Attention au nouveau colonialisme chinois

21 Mai 2019
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allAfrica.com
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Les États Unis prennent graduellement conscience de la menace croissante des projets de suprématie économique de la Chine.

En 2013, le président chinois Xi Jingping a lancé un programme international d’investissements connu sous le nom d’Initiative Belt and Road (BRI). Sous un nouvel objectif de connecter l’économie mondiale, la Chine a commencé à investir massivement dans des projets d’infrastructures dans plus de 60 pays qui représentent 60% de la population mondiale et 30% du produit intérieur brut mondial.

De 2013 à 2018, la Chine a effectué dans les pays participant à la BRI des investissements estimés à près de 614 milliards de dollars. Morgan Stanley prédit que les dépenses globales de la BRI chinoise pourraient atteindre 1 300 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie.

Le Président Xi considère que la BRI est une occasion de partager le modèle de croissance économique de la Chine avec les pays en voie de développement. Les rivaux géopolitiques craignent que les programmes d’investissement de la BRI ne renforcent l’influence politique et l’expansion militaire de la Chine.

La BRI est-elle une bouée de sauvetage pour les pays en développement ou bien une forme d’impérialisme économique?

Il est clair que la campagne d’investissements chinois en Afrique est une nouvelle forme de colonialisme. Le continent où je vis et travaille est à zéro.

Lors de son lancement en 2013, la BRI a donné la priorité aux projets de développement régional en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique et en Europe de l’Est. L’Italie est devenue le premier grand pays industrialisé du Groupe des Sept à adhérer à la BRI, malgré l’opposition des États-Unis et de l’Union européenne.

Les responsables américains ont raison de s’inquiéter de l’expansion d’un réseau d’infrastructures qui laisse derrière une dette paralysante, des constructions défectueuses et une mauvaise gestion des projets.

Le Centre pour le Développement Globale (Center for Global Development) a publié une étude sur 23 pays participant à l'BRI et a découvert que 10 à 15 d’entre eux sont menacés de surendettement. D’autres cas très médiatisés au Sri Lanka et au Pakistan sont des exemples où des projets BRI ont laissé de lourdes dettes aux gouvernements locaux et ont incité les responsables à faire appel à la Chine pour obtenir une remise de dette.

En novembre dernier, Moody Investor Service a averti que les pays bénéficiant de la BRI risquent de perdre le contrôle de l’infrastructure stratégique, des ressources naturelles et d’autres actifs importants si elles ne parviennent pas à rembourser leurs créanciers chinois. Ceci est une préoccupation majeure en Afrique, où le financement chinois a ouvert la voie à des projets d’infrastructure essentielle.

En 2015, la Chine a promis des subventions et des prêts commerciaux d’une valeur de 60 milliards de dollars pour financer des projets de développement économique en Afrique. Les dirigeants africains étaient impatients d’accepter cette aide financière et par conséquent la Chine détient actuellement 14% du stock total de la dette de l’Afrique subsaharienne devenant le plus gros détenteur de dette publique en Afrique.

Les programmes de financement public peuvent souvent être un outil utile pour que les gouvernements locaux construisent des projets générateurs de croissance économique. Mais une trop grande dépendance vis-à-vis des financements chinois pèse lourdement sur l’Afrique, plaçant le continent dans une position défavorable par rapport à l’avenir.

Les pays en voie de développement sont naturellement attirés par la doctrine politique de la Chine concernant les investissements dans les infrastructures.

Le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, John Bolton, a mis en garde contre la stratégie de la Chine en Afrique et dans le monde, mais les États-Unis doivent faire davantage pour se reconstituer comme une alternative à la Chine.

Plus spécifiquement, les États-Unis doivent proposer aux pays en voie de développement une alternative viable à la BRI.

Le Congrès a renforcé les capacités américaines du financement des projets de développement par le biais de la loi BUILD, qui autorise la création de l’Agence américaine de financement du développement (USDFC).

L’USDFC consolidera les institutions américaines de financement des projets du développement et fournira de nouvelles capacités d’investissement et de nouveaux outils financiers pour promouvoir les investissements américains dans les pays en voie de développement.

L’approbation de la loi BUILD tombe à pic. Les inconvénients financiers de la BRI commencent à se faire sentir au moment même où l’essor de la Chine atteignait le seuil des États-Unis avec des investissements majeurs dans les Caraïbes.

L'USDFC sera opérationnel dans les prochains mois. La nouvelle agence a l’occasion d’allonger l’empreinte des investisseurs américains en positionnant les États Unies comme une option plus attrayante pour les investissements dans les infrastructures.

En tant qu’homme d’affaires travaillant dans toutes les régions de l’Afrique, je peux vous assurer que les chefs d’entreprise africains sont désireux de nouer des partenariats avec les États-Unis afin de fournir un meilleur modèle pour les pays en voie de développement.

La Chine mène une campagne effrénée de nouveau colonialisme dans les pays en voie de développement. Les États-Unis doivent faire quelque chose de plus pour présenter une alternative d’investissement viable aux dirigeants des pays participant à la BRI.

Le peuple américain et les responsables gouvernementaux se rendent déjà compte de ce problème important. J’espère seulement que ce n’est pas trop tard.

Benedict Peters est un homme d’affaires qui œuvre dans plusieurs pays d’Afrique, entrepreneur et fondateur du groupe Aiteo, l’une des plus grandes entreprises énergétiques africaines.

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