Congo-Kinshasa: Importation - Le marché de Lufu de nouveau dans le collimateur des industriels

L'entrée massive des produits manufacturiers en provenance de la République d'Angola ne fait visiblement pas l'affaire du secteur privé congolais. Après le ciment gris, les barres de fer pour la construction et le sucre, un autre produit angolais de grande consommation à Kinshasa et le reste du territoire national devrait, espère-t-on déjà, rejoindre la liste des produits à interdire sur le marché local.

L'ouest de la République démocratique du Congo (RDC) continue de faire l'objet d'un contrôle au niveau de sa frontière avec l'Angola. En effet, le marché de Lufu, situé dans la province congolaise du Kongo central, est inondé régulièrement par des produits en provenance de ce pays.

Après le ciment gris, les barres de fer et le sucre, plusieurs opérateurs économiques recommandent aujourd'hui au prochain gouvernement de la République des mesures d'interdiction de l'importation des boissons sucrées importées d'Angola. A en croire un analyste économique, cette situation porte un « préjudice inestimable » sur l'industrie locale déjà en état de ralentissement. L'on parle de plus en plus du risque d'un arrêt total de l'activité de production industrielle si rien n'est fait pour sauver l'économie du Kongo Central. La fermeture des industries locales devrait, ajoute-t-il, « se répercuter naturellement dans les chiffres de l'emploi du Kongo central, la deuxième province la plus riche du pays ».

Loin d'être un simple débat déjà connu, l'avenir économique de cette province semble effectivement bien engagé. Depuis quelques jours, les parlementaires Ne-Kongo ont rebondi à la confirmation du début prochain des travaux du pont route-rail reliant Kinshasa et Brazzaville. « Un projet inconcevable », selon eux, « sans le lancement effectif des travaux du port en eau profonde de Banana ». Sur ce point, ils prennent au mot le chef de l'Etat qui a promis, pendant la sa campagne, de privilégier le port de Banana. « Nous attendons la mise en place du gouvernement de la République pour obtenir des réponses claires sur cette question », a déclaré un élu.

En filigrane, il y a une inquiétude sur le sort des deux principaux ports fluviaux du pays au Kongo central, incapables de capter tout le trafic maritime vers la RDC. En tenant compte de cette inquiétude, beaucoup arrivent même à prédire une mort certaine de l'ex-Onatra, le géant des transports.

Entre protectionnisme et libéralisme

Toutes ces « béquilles » pour sauver l'économie du Kongo central montreraient plutôt une incapacité des acteurs économiques à se projeter dans l'avenir, rétorque David Y., un expert. « L'avenir est dans la compétition, dans la concurrence. Nous ne pouvons pas adhérer dans les regroupements économiques sous-régionaux en appliquant tantôt le protectionnisme tantôt le libéralisme. Il appartient au pays de répondre aux besoins urgents de son développement en se frottant aux réalités d'une Afrique où les barrières s'effondrent progressivement », a-t-il indiqué. Finalement, il se pose au fond un problème sur le modèle économique congolais.

« A cause des monopoles, le pays n'a pas réussi à se doter des entreprises compétitives. Il y a eu déjà vingt-huit mesures économiques visant à protéger l'industrie locale. Que faut-il en plus. Qu'est-ce que cette politique a apporté en termes de création d'emplois et de recettes pour l'Etat congolais. Qu'on nous le dise. Rien ! », a poursuivi l'expert. Et de conclure : « A chaque libéralisation du secteur, nos entreprises publiques disparaissent. Cela devrait plus nous interpeller et nous pousser à adopter une nouvelle attitude au lieu de nous refugier dans nos vieilles habitudes de protectionnisme ».

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