Burkina Faso: Apurement du passif foncier - Ça passe par la vérité et la justice

Le ministère de l'Urbanisme et de l'habitat a partagé, le 7 mai dernier, avec les médias, son bilan. Celui-ci se décline en six points : lotissement, apurement du passif foncier, mobilisation du foncier par les promoteurs immobiliers, zones non-loties, programme national de construction de logements et bail locatif.

De tous ces points, nous avons choisi de nous arrêter sur celui lié à l'apurement du passif foncier. En termes de bilan, le ministère estime que le processus est à sa deuxième phase.

L'objectif est de « trancher les différents cas litigieux qu'il y a eu sur le terrain et favoriser ainsi l'apurement du passif sur le foncier » dans les centres urbains concernés. L'on peut d'abord saluer l'engagement de l'Etat à élucider les différents cas litigieux

. L'on peut d'autant plus le saluer que cela correspond à une forte attente des populations. En effet, il n'y a pas un seul centre urbain au Burkina, qui ne connaisse pas de problèmes sur le foncier.

Attribution d'une même parcelle à plusieurs personnes, attributions fictives de parcelles, attributions illégales de parcelles, détournements de parcelles au détriment des citoyens.

Bref, le passif sur le foncier constitue une véritable bombe sur toute l'étendue du territoire national. Mais les cas les plus emblématiques sont ceux de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso.

Dans ces villes, en effet, l'on ne compte plus le nombre de litiges en matière foncière. Et les plaintes des citoyens qui en ont été victimes sont restées, à ce jour, sans suite. Un effort remarquable avait été fait sous la Transition pour éclairer les zones d'ombre.

Cela s'est traduit par l'arrestation de maires d'arrondissements et de conseillers municipaux soupçonnés d'avoir trempé la main dans le cambouis.

Depuis l'avènement du MPP (Mouvement du peuple pour le progrès) au pouvoir, l'on peut faire le constat que cette opération consistant à faire rendre gorge à certaines personnes ayant commis des abus en matière de foncier urbain, a été soigneusement rangée aux oubliettes. Et l'on peut expliquer cela de la manière suivante.

Les Burkinabè de bonne foi n'ont rien à craindre d'un apurement du passif foncier

La race des prédateurs des parcelles est née, peut-on dire, avec la mort de Thomas Sankara. Les « Rectificateurs » qui lui ont succédé, se sont vite illustrés dans le trafic mafieux des parcelles. Et leur voracité était telle qu'ils ne se fixaient aucune limite. De ce fait, ils se sont outrageusement et rapidement enrichis sur la base de la spéculation foncière.

C'est à cette époque que la race des nouveaux riches repus et arrogants, est née. Et ils ont utilisé leur fortune mal acquise pour acheter les consciences des électeurs pour consolider leur mainmise politique sur le pays depuis 1987 jusqu'à nos jours.

Et parmi ceux qui se sont illustrés de la pire des manières dans le trafic éhonté des parcelles, il y en a encore qui sont aux affaires aujourd'hui.

C'est pourquoi il ne faut pas rêver de les voir travailler sérieusement à apurer le passif foncier. Car, ils ne peuvent pas le faire sans courir le risque de se voir rattrapés par leur passé sulfureux de marchands cupides de parcelles.

Pour apurer, comme il le faut, le lourd passif foncier, il faut épurer d'abord tout le personnel politique et administratif qui s'est servi de la manne des parcelles pour bâtir leur carrière politique.

Mais qui peut procéder à cet apurement ? Seul un personnel politique nouveau qui a la morale chevillée au corps et qui n'a rien à se reprocher dans la gestion calamiteuse de la question du foncier urbain, peut le faire.

En tout cas, les Burkinabè de bonne foi n'ont rien à craindre d'un apurement du passif foncier digne de ce nom. Ceux des Burkinabè qui le redoutent, savent qu'ils ont les mains sales.

De ce point de vue, il n'est pas exclu que ceux qui nous gouvernent aujourd'hui, et qui ont promis d'apurer le problème, fassent dans le dilatoire et la diversion afin de refiler la patate chaude à d'autres.

C'est pourquoi l'on peut comprendre que certaines associations de la société civile qui œuvrent dans le domaine, sont impatientes de voir enfin s'ouvrir le dossier de l'apurement des problèmes fonciers au Burkina.

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elles sont dans leur bon droit. Et tant qu'elles militeront dans le sens de l'intérêt général, elles n'ont rien à craindre. Tout ce qu'elles doivent éviter, c'est de se laisser instrumentaliser par les hommes politiques.

Car, bien d'entre eux ne sont pas exempts de tout reproche dans la gestion chaotique du foncier urbain.

En réalité, un véritable apurement du passif foncier doit passer obligatoirement par la vérité et la justice. Les Burkinabè sont dans leur droit de savoir qui a fait quoi de louche dans la gestion de parcelles, et qui doit rendre gorge pour cela.

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