Cote d'Ivoire: Déguerpissement - Yopougon en pleine mue

« Yop city la belle !!! ». Cette appellation de la commune de Yopougon des années 1990 par les noceurs, du fait de la joie qu'on y vivait est-elle en train de se concrétiser à travers le nouveau visage que veut lui donner ses autorités municipales ?

La question mérite d'être posée parce qu'en effet, depuis quelques semaines, on assiste à la destruction massive de commerces et autres activités installés aux abords des voies principales et parfois annexes de la commune. Une initiative de la mairie qui, jusqu'aujourd'hui, fait planer des questions dans l'esprit des riverains et même de visiteurs.

En fait, il suffit de prendre l'axe Yopougon Sable - Koweit pour se rendre compte de l'immense opération de déguerpissement en question. Sur cette voie, baraques, magasins, lavages autos, maquis, restaurants et même des boulangeries et pâtisseries installées de façon anarchique, à coût de dizaines de millions, depuis des années, ont été terrassées par les bulldozers du député-maire Gilbert Kafana Koné, premier magistrat de la commune.

A côté de ces grandes bâtisses, magasins et autres, ceux qui squattaient une partie du domaine public, ont vu leurs devantures rasées du fait de l'extension illégale de leurs activités. C'est le cas de « Picasso », l'un des fast-foods qui a contribué au rayonnement de la voie Complexe - Sapeurs-pompiers, comptant aujourd'hui plusieurs restaurants, glaciers et pâtisseries modernes aux architectures séduisantes.

Fait aussi marquant : que ce soit, au-delà du carrefour des Sapeurs-pompiers, un maquis géant appelé « Roland Garos », qui réunissait, toutes les nuits des centaines de noceurs et distillait de la musique à tue-tête, a quitté les lieux avec tous les petits restaurants de poulets africains, de viande de brousse, etc. qui gravitaient autour de lui.

En plus de cette voie principale, ce sont plusieurs autres rues qui n'ont pu échapper à l'opération. Toujours dans le même schéma. Ainsi de nombreuses installations situées en bordure de la voie mairie-collège William Ponty se sont inclinées après le passage desdits engins de la mairie. Le point de vente Paris mutuelle (Pmu) curieusement installé à l'entrée du collège Newton 1 a, lui aussi été terrassé. Pareil pour la boîte de nuit Mytic, bien connue à la Rue princesse qui jouxte ledit collège. Non loin de cet endroit, la pâtisserie « Ô blé do », située au carrefour Wassakara a été obligée de laisser les passants admirer ses pétrisseurs à la tâche parce qu'un côté de son mur construit sur le domaine public a été détruit.

Au quartier Maroc, sur les traces des bulldozers de la mairie, ce sont des magasins qui ont aussi été mis au pas. Ils sont soit décoiffés, soit rasés ou réduits pour libérer le domaine public ou les emprises. Les piétons de l'axe de pharmacie Pont vagabond de la Sicogi longent désormais cette ruelle sans risque de se faire renverser par les véhicules. Les occupants des magasins à cet endroit, sommés par une mise en demeure de libérer les accotements, se sont exécutés avant même que la mairie ne passe. C'est une voie, pour le moment, libérée à moitié et facilitant la circulation. Même si le directeur technique de la mairie, Yéo Adama, entend repasser sur cette ruelle pour la libérer au mieux.

Selon lui, l'opération va se poursuivre dans toute la commune et touchera tous ceux qui squattent le domaine public. D'ailleurs, les occupants des accotements de la rue Oasis - Carrefour Chu, du Carrefour Sodeci Ananeraie - Carrefour Lkm, de la rue Pharmacie Wakouboué - Pont Vagabond - Terminus 47 ainsi que ceux de la rue Eglise Saint André - PMI et Carrefour sable - Siporex ont été informés par courrier. La mairie les a invités, comme elle l'a toujours fait, selon le directeur technique, à prendre part à une réunion d'information précédant l'opération.

Aucune recolonisation ne sera tolérée

« La nature a horreur du vide », dit l'adage. Cette réalité ne sera pas possible après l'opération de déguerpissement entreprise, selon le directeur technique de la mairie de la plus grande commune de la Côte d'Ivoire. Parce que, précise-t-il, lorsque les gens sont déguerpis, c'est pour ne pas qu'ils se réinstallent.

Dans le cas contraire, leur installation doit se faire à certaines conditions qui restent à déterminer par le conseil municipal qui a pris la décision de libérer les emprises de la commune. De ce fait, même les bâches qui s'installent sur les espaces rasés seront saisies ou démolies. « Nous allons enlever les bâches que certaines personnes installent sur les sites déguerpis pour recevoir leurs clients », a informé Yéo Adama.

Avant de rassurer ceux qui préfèrent s'asseoir sous les arbres situés en ces lieux pour profiter de l'air frais qui s'y dégage. « Nous ne pouvons pas interdire aux habitants des cités de profiter de l'ombre qu'offrent ces arbres », rassurent-il. Donc que ce soit, entre amis ou un petit commerce qui permet aux gens de s'asseoir, par moment, pour partager une collation, la mairie pourra tolérer, le temps qu'elle ait une idée exacte de l'orientation à donner aux différents espaces, au dire du Directeur technique.

Déjà une belle vue

Ce qui est à saluer dans cette initiative de la mairie, en attendant le paysage qu'elle entend offrir aux populations à la fin du processus, c'est la vue déjà magnifique qu'on peut observer même à une distance de près d'un kilomètre. Du feu de l'Institut des aveugles, l'on peut désormais contempler le paysage jusqu'après le feu de la pharmacie Bel air. C'est toute une vue du bitume et de ses abords que l'on peut s'offrir en visuel sans oublier l'air frais qui souffle en ces lieux.

Les façades des habitations autrefois impossible à contempler du fait de l'installation des commerces et baraques, s'offrent fièrement aux passants. Du carrefour de l'hôtel Kimi à l'antenne-Maroc jusqu'au carrefour de l'ancienne station Lubafrique, c'est un nouveau décor qui est planté depuis le dernier vrombissement des machines.

Autre chose à remarquer, depuis la libération de ces espaces, Yopougon a des rues éclairées la nuit. Les lampadaires installées pour l'éclairage public jouent leur rôle et cela crée la confiance et au sein des populations qui se sentent en sécurité la nuit.

Surveillance et aménagement

« La mairie ne peut pas injecter des centaines de millions de FCfa dans une telle opération et ne pas veiller à son maintien », indique le directeur technique. Qui informe qu'une étude confiée à un opérateur privé est en cours pour proposer au conseil municipal, un projet d'aménagement que la mairie commencera à mettre en œuvre dans un délai raisonnable. Ce sera, informe-t-il, un excellent plan qui fera rayonner Yopougon. Un rayonnement qui passera par ses artères considérées comme ses vitrines.

Pour Yéo Adama, il faut que cette commune arrive à rivaliser avec certaines communes d'Afrique de référence en aménageant parfaitement ses artères. Le pavage de la Rue des princes dans le sous quartier Selmer est, selon lui, l'une des illustrations de ce que Gilbert Kafana Koné et son conseil municipal entendent faire de la commune. Quant aux gravas qui, jusqu'aujourd'hui, jonchent les endroits rasés, il assure qu'ils seront enlevés.

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