Congo-Kinshasa: Le long et délicat retournement de veste de Katumbi

Chaque jour, ce qui était comme une évidence devient de plus en plus clair. Moïse Katumbi va prendre ses distances avec la coalition Lamuka, qui soutenait la candidature de Martin Fayulu à la présidentielle du 30 décembre dernier. Cette séparation qui se profile à l'horizon ne doit surprendre personne.

D'abord, parce que les deux hommes sont de tempérament totalement différent. Martin Fayulu est un volcan. Ce qui est à la fois une force et une faiblesse. C'est une force parce que dans un pays ou la démocratie est en balbutiement, des opposants aux caractères incontrôlables, sont capables, par un coup d'éclat, de déstabiliser le pouvoir, arriver parfois à faire plier le pouvoir sur certaines questions ou sujets. Mais pour cela, il faut un leader de la trempe de feu Étienne Tshisekedi. Ce qui est très, très loin d'être le cas de Fayulu.

Ce tempérament fougueux ne peut pas être productif dans une démocratie très avancée ou face à un pouvoir qui bénéficie d'un état de grâce. Comme c'est le cas pour le moment avec Félix Tshisekedi. Non sans oublier le fait que les citoyens ont souvent horreurs de ceux qui donnent l'impression d'être des durs, pour ne pas dire de tendance dictatoriale.

Or, Fayulu a une propension à se comporter comme des opposants postindépendances. Autrement dit, quelqu'un qui privilégie le rapport de force usant d'un langage guerrier, oubliant que les époques ont changé. Quant à Moïse Katumbi, il est plus mesuré et plus calme. En somme, plus sage. En vérité, il est plus compatible avec Félix Tshisekedi qu'avec Martin Fayulu.

Ensuite, au-delà du charisme et du tempérament, Fayulu est un géant au pied d'argile. Car, il ne dispose pas d'un parti qui a une assise nationale forte. Nous l'avions dit avant la présidentielle : l'alliance ou la plateforme Lumaku, ou du moins, ces poids lourds, Jean Pierre Bemba et Moïse Katumbi ont porté leurs choix sur Fayulu pour des raisons stratégiques et électoralistes futures, et non sur un logique de représentativité et de capacité de mobilisation du parti du candidat.

Et en optant pour l'apaisement, le Président Félix Tshisekedi sans le savoir, est en train de dynamiter l'union sacrée autour de Martin Fayulu. En effet, face à un pouvoir sortant qui gouverne dans les faits, M. Tshisekedi n'a pas le choix. Il ne peut pas se permettre d'avoir en face de lui une opposition très forte, incarnée par une personne qui dispose d'une force de mobilisation capable de faire vaciller son régime par de grandes mobilisations. Pour Moïse Katumbi, entre la faible représentativité de Fayulu et l'ouverture du Président Tshisekedi, le choix est vite fait.

Enfin, l'ex gouverneur du Katanga ne peut plus s'accommoder de la position jusqu'au-boutiste de Fayulu. Conscient que cette voix ne va pas prospérer, l'ancien dauphin officieux Kabila, après une lecture objective de la situation politique du Congo, s'est rendu compte qu'il fallait prendre ses distances et tracer son chemin.

Aujourd'hui, la question n'est plus de savoir s'il va quitter Lamuka, mais plutôt, comment va-t-il trouver sa voie ? Va-t-il rallier la mouvance présidentielle ? Ou va-t-il être dans une position d'une opposition de contribution ? L'avenir nous édifiera.

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