Afrique: La tontine financière - Une banque informelle et traditionnelle qui traverse les générations

L'économie informelle en Afrique représente un support financier non négligeable pour la plupart des femmes et des personnes n'ayant pas accès aux crédits dans les banques modernes. Zoom sur cette initiative financière devenue incontournable au fil du temps.

La tontine est un système d'épargne qui consiste ainsi à contribuer collectivement et périodiquement au dépôt d'une somme d'argent, récupérée à tour de rôle par les souscripteurs mais sans intérêt quelconque.

La pratique est répandue dans le continent africain, particulièrement en Afrique de l'ouest. Le mot tontine vient d'un nom italien « Lorenzo Tonti », qui inventa un système de rente viagère au XVIIe siècle.

Bien avant l'arrivée des banques en Afrique, la tontine, « likelemba » en lingala ou « ristourne » en français, était le moyen privilégié d'épargner pour une mise à profit des investissements dans plusieurs communautés noires.

Distincte de la banque moderne qui impose certaines formalités afin de générer des bénéfices, la tontine, elle, n'impose ni frais de retrait ni intérêt sur un dépôt pour le souscripteur. Il s'agit en toute simplicité d'une association des personnes qui, unies par les liens familiaux, d'amitié, de profession ou de région, s'organisent pour permettre à chacune d'épargner en toute simplicité.

Dans une tontine, chaque membre verse périodiquement (journalièrement, quotidiennement ou mensuellement) un montant convenu dans un pot virtuel sous garde d'un autre membre du groupe (maman, papa ya likelemba) élu et garant de ladite somme. A tour de rôle, chacun encaisse la totalité des économies réalisées grâce au dépôt des autres au terme d'une échéance donnée. Ainsi, le cycle tourne jusqu'à ce que le groupe décide de mettre fin à sa tontine. Son succès et sa réussite ne reposent que sur la confiance mutuelle.

Ceux qui y trouvent gain de cause...

Faute d'emploi, il y en a ceux qui en ont fait un boulot à temps plein pour nourrir leurs familles. Richard Oboussou, père de famille, est tontinier depuis vingt-cinq ans. Ses quatre-vingt-trois souscripteurs sont des petits commerçants au marché de Moungali, dans le quatrième arrondissement de Brazzaville. Tous les soirs, il se rend au marché, pour collecter leur mise. « La ristourne m'a aidée à épargner et améliorer le quotidien de ma famille. Grâce à cet argent, j'ai pu m'acheter un congélateur pour commercialiser des rafraichissants locaux », a témoigné Chantal Mande, veuve.

Aminata, vendeuse au marché Poto-Poto, originaire du Mali, a révélé: « Depuis que j'ai immigré au Congo, les femmes de ma communauté vivent énormément de la tontine pour fructifier leurs commerces. Cela est devenu comme une sorte de tradition ». Aujourd'hui, cette pratique a même pris d'assaut le milieu de la diaspora. Pour un ressortissant du continent noir, c'est un moyen de préserver son identité, le rattachant ainsi à ses us et coutumes.

... et ceux qui ne veulent pas prendre le risque

« La tontine est trop risquée. Je préfère garder mes économies dans une banque et aussi qu'elle représente l'avantage de demander un prêt, chose impossible avec la tontine », selon Jean Michel Malonga, commerçant et entrepreneur. « J'ai un mauvais souvenir d'une mutuelle où j'ai eu à faire une tontine et celui qui gardait l'argent s'est volatilisé avec toute la somme, qui représentait des millions », regrette Pauline Mpanzu. En effet, on peut constater les différents risques encourus par ceux qui se jettent dans la tontine car l'argent gardé à domicile n'est ni à l'abri du vol ni des incendies. Toutefois, cette pratique a encore de beaux jours devant elle en Afrique.

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