20 Mai 2019

Sénégal: Chez les briquetiers, la volonté de gagner sa vie malgré la pénibilité

Dakar — Une scène qui n'a rien d'ordinaire en période de ramadan : à quelques mètres du rond-point Liberté VI, à Dakar, sous un ciel de plomb, des mouleurs de briques en train de s'activer autour d'un tas de sable et d'un sac de ciment à moitié vide.

Aliou Ngom et ses deux autres camarades, maçons de formation, semblent peu gênés par la pénibilité de leur travail, ni les rigueurs du ramadan d'ailleurs, vu leur ardeur au travail, se disant obligés de travailler pour subvenir à leurs besoins et nourrir leurs familles.

Avec Birame Ndong et Colou Ndiaye, le trio forme depuis 2013 une équipe de mouleurs de brique de choc, ramadan ou pas, la foi et la volonté de gagner sa vie primant chez eux sur toute autre considération.

"Le travail est un acte d'adoration, en droite ligne avec l'objectif du ramadan qui n'est rien d'autre que de rappeler aux musulmans les recommandations du miséricordieux, les remettre sur le droit chemin et les aider à profiter de sa miséricorde", déclare Aliou Ngom, qui fait office de chef de chantier.

"Tous les métiers du ciment, que ce soit la maçonnerie ou le moulage de brique, sont des boulots très durs mais c'est un choix que nous avons fait", dit-il, sous le regard approbateur des deux autres ouvriers.

Le jeûne ne doit "en aucun cas nous empêcher de nous acquitter de nos obligations à l'égard de notre Seigneur à moins que l'on soit malade", ajoute le chef de chantier, se disant déterminé avec ses camarades à maintenir en marche leur briqueterie tout le mois de ramadan durant, en dépit de la pénibilité de leur travail et des rigueurs du ramadan.

Ils affirment jeûner depuis le début du jeûne musulman et disent convoiter de Dieu la force et la volonté de continuer à jeûner et à travailler en même temps, jusqu'à la fin.

Aliou Ngom concède toutefois "un léger changement" dans leurs horaires de travail, afin de "terminer la tonne de ciment avant 14 heures", objectif qui les amène à démarrer le travail "entre 7 heures et 8 heures du matin alors que d'habitude nous démarrions à 9 heures".

Colou Ndiaye considère que le ramadan ne peut être un prétexte pour ne pas travailler, à moins que l'on soit malade.

"Nous travaillons normalement, en dépit de la faim et de la soif, parce qu'il y va de notre dignité car nous devons subvenir aux besoins de la famille et surtout, faire de notre mieux pour satisfaire les enfants le jour de la Korité", la fête traditionnelle marquant la fin du ramadan.

"Il faut admettre qu'il n'est pas facile de mouler une tonne de ciment pendant le ramadan", concède Birame Ndong, le dernier du trio, avant d'ajouter : "Nous jeûnons parce que nous avons foi en Allah".

C'est que le ramadan est "une opportunité à saisir pour rentrer dans les bonnes grâces" de Dieu, souligne Birame Ndong, relevant que "c'est le meilleur des douze mois que compte l'année et c'est pourquoi nous nous débrouillons pour suivre à la lettre les recommandations d'Allah en ce mois béni".

"Nous n'osons pas arrêter le travail encore moins ne pas jeûner sous prétexte qu'il difficile d'allier le jeûne et notre métier, car nous sommes tous des pères de familles qui doivent subvenir aux besoins de nos familles par la sueur de leur front", conclut-il.

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