16 Mai 2019

Sud-Soudan: A Ulang, soigner les populations victimes de violences

communiqué de presse

Au Soudan du Sud, l'hôpital MSF d'Ulang est le seul à proposer des soins de santé spécialisés aux quelques 100 000 personnes vivant dans la ville d'Ulang, et dans les villages le long du fleuve Sobat. Reportage dans le nord-est du pays, à la frontière éthiopienne.

Dans cette région du Haut-Nil, les populations les plus vulnérables sont affectées par des épidémies récurrentes et des épisodes de violence. « Ulang est une zone reculée qui a subi plusieurs années de guerre et qui reste le théâtre de fréquents affrontements intercommunautaires, explique Abdalla Hussein, chef de mission MSF au Soudan du Sud. La population y vit dans des conditions désastreuses, avec un accès très limité aux services de base. Cela signifie qu'elles doivent parfois marcher des heures ou même des jours pour accéder à des soins vitaux. »

En juillet 2018, MSF a lancé une intervention d'urgence et a mis en place des cliniques mobiles à Ulang et dans les environs. Les équipes ont ouvert le nouvel hôpital en octobre, puis ont pris la décision cette année de poursuivre les activités sur le long terme.

« A cause du conflit, de nombreux habitants vivant dans la zone située entre les lignes de front ont été forcés de se déplacer à cause des combats, souvent plusieurs fois, raconte Abdalla Hussein. Beaucoup se sont réfugiés en Éthiopie dans des camps, d'autres sont revenus et vivent aujourd'hui sans accès aux services essentiels, comme la santé, et sans moyens de subsistance. »

Les mères et leurs enfants sont nombreux à l'hôpital d'Ulang. En plus de prendre en charge les grossesses compliquées, les équipes MSF soignent les personnes atteintes de paludisme sévère ainsi que les victimes de violence. Le docteur Imed, responsable des activités de MSF à Ulang, traite régulièrement des patients atteints de maladies facilement évitables comme la diphtérie ou le tétanos, qui se manifestent en raison de la très faible couverture vaccinale des enfants.

« On prend en charge de nombreux patients adultes atteints d'hépatite B, de tuberculose et du VIH. Les symptômes de ces maladies chroniques se sont parfois manifestés il y a un an ou plus, mais n'ont jamais été diagnostiqués ou traités. On voit des maladies négligées telles que la leishmaniose viscérale, souvent en co-infection avec le VIH et la tuberculose, avec un risque de décès très élevé », explique le docteur Imed.

Nyamach, vingt ans et originaire d'Ulang, raconte son parcours entre le Soudan du Sud et l'Éthiopie.

« Pendant trois ans, je me suis réfugiée en Éthiopie, où j'ai vécu dans le camp de réfugiés de Kulé. On a finalement décidé d'en partir parce qu'il n'y avait pas d'écoles ni de structures de soins, et beaucoup de violence. J'avais peur. Je suis revenue au Soudan du Sud en janvier 2018 avec neuf de mes proches. On est revenus en voiture, ça nous a pris trois jours.

On gagne notre vie en pêchant, en élevant du bétail et en cultivant du maïs, du sorgo et des feuilles vertes. Pendant la saison des pluies, on plante des graines pour qu'elles poussent et qu'on ait davantage de nourriture. Mais on manque d'équipement, notamment d'ustensiles de cuisine et de couchage. »

Nyayual, elle, a neuf enfants âgés de 1 à 18 ans. Une flambée de violences intercommunautaires a poussé la famille à fuir Doma, et ils vivent désormais dans le village de Ying, avec plusieurs centaines de personnes déplacées par les combats. « Les violences à Doma ont fait beaucoup de morts. Les assaillants sont arrivés de nuit, à quatre heures du matin. Ils ont traversé le village et commencé à tirer sur tout ce qui bougeait. Nous étions en train de dormir quand l'attaque a commencé, nous sommes partis sans rien. Nous avons perdu une grande partie de notre bétail, raconte Nyayual.

Tout le monde a fui dans des directions différentes. Nous avons marché quatre heures jusqu'au village de Ying. Les habitants nous ont accueillis, et nous ont laissés nous abriter dans l'école et sous les arbres. D'autres personnes de Doma qui s'étaient cachées dans la brousse se sont également rassemblées ici ces derniers jours.

Tous mes proches sont ici, continue-t-elle. Ces attaques se produisent régulièrement. Avant, ils ne prenaient que les vaches, mais maintenant ils nous tuent aussi. La situation est précaire ici, nous dormons à même le sol sans matelas et nous n'avons ni nourriture ni lait pour les plus petits. »

Les équipes MSF travaillent avec les communautés locales afin de les sensibiliser aux maladies courantes et aux moyens de se soigner. MSF a également mis en place un système de transfert de patients vers son hôpital, via des ambulances. « En raison des violences, on reçoit aux urgences des patients blessés par balles. Pour y remédier, on forme des agents de santé communautaires au diagnostic et au traitement des patients dans les environs d'Ulang, explique le responsable.

On se rend plusieurs fois par semaine en bateau dans les régions isolées, et on y organise des cliniques mobiles si besoin. Les autorités locales nous alertent en cas d'urgence. Certains patients, en particulier ceux qui nécessitent une intervention chirurgicale, ne peuvent pas être soignés ici, alors on les envoie soit à Malakal en bateau, soit à Juba en avion. »

Entre octobre 2018 et avril 2019, les équipes MSF à Ulang ont réalisé 3 200 consultations et 81 accouchements. 719 patients ont été hospitalisés, dont 287 enfants dans l'unité pédiatrique.

« La région du Grand Ulang représente un défi logistique, précise Madeleine Walder. Pendant la saison des pluies, qui dure huit mois par an, c'est très marécageux et le seul moyen de transport reste le bateau, car la plupart des avions ne peuvent pas atterrir. Pendant la saison sèche, l'accès est un peu plus facile et les gens peuvent se déplacer, mais les distances pour se rendre dans les structures de santé sont toujours très longues. »

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