Le remaniement de la présidence de Sonangol met en question la campagne anti-corruption

15 Mai 2019
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EXX Africa (Port Louis)
analyse

Le dirigeant du géant étatique de l'énergie Sonangol vient d'être remplacé au moment où la société envisage de procéder à de nombreux désinvestissements d'actifs.

De nombreux précédents indiquent que la nouvelle élite dirigeante angolaise cherche à tirer parti des positions de favoritisme, alors que le président angolais en difficulté se heurte d'un côté aux divisions au sein de son parti au pouvoir et  de l'autre à la perspective d'une situation difficile suite aux mesures d'austérité exigées par le FMI. EXXAfrica examine l'impact que les changements survenus à la tête de Sonangol auront sur les perspectives politiques et économiques de l'Angola.

Le 8 mai 2019, le président angolais, João Lourenço, a limogé Carlos Saturnino de la présidence de la société d'énergie publique Sonangol. Saturnino avait été nommé en novembre 2017 lorsque Lourenço avait destitué Isabel dos Santos, fille de son prédécesseur José Eduardo dos Santos, qui dirigeait auparavant la compagnie pétrolière d'État. Lourenço vient de remplacer Saturnino par Sebastião Gaspar Martins, ingénieur chevronné avec 40 ans d'expérience chez Sonangol, qui a récemment siégé au conseil d'administration de la société en tant qu'administrateur exécutif. Martins a auparavant dirigé le département d'Exploration et de Production (E&P) de Sonangol et supervisé les opérations de la raffinerie Sonaref. Il a longtemps été indiqué comme un chef potentiel de la très importante société pétrolière de l'état angolais.

Le président Lourenço n'a pas précisé publiquement la raison du renvoi de Saturnino. Apparemment, ce dernier est devenu le bouc émissaire de la crise du carburant dans la capitale Luanda et dans d'autres villes du pays.

Au cours des dernières semaines, les longues files d'attente des conducteurs sont devenues fréquentes dans la région de Luanda. La veille du remaniement de la présidence de Sonangol, Lourenço a fait une déclaration publique sur la crise de carburant, mettant en avant le manque de communication entre Sonangol et les autres institutions de l'État, sans fournir plus de détails sur l'origine rapportée des problèmes. De son coté, Sonangol a affirmé que les arriérés croissants que lui devaient ses clients industriels avaient affecté sa balance des paiements qui couvre les importations de produits raffinés tels que l'essence et le diesel. Angola importe 80% de ses produits pétroliers raffinés.

La destitution de Saturnino, qui était largement considéré comme un dirigeant compétent de la société pétrolière étatique, semble avoir pour objectif de détourner l'attention des problèmes économiques plus vastes auxquels l'Angola est actuellement confronté et qui ont été à l'origine de la pénurie de carburant. Des sources locales proches de Sonangol ont fait état de raisons plus profondes du renvoi de Saturnino, qui semble avoir perdu la position de favori auprès du 'czar' des politiques économiques de Lourenço, Manuel Vicente, ancien président de Sonangol et ancien vice-président du pays. La controverse autour de la nomination de Gaspar Martins est focalisée sur son rôle de PDG de la société pétrolière angolaise junior Somoil, créée par Vicente il y a près de 20 ans. Elle détient toujours des participations dans des blocs pétroliers offshore et des permis de production internes. Ce remaniement pose à nouveau des questions sur la très médiatisée campagne anti-corruption du Président Lourenço, qui a récemment subi plusieurs revers.

Des coups durs à la campagne de transparence

La plate-forme très populaire du gouvernement contre la corruption et en faveur de la libéralisation économique vise principalement à dissoudre la domination politique et économique de l'ancien président dos Santos et de sa famille. Le licenciement d'Isabel dos Santos de la présidence de Sonangol et la destitution du fils de dos Santos, José Filomeno, du fonds souverain du pays à la suite d'allégations selon lesquelles il aurait tenté de détourner 1,5 milliard de dollars américains, cadraient bien avec ce schéma. Selon des informations récentes, une autre fille, Welwitschia, aurait fui le pays après avoir été victime d'intimidation.

Elle peut aussi être suspendue de son rôle de législatrice du parti au pouvoir du fait de son absence. La plupart des membres de la famille dos Santos se trouvent maintenant au Royaume-Uni et en Espagne, tandis que certains risquent la détention s'ils retournent en Angola. Cette stratégie de ciblage des membres de la famille dos Santos a été extrêmement populaire en Angola, où on leur attribue des années de corruption, de mauvaise gestion et de népotisme.