17 Mai 2019

Sénégal: Accidents et destruction d'infrastructures routières - Ces gros porteurs de la pagaille

Les accidents impliquant des camions, engins et autres gros porteurs sont récurrents. Roulant sans lumières ou stationnant sans mettre en place, au préalable, une insigne ou triangle de signalisation nécessaire, surtout en cas de panne, les camions causent de nombreux dégâts.

A côté des accidents mortels qu'ils provoquent à cause notamment des stationnements irréguliers et dérapages, ils détruisent aussi de nombreuses installations et infrastructures, réduisant à néant les nombreux efforts consentis dans ce domaine, à coût de centaines de millions voire de milliards.

Les accidents sont devenus comme une fatalité dans une société sénégalaise où les morts sur les routes se comptent par centaines annuellement. L'indiscipline, la vétusté du parc automobile, les défaillances techniques et le défaut de répression sont, entre autres, les causes de la saignée macabre.

Dans le lot «des fauteurs de troubles» sur les routes ou ces «serials killers», figurent en bonne place les gros porteurs. Défaut de signalisation, en cas de panne, non maîtrise de la direction, surcharge, le comportement des gros porteurs sur les routes est un véritable problème de sécurité publique.

Ils sont cités dans de nombreux accidents. En atteste celui d'hier à Kaolack, ceux survenus sur la route de Nioro et au pont de Poste Thiaroye, en début de semaine à Thiaroye.

Dans ce dernier cas enregistré en banlieue dakaroise, le véhicule a violemment heurté le garde-fou, cette barrière en béton qui sépare les 2X3 voies de cette partie de la route nationale n°1 (RN1), et 2 motos dans le sens inverse.

LES STATIONNEMENTS IRREGULIERS, CES PIEGES MORTELS

Le mois passé, dans la journée du lundi 8 avril, au village de Mbaye-Mbaye, dans le département de Koungheul, un camion mal stationné sur le bas-côté de la route, sans signalisation, a été violemment heurté par un véhicule 7 places qui avait quitté Kaolack pour rallier Tambacounda.

L'accident a fait 3 morts. Les exemples se comptent à la pelle. En janvier 2018, un accident impliquant un camion a fait 5 morts sur la route de Touba.

En avril de la même année à Dalla-Ngabou, dans la même zone, à quelques 7 kilomètres de la commune de Mbacké, un véhicule de retour du Magal de Khourou Mbacké a heurté dans la nuit un camion rempli de foin tombé en panne et garé aux abords de la route.

Le camion n'avait pas pris les précautions nécessaires pour signaler sa position... de danger. Le bilan est sans appel: 4 personnes sont mortes sur le coup. Et la liste est encore loin d'être exhaustive.

UNE REGULATION DE LA CIRCULATION CIRCONSCRITE... SUR PAPIER

Et pourtant, des tentatives de réglementation de la circulation de ces gros porteurs ont bien eu lieu, sans qu'il y ait toutefois un suivi, à l'image des nombreuses mesures étatiques prises dans le cadre de la sécurité routière.

Déjà, le lundi 5 mars 2018, lors du lancement de la Cellule genre de son département, le ministre des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement de l'époque, Abdoulaye Daouda Diallo, disait que l'Etat du Sénégal avait décidé d'interdire toutes les circulations interurbaines entre 22 heures et 6 heures.

Une mesure nécessaire, disait-il, pour réduire les accidents. Les gros porteurs n'étaient donc pas exclus de cette mesure d'urgence qui est rangée aux oubliettes, depuis lors.

En effet, des voix s'étaient élevées dont certaines, surtout celles des régions du Sud, fustigeant l'applicabilité d'une telle mesure à cause des contraintes qu'il y avait sur la transgambienne, avec traversée «problématique» du fleuve Gambie.

Or, le pont Senegambia de la Gambie a été inauguré depuis 5 mois. Et même si les gros porteurs ne sont pas autorisés à l'emprunter pour le moment, il s'avère nécessaire de dépoussiérer les directives prises dans ce sens.

HORAIRES DE CIRCULATION DES CAMIONS... A DAKAR

Les initiatives de règlementation de la circulation des gros porteurs à Dakar ont toujours eu lieu sans toutefois qu'on en arrive à une meilleure organisation. Déjà en septembre 2008, une décision de réorganisation des heures de circulation avait été prise.

Selon la nouvelle grille horaire, les gros porteurs, c'est-àdire les véhicules dont le poids sont supérieurs à 3 et 3,5 tonnes, sont désormais interdits de circulation seulement de 7h à 10h pour la matinée. Et cela concerne aussi l'entrée à Dakar dans la matinée, à partir du croisement Diamniadio jusqu'à Seven-Up (à hauteur de Sips), et entre Seven-Up et la gare ferroviaire de Dakar.

Et de Seven-Up jusqu'à la Patte d'Oie et de là jusqu'à l'aéroport Léopold Sedar Senghor. Pour ce qui est de l'après midi-midi, l'interdiction concerne les mêmes tronçons, dans le sens inverse, de 16h à 21h.

Néanmoins, des dérogations étaient accordées à certains gros porteurs, notamment ceux transportant des produits dangereux, des animaux ou travaillant sur des chantiers d'intérêt général.

DES CAMIONS DE PLUS DE 25 ANS D'AGE, EN ATTENDANT LE RENOUVELLEMENT DU PARC

Le parc des gros porteurs est aussi vieux. En 2016, les membres de la Coopérative nationale des transporteurs de marchandises du Sénégal (CNETM), parlant du projet de renouvellement du parc des gros porteurs, avait estimé le nombre de camions à plus de 41.616 unités, dont certains âgés de plus de 25 ans et devaient être renouvelés. 15.141 camions étaient concernés par ce projet de renouvellement.

DESTRUCTION DES INFRASTRUCTURES ROUTIERES PAR DES CAMIONS : L'Ageroute brandit la cravache

En plus des accidents, les camions souvent surchargés, détruisent des infrastructures routières telles que les passerelles entament largement la longévité des routes. Des plaintes sont ainsi déposées par l'Ageroute, l'agence du ministère chargé de la gestion de routes, en pareille circonstance.

«On a la possibilité de porter plainte soit au niveau des brigades de Gendarmerie ou dans les commissariats de Police. Parallèlement, on peut adresser des plaintes, par le biais de notre avocat, au Procureur de la République.

Sur place déjà, on fait un constat d'huissier pour établir les dégâts, ensuite Ageroute estime le montant de la réparation avec ses services, avant de demander à ce le contrevenant soit condamné par le Tribunal», explique Pape Moussa Seye, juriste à l'Ageroute.

Par ailleurs relève-t-il, «suivant la nature de l'infraction on peut procéder à l'immobilisation du véhicule.

Et dans certains cas, on peut même aller jusqu'à sa mise en fourrière», précise Pape Moussa Seye. Et le juriste à l'Ageroute d'ajouter en outre que les dispositions idoines seront prises afin de mettre un terme à la pratique destructrice.

«On se servira de tous les moyens légaux et règlementaires qu'on a pour essayer de freiner cette destruction massive des équipements routiers qui coûtent beaucoup d'argent à l'Etat».

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