14 Mai 2019

Soudan: Les discussions sur la transition politique se poursuivent

Sur fond de regain de tensions à Khartoum, les représentants de la contestation populaire dans le pays et les généraux au pouvoir ont annoncé, le 13 mai, être parvenus à s'entendre sur des structures de transition exigées par les manifestants.

Les pourparlers sur le transfert du pouvoir à une autorité civile, au point mort jusqu'à l'ouverture du dialogue entre l'armée et le mouvement de contestation, ont connu des progrès. Un accord a été trouvé, quelques heures seulement après la reprise des discussions jugées cruciales pour l'avenir du pays.

« Au cours de la réunion d'aujourd'hui, nous nous sommes mis d'accord sur la structure des organes (de transition, ndlr) et leurs prérogatives », a déclaré le 13 mai un porte-parole des protestataires, Taha Osman. Ces organes, a-t-il précisé, sont un « Conseil souverain, un cabinet et une assemblée législative ».

De source sûre, les discussions ont porté sur la durée de la période de transition, la composition du (nouveau) conseil, et des deux autres organes. « Nous nous sommes entendus sur la formation des entités de la transition aux niveaux souverain, exécutif et législatif. Nous allons discuter des pourcentages de représentation (au sein de ces organes) et de la durée de la transition », a déclaré le porte-parole du Conseil militaire, le général Chamsedddine Kabbachi à la presse.

Les pourparlers entre les dirigeants de l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC) et le Conseil militaire butent sur plusieurs points. Jusqu'ici, les deux parties divergeaient notamment sur la composition d'un Conseil souverain appelé à remplacer le Conseil militaire qui a pris le pouvoir après l'éviction de Omar el-Béchir, le 11 avril.

L'ALC, fer de lance de la contestation, veut qu'il soit dominé par les civils tandis que l'armée cherche à ce qu'il comprenne une majorité de militaires. Les généraux souhaitent une période de transition de deux ans tandis que les protestataires veulent que cette période s'étende sur quatre ans. Les militaires voulaient, en outre, garder la Charia (loi islamique) comme source de la législation pendant la période de transition.

Quelques heures après l'annonce d'un accord entre les représentants de la contestation populaire et les généraux au pouvoir sur des structures de transition pour gouverner le pays, six personnes, un militaire et cinq manifestants, ont été tuées à Khartoum.

« Des éléments non identifiés qui voulaient saboter les négociations entre les deux parties ont ouvert le feu devant le QG de l'armée soudanaise, où se tient depuis plus d'un mois un sit-in organisé par les contestataires, tuant un commandant de la police militaire et blessant trois soldats, ainsi que plusieurs manifestants et des civils », a indiqué le Conseil militaire qui précise que « des hommes armés avaient été signalés parmi les protestataires ». Selon des sources médicales proches du mouvement de contestation, cinq manifestants ont été tués, dont au moins un devant le QG.

Omar el-Béchir inculpé

Plus tôt dans la journée, le procureur général soudanais avait annoncé l'inculpation d'Omar el-Béchir, destitué le 11 avril et actuellement emprisonné à Khartoum, pour « le meurtre de manifestants » pendant les protestations débutées le 19 décembre après la décision du gouvernement de tripler le prix du pain. Le procureur général soudanais a recommandé l'« accélération des enquêtes sur les meurtres d'autres manifestants ».

Selon une association de médecins proche de la coordination des protestataires, l'ALC, quatre-vingt-dix personnes ont été tuées par les forces de l'ordre depuis le début des manifestations. Les autorités parlent quant à elles d'un bilan de soixante-cinq morts.

L'ancien chef de l'Etat fait également l'objet de mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale qui souhaite le voir répondre à La Haye d'accusations de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre lors du conflit au Darfour (ouest).

Fin avril, le Conseil militaire de transition, qui l'a remplacé, avait indiqué refuser un transfert vers La Haye, laissant cette éventuelle décision à un futur gouvernement civil.

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