constitution. Le nombre de mandats présidentiels est limité à deux pour une même personne. Quant au mandat des députés, il passe de cinq à six ans et est renouvelable deux fois.

Ce qui permettra à un élu du peuple de passer 18 ans à l'Assemblée nationale. Dans tous les cas, cette loi n'est pas rétroactive et ne s'applique pas aux mandats en cours. Comme le dit le proverbe, « on ne partage pas la viande en se réservant les os ».

C'est dire si après avoir ouvert la voie royale à Faure Gnassingbé pour rester au pouvoir au-delà de 2020, les parlementaires togolais ne se sont pas oubliés.

Ils se sont même taillé, peut-on dire, la part du lion en donnant la possibilité à un député de rester à l'hémicycle pendant près de deux décennies, là où un président élu ne pourrait pas faire plus de dix ans.

Rien ne dit que le président togolais ne trouvera pas un autre tour de passe-passe pour remettre encore les compteurs à zéro

Ainsi va la politique dans nos républiques bananières où il est loisible de constater que l'intérêt du peuple au nom de qui tout le monde prétend agir, est finalement relégué au second plan.

Ceci étant, cette révision constitutionnelle, même si elle est loin de satisfaire entièrement aux réformes politiques demandées par l'opposition, est en soi une avancée dans un pays où le verrou de la limitation des mandats présidentiels avait été sauté. Toute chose qui a permis à la famille Gnassingbé, de cumuler, à nos jours, plus d'un demi-siècle de pouvoir. Et ce n'est pas encore fini !

Le moins que l'on puisse dire, c'est que ces réformes constitutionnelles sont largement favorables au président Faure Gnassingbé qui en sort gagnant. Car, dans le bras de fer qui, de longs mois durant, l'opposait à son peuple et a même fait vaciller son régime, c'est son pouvoir qui était en jeu.

Certains de ses contempteurs demandant qu'il débarrassât le plancher ici et maintenant, là où l'opposition posait le retour à la Constitution de 1992 dans sa version originelle comme condition non négociable, avec une lecture de la loi qui mettrait le descendant de la dynastie Gnassingbé hors du jeu électoral, après ses trois mandats cumulés aux 38 ans de règne de son prédécesseur de père.

Mais au détour de cette réforme constitutionnelle qui remet les compteurs à zéro, l'enfant de Pya dans le Nord du pays, se voit offrir la possibilité de prolonger légalement de dix ans encore, son bail à la tête de l'Etat togolais.

Autant dire que l'alternance a été renvoyée aux calendes... kabyè puisque rien ne dit qu'au terme des deux mandats que la Constitution lui offre la possibilité de briguer, le président togolais ne trouvera pas un autre tour de passe-passe pour remettre encore les compteurs à zéro afin de rester dans le jeu électoral.

Car, bien malheureusement en Afrique, les révisions constitutionnelles, pour autant qu'elles s'avèrent nécessaires, cachent bien souvent des desseins inavoués, quand elles ne sont pas initiées pour et au profit d'un seul individu qui est généralement le chef de l'Etat.

Le président Faure aurait tort de boire déjà son petit lait

Dans le cas d'espèce, le président Faure qui était sur la sellette, se retrouve avec un bouclier constitutionnel pour prolonger son bail à la tête de l'Etat, au grand dam de ses contempteurs.

Comment pouvait-il en être autrement, avec une Assemblée nationale devenue quasiment monocolore, suite au boycott des dernières législatives par l'opposition politique ? C'est le lieu de rappeler, si besoin en était, qu'en Afrique, la politique de la chaise vide n'a jamais payé.

Aujourd'hui, l'opposition togolaise ne peut avoir que ses yeux pour pleurer, pour avoir ouvert un boulevard au président Faure d'assurer légalement la pérennité de son pouvoir. Et ce qu'elle n'a pas obtenu par la rue, on ne voit comment elle pourrait l'obtenir autrement, maintenant qu'elle ne sera pratiquement pas audible à l'hémicycle.

C'est dire si l'opposition togolaise à visiblement tout perdu. Et l'on attend de voir sa réaction, dans ce contexte nouveau où ses marges de manœuvres semblent bien réduites. Car, il ne fait plus l'ombre d'un doute que ce bras de fer a fini par tourner à l'avantage du chef de l'Etat qui, même avec une légitimité violemment remise en cause, s'est, quoi que l'on puisse dire, entouré de la légalité pour lui.

Et l'on ne serait pas étonné qu'il s'en serve désormais pour durcir le ton contre ses opposants, surtout dans ce contexte où le terrorisme commence à frapper aux portes de son pays.

En tout état de cause, même s'il a visiblement triomphé de l'opposition, le président Faure aurait tort de boire déjà son petit lait. Car, on ne peut pas dire que le peuple togolais a dit son dernier mot et qu'il restera les bras croisés. Le mieux, pour lui, serait d'avoir de la vision et de tirer leçon des récents événements en Algérie et au Soudan. Il aurait surtout tort de penser que le pire n'arrive qu'aux autres.

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