Burkina Faso: Situation nationale - Avait-on vraiment besoin d'un discours ?

Photo: fasozine
Le Premier ministre Christophe Dabiré

C'est une tradition républicaine à laquelle il faut sacrifier. Après son discours de politique générale (DPG) le 18 février dernier qui, par définition, est un catalogue de bonnes intentions de tout Premier ministre fraîchement nommé, le chef du gouvernement était de nouveau à l'Assemblée nationale hier jeudi 16 mai 2019 pour exposer sur la situation de la nation.

Ainsi le veut l'article 109 de la Constitution qui dispose que : «Le Premier ministre expose directement aux députés la situation de la Nation lors de l'ouverture de la première session de l'Assemblée nationale. Cet exposé est suivi de débats et ne donne lieu à aucun vote».

Cet exposé se veut donc une photographie de la réalité nationale en un temps T et, sauf à faire preuve de masochisme politique, il est rare qu'un premier ministre en dépeigne un tableau sombre.

Qui ne se souvient du « Puisque je vous dis que le Burkina avance, avance, avance » lancé par un Paramanga Ernest Yonli sous Blaise Compaoré, même si, à l'époque, ils ne devraient pas être nombreux comme lui à faire preuve de tant d'optimisme ?

Qui ne se souvient du pompeux « Burkina is back » de Paul Kaba Thiéba, même si on a beau chercher les traces de ce retour, on ne le voit nulle part.

De ce point de vue, Christophe Marie Joseph Dabiré, même si la situation de la nation qu'il dépeint est celle dont il a héritée de son prédécesseur, ne pouvait que marcher sur les pas de ses devanciers. Est-il parvenu à convaincre la représentation nationale et, au-delà des députés, les vingt millions de Burkinabè ? On peut raisonnablement en douter.

Tout au plus peut-on lui faire crédit de sa bonne foi. Dans le contexte actuel, avait-on d'ailleurs besoin d'une allocution ex-cathedra pour connaître l'état de la nation ?

Pas vraiment. Ce grand oral intervenant, on ne le sait que trop, dans un contexte où la situation sécuritaire s'est particulièrement dégradée ces derniers temps, une réalité qui s'impose aux Burkinabè chaque jour que Dieu fait.

Quand ce ne sont pas les éléments des forces de défense et de sécurité qui tombent dans une embuscade ou sautent sur une mine, ce sont des enseignants qui sont pris pour cibles, ou encore des religieux et leurs fidèles qui sont liquidés en plein office religieux, comme on l'a vu récemment à Dablo (Centre-Nord) avec l'assassinat de l'abbé Siméon Yampa et de cinq de ses fidèles pendant la messe dominicale, ou encore avec l'exécution du pasteur Pierre Ouédraogo et de six de ses brebis à Silgadji dans le Soum.

On peut multiplier les exemples à l'infini. Une tournure confessionnelle qu'ont dangereusement prise les actions terroristes, sans oublier les violences intercommunautaires, à Yrigou et à Arbinda, sans doute alimentées par les terroristes et qui ont fait à ce jour des centaines de morts.

C'est ça, la situation de la Nation, une situation qui entraîne un péril sécuritaire avec des conséquences désastreuses dans les domaines de l'éducation et de la santé du fait de ces fermetures d'écoles et d'établissements sanitaires, notamment au Sahel, à l'Est et au Centre-Nord. Sans oublier les répercussions sur les activités socioéconomiques.

Que les autorités burkinabè, foi du premier ministre, se démènent comme de beaux diables pour lutter contre le fléau et ses conséquences néfastes dans tous les secteurs de la vie nationale, on veut bien.

Mais force est de reconnaître que les actions et les opérations entreprises jusque-là semblent être autant de coups d'épée dans l'eau, que le caractère asymétrique de cette sale guerre ne saurait expliquer à lui seul.

Pour tout dire, ce qu'on attend du numéro 2 de l'exécutif burkinabè, c'est moins qu'il peigne un tableau dont on connaissait par avance la couleur que de donner la médication concrète qu'il va administrer pour nous sortir de ce maudit bourbier dans lequel nous pataugeons depuis maintenant quatre ans.

Et l'on verra bien dans un an, d'ici le prochain DSN, s'il y a eu l'embellie, voire même le beau fixe, ou si, à Dieu ne plaise, ce cancer qui nous ronge de façon impitoyable s'est métastasé encore.

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