13 Mai 2019

Maroc: Le rêve de 70 migrants irréguliers, dont des Marocains, finit en cauchemar

Une énième tragédie au large contée et décortiquée depuis la Tunisie

2019 sera, de toute évidence, l'année la plus meurtrière pour les candidats à la migration irrégulière. Ainsi, après la mort de 52 jeunes Mauritaniens candidats à la migration en mer en janvier dernier, de plus de 48 migrants au large de Kerkennah en juin dernier et de 16 Subsahariens dans un accident survenu en avril dernier sur la route secondaire reliant Saidia à Nador, la mort frappe de nouveau en Tunisie. En effet, plus de 70 migrants sont morts noyés vendredi suite au naufrage de leur embarcation au large de Sfax.

« L'embarcation a sombré dans les eaux maritimes internationales à 40 milles marins des côtes tunisiennes. Elle devait se rendre en Europe depuis la ville libyenne Zouara qui se trouve à 60 kilomètres de la frontière tunisienne.

Selon les témoignages des rescapés, le bateau pneumatique a chaviré 10 minutes seulement après avoir pris le large en causant la mort de 70 personnes par noyade. Parmi eux 51 Bengalis, trois Egyptiens et deux Marocains. Seulement, 16 personnes ont été secourues. Il s'agit de 14 Bengalis, 1 Egyptien et 1 Marocain.

Sur l'embarcation il n'y avait pas de femmes », nous a indiqué Salim Mounji, président de l'instance régionale du Croissant-Rouge à Médenine au Sud de la Tunisie. Et de poursuivre : « Les causes du naufrage seraient dues à une charge supérieure aux capacités du bateau pneumatique. Des témoins de ce drame, indiquent que le bateau naufragé n'est pas celui qui a été emprunté au début du périple en précisant que les migrants ont été transportés à bord d'un grand bateau avant que les passeurs les contraignent à embarquer à bord d'un bateau pneumatique de fortune ».

Selon notre source, les rescapés ont été transportés vers le centre du Croissant-Rouge pour les soins nécessaires. « Quatre d'entre eux ont été transférés vers l'hôpital à cause d'une hypothermie », nous a-t-elle précisé avant d'ajouter que le bilan aurait été moins lourd si les bateaux de sauvetage en Méditerranée étaient encore présents pour porter secours aux migrants. En effet, nombreux sont les navires de secours qui ont été contraints à mettre fin à leur mission suite aux pressions européennes. Tel a été le cas de « Lifeline » de l'ONG allemande qui a été immobilisé à Malte, où il fait l'objet d'une enquête sur sa situation administrative suite au débarquement à La Valette de quelque 230 immigrants. C'est le cas également du bateau « Iuventa » qui a été saisi par les autorités italiennes en août 2017 ou de l'Aquarius qui a, depuis son premier départ du port de Marseille en février 2016, porté secours à près de 30.000 personnes dans les eaux internationales. « L'interdiction de ces bateaux a amplifié davantage le risque de noyade des migrants. D'ailleurs, les quelques rescapés du naufrage de ce vendredi n'ont été sauvés que grâce à un marin tunisien qui a alerté la marine de son pays qui leur a porté secours », nous a-t-elle précisé.

Salim Mounji estime, en outre, que ce drame ne sera ni le premier ni le dernier tant qu'il y aura des jeunes qui croient encore à l'eldorado européen. « Ce rêve perdure encore et les jeunes sont prêts à risquer leur vie pour passer de l'autre côté de la Méditerranée. Aujourd'hui, sur les 780 migrants irréguliers qui bénéficient de nos services, aucun d'entre eux n'envisage de rentrer chez lui», nous a-t-il indiqué.

Une situation qui est appelée à perdurer tant que la Libye est en proie à la guerre et à l'instabilité. Selon lui, le phénomène de la migration irrégulière a pris de l'ampleur depuis le début du conflit libyen. Et pour cause, cette migration génère des fonds importants pour les milices. « Nombreux sont celles qui profitent de cette manne financière qui s'est transformée en véritable activité économique. Selon les rescapés du drame de vendredi, le passage de la Libye vers l'Italie leur a coûté 3.000 dollars par personne, soit 240.000 dollars pour les 80 passagers de cette embarcation. Je vous laisse imaginer combien ces milices récoltent de dollars par jour et par mois », a-t-il conclu.

A rappeler que l'OIM (Organisation internationale pour les migrants) a indiqué que 208 personnes ont péri en mer au cours des quatre premières semaines de 2019 tandis que 5.989 migrants et réfugiés en situation irrégulière ont rejoint l'Europe par la voie maritime.

Durant la même période de l'année écoulée, 6.550 réfugiés et migrants sont entrés en Europe et 243 autres se sont noyés en Méditerranée, selon un rapport publié par cette organisation internationale.

Près de 308 personnes sont mortes ou ont été portées disparues dans le monde au cours de la nouvelle année. Les deux tiers des personnes mortes ont péri en Méditerranée. 30.510 migrants ont perdu la vie entre 2014 et 2018 en tentant de rejoindre l'Europe, avait indiqué l'OIM dans un document diffusé début janvier.

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