Ile Maurice: Souscription aux certificats de trésorerie - Les sociétés d'État sollicitées pour remplir les caisses à la veille du Budget

Une circulaire du ministère des Finances demande aux entreprises publiques d'acheter des certificats de trésorerie pour éponger le surplus de liquidités. Mais ces titres sont aussi un emprunt de l'État. Depuis, les quatre «primary dealers» (SBM, MCB, Barclays et Afrasia) dénoncent la tentative du ministère de créer un marché parallèle des bons du Trésor.

Les grosses sociétés d'État, générant des centaines de millions de roupies de surplus, vont-elles venir à la rescousse financière du gouvernement pour présenter un budget «populiste» à quelques jours du Budget Day ? La question est sérieusement posée par des spécialistes financiers, après la circulaire envoyée aux Supervising Officers des ministères et aux départements étatiques ainsi qu'aux responsables d'institutions publiques n'opérant pas comme des agences de financement.

Signée par le secrétaire financier, Dev Manraj, cette correspondance invite la Banque de Maurice (Bank of Mauritius - BoM) à émettre des certificats de trésorerie exclusivement aux corps para-étatiques engagés dans des activités commerciales. Et à ceux-ci de les acheter pour éponger le surplus de liquidités qui se chiffre à plusieurs milliards de roupies. Les certificats de trésorerie sont des titres de l'État, qui, comme les bons du Trésor, sont un emprunt émis par celui-ci. La seule différence est le mode de calcul du taux d'intérêt.

Officiellement, la circulaire souligne qu'un investissement dans les titres du gouvernement vise à donner aux acheteurs, nommément des entreprises publiques ou parapubliques comme le Central Electricity Board, la Central Water Authority, la Mauritius Ports Authority, la Cargo Handling Corporation Ltd, Mauritius Post, Mauritius Telecom, pour n'en citer que quelques-unes, une marge de manoeuvre financière leur permettant de satisfaire à moyen terme leurs besoins en trésorerie.

Toutefois, selon des observateurs, le timing de cette démarche, intervenant à quelques jours des préparatifs du Budget national 2019-20, interpelle. Elle pourrait davantage s'apparenter à une astuce financière pour recueillir des fonds de ces sociétés. Ce qui ne serait ni plus ni moins qu'un emprunt que le Trésor public aura à rembourser après un laps de temps défini.

Dans le cas précis, la période de maturité maximale est d'une année (le minimum est de 91 jours) et le montant minimum auquel une entité publique peut souscrire est de Rs 100 000, avec un taux d'intérêt qui est la moyenne affichée lors de la dernière mise en vente des bons du Trésor par la BoM précédant le lancement de cette émission des certificats de trésorerie, soit le 3 juin.

Au-delà des raisons officieuses ou officielles qui ont pu guider le ministère des Finances à lancer cette opération financière, cette décision suscite de grandes inquiétudes auprès des quatre primary dealers qui sont autorisés à commercialiser les bons du Trésor sur une base hebdomadaire. Il s'agit de la State Bank of Mauritius (SBM), de la Mauritius Commerical Bank (MCB), de la Barclays Bank of Mauritius et d'Afrasia Bank. Ces institutions crient au scandale et dénoncent le début d'un marché parallèle pour la vente des titres du gouvernement, plus particulièrement les bons du Trésor. Un bon du Trésor est un titre représentant une dette à court terme de l'État. Ces bons peuvent être achetés par des particuliers ou par des banques et autres institutions financières.

«Nous avons un accord exclusif avec la Banque de Maurice depuis mars 2017 pour vendre des bons du Trésor. Notre clientèle est composée à 80 % des corps para-étatiques, soit la même clientèle ciblée par le ministère des Finances. Aujourd'hui, avec cette mesure, celui-ci somme la BoM de vendre directement à ces entreprises publiques, nous privant d'un important marché. Pourquoi cette mesure ?» s'insurge un banquier professionnel travaillant pour une de ces quatre banques. Il ajoute que les primary dealers ne savent pas si cette mesure sera ponctuelle ou si elle perdurera.

Grandes manoeuvres

Selon le même interlocuteur, si le Trésor public estime qu'il existe un gros problème d'excédent de liquidités, qui se chiffre actuellement à entre Rs 15 et Rs 16 milliards, il faut que le ministère des Finances augmente le volume de bons du Trésor à mettre en vente. «Aujourd'hui, l'engouement pour les bons du Trésor est palpable. Chaque semaine, à l'heure de l'adjudication à la BoM, pour chaque Rs 1 milliard de roupies ou plus recherchées pour des bons du Trésor à 91 jours de maturité ou plus, la BoM enregistre Rs 3 milliards.»

Le banquier affirme qu'il n'y a pas mille raisons : c'est le taux de rendement qui explique cet engouement, supérieur à celui du taux du dépôt bancaire. Si on se réfère on dernier taux affiché le 17 mai, le taux d'intérêt pour les bons du Trésor ayant une maturité d'une année était de 3,45 % à 3,50 %, alors que le dépôt fixe sur trois ans est rémunéré à 3%.

Tentative de restituer les suplus des sociétés d'État pour équilibrer le prochain Budget ou démarche délibérée de court-circuiter la BoM pour établir un marché parallèle pour la commercialisation des titres du gouvernement ? Les grandes manoeuvres ont déjà commencé. En attendant le grand oral de Pravind Jugnauth.

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