19 Mai 2019

Congo-Kinshasa: Un Premier ministre entre la poire et le fromage

La fumée blanche est sortie du palais de la Nation, siège de la présidence congolaise. Alléluia ! Habemus papam, pardon, Félix Tshisekedi a enfin trouvé un Premier ministre pour la RDC.

Mais les Congolais devraient attendre de connaître son nom au cours de cette semaine, selon le bon vouloir de leur président, qui a annoncé la fumée blanche qu'on ne voit pas sauf si on est dans le secret des maîtres de Kinshasa.

En disant cela, on pense au prédécesseur de Félix Tshisekedi, Joseph Kabila, dont la coalition politique, le Front commun pour le Congo (FCC), est majoritaire dans les deux chambres du Parlement.

En tout cas, au cours d'un déjeuner servi ce 18 mai aux ambassadeurs des pays de l'Union européenne et du Canada en poste en RDC, leur hôte, le président congolais, a utilisé l'expression consacrée, « fumée blanche », utilisée pour indiquer qu'un nouveau pape a été élu, pour signifier qu'il avait enfin trouvé un Premier ministre.

Ce n'est pas trop tôt, car cela fait bientôt 05 mois qu'il a été élu ou, si vous préférez, désigné, voire même imposé à la tête de l'Etat par Joseph Kabila à l'issue de « petits arrangement à l'africaine », dixit, on ne peut plus condescendant, Jean Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères de la France.

Depuis lors, le nouveau président congolais, bon gré mal gré, devait composer avec le gouvernement de son prédécesseur dans un jeu d'équilibrisme où la recherche d'une politique de rupture le dispute au besoin de caresser son prédécesseur dans le sens du poil.

Exercice difficile qui explique le long temps mis à trouver un nouveau premier ministre. N'est-ce pas que l'heureux élu, chose normale, devrait être une personnalité compatible avec le nouveau chef de l'Etat ?

Mais imposer en outre qu'il le soit aussi avec son prédécesseur, c'est là un paradoxe bien congolais, preuve que le nouveau président est loin d'avoir toute la réalité du pouvoir entre ses mains.

Comment serait-ce possible quand sa coalition politique, Cap pour le changement (CACH), est ultra minoritaire dans les deux chambres du Parlement, contrôlé par le FCC ?

Du coup, l'héritier du sphinx de Lemete, quartier où résidait feu Etienne Tshisekedi, risque d'être tout au long de son mandat présidentiel un pantin ou, tout au plus, un Medvedev qui garde au chaud le fauteuil présidentiel en attendant le retour probable de son prédécesseur.

En clair, l'alternance à la russe pourrait avoir fait des émules en RDC où Joseph Kabila et Félix Tshisekedi jouent respectivement les rôles de Poutine et de Medvedev, à la grande différence qu'ils ne sont pas du même parti politique et que Joseph Kabila n'a pas été nommé premier ministre aussitôt après avoir abandonné le fauteuil présidentiel.

A ce propos, si l'oiseau rare qui doit occuper le poste de Premier ministre a enfin été déniché dans la faune politique congolaise, pourquoi cette bizarrerie d'attendre une semaine de plus pour révéler son identité au grand public ?

Le choix n'est-il pas définitivement acté ? Possible, car il est vrai que, ces dernières semaines, les noms de plusieurs personnalités qui pourraient occuper le poste ont circulé : il s'agit de ceux d'Albert Yuma, le directeur de la Gécamines, d'Henri Yav Mulang, l'actuel ministre des Finances, de Jean Mbuyu, le dernier conseiller en sécurité de Joseph Kabila, ou, plus récemment, de Sylvestre Ilunga Ilukamba, le patron de la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC).

Par ailleurs, le président Tshisekedi attendrait également la fin des tractations entre le FCC et le CACH sur le partage des portefeuilles ministériels pour divulguer le nom du futur premier ministre. Si cette hypothèse se confirmait, cela ferait bien bizarre, une bizarrerie de plus, que les partis alliés se partagent les postes ministériels avant la nomination d'un premier ministre.

Autre bizarrerie : pourquoi réserver la primeur d'une information aussi importante, le choix du Premier ministre, à des étrangers, soient-ils les plénipotentiaires de grands pays ? On en vient à se demander sans rire si Félix Tshisekedi, entre la poire et le fromage, c'est-à-dire à la fin d'un déjeuner copieux, n'avait pas pris un verre de trop au point d'ébruiter une information au moment et au lieu où il ne fallait pas.

Peut-être même que certaines chancelleries ont déjà le nom du pressenti pour occuper les fonctions de Premier ministre en RDC et qu'à ce jeu d'annoncer la fumée blanche, c'est-à-dire l'existence d'un accord sur le choix du Premier ministre, sans révéler le nom de l'heureux élu, c'est le Congolais lambda qui souffre du suspense ainsi entretenu.

En effet, des milieux diplomatiques généralement bien informés ne cachent pas qu'ils tiennent de sources sûres que le professeur Sylvestre Ilunga de la SNCC est bien placé pour être nommé au poste convoité.

Quoiqu'il en soit, c'est curieux et surprenant qu'un politique de la trempe du président Tshisekedi, nationaliste sourcilleux et ombrageux, qui aime clamer à qui veut l'entendre que son pays est indépendant et souverain, éprouve le besoin de mettre des diplomates étrangers dans le secret du choix de son Premier ministre.

De là à penser que des décisions majeures de l'Etat congolais ont besoin de l'imprimatur de Berlin, Paris, Bruxelles, bref de capitales occidentales, il y a un pas vite franchi. C'est pourquoi, en attendant le nom du nouveau Premier ministre, on se gosse de cette énième bizarrerie de la politique congolaise.

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