Soudan: Le dialogue s'achève sans accord

Depuis la mi-décembre, les manifestants sont descendus dans les rues de villes et villages du pays pour protester contre les hausses de prix et demander au président Omar al-Bashir, au pouvoir depuis 29 ans, de se retirer. Les manifestations ont commencé à Atbara et se sont étendues à d'autres villes, notamment Gedarif, Wad Madani, Port-Soudan, Dongola, El Obeid, El Fasher, Khartoum et Omdurman.

Les négociations entre les généraux au pouvoir au Soudan et les chefs de la contestation se sont achevées, le 20 mai, sans aboutir à un accord attendu sur la composition du Conseil souverain censé assurer la transition, ont annoncé les deux parties.

« Le principal point de discorde entre L'Alliance pour la liberté et le changement (l'ALC) et le Conseil militaire reste le taux de représentation, et la présidence du conseil souverain, entre civils et militaires », ont déclaré les deux parties dans un communiqué commun à l'issue de la réunion.

Dimanche, les négociations avaient déjà achoppé sur ce différend, les deux parties souhaitant chacune prendre la tête et ravir la majorité des sièges du Conseil souverain, une institution clé de la transition qui doit se substituer au Conseil militaire pour une période de trois ans, avant la tenue d'élections.

« Conscients de notre responsabilité historique, nous travaillerons à la conclusion d'un accord urgent et répondant aux aspirations du peuple soudanais », ont ajouté le Conseil militaire et l'ALC après des discussions qui se sont clôturées vers minuit.

« Les négociations ne se poursuivront pas demain (mardi) à moins d'une avancée décisive sur les points de discorde », a déclaré Satea al-Haj, un membre de l'ALC participant aux négociations. Selon lui, l'ALC exige la présence de huit civils et trois militaires au sein du Conseil souverain. Les généraux souhaitent selon lui avoir sept militaires et quatre civils. Dans la journée de lundi, les militaires et l'ALC avaient pourtant exprimé leur optimisme.

Le chef adjoint du Conseil militaire, Mohamad Hamdan Daglo, surnommé « Himeidti », avait évoqué la conclusion d'un « accord complet » dans un « bref délai », selon un communiqué de la Force de soutien rapide (RSF), qu'il dirige.

Un jeu politique que n'apprécient guère les manifestants. « On sent qu'un piège est en train d'être tendu. Un sale jeu politique mené par le Conseil militaire », a dit l'un d'eux, Moustafa Sedik. « Les forces armées ne veulent pas abandonner le pouvoir facilement, et je pense qu'ils ont un plan avec l'ancien régime », s'inquiète Youssef Mohamed, au milieu d'une foule brandissant des drapeaux soudanais et faisant le "V" de la victoire.

Les deux camps avaient réussi la semaine dernière à s'entendre sur la durée de la transition, fixée à trois ans, et la composition d'une assemblée législative, dont les deux tiers des 300 membres désignés viendraient de l'ALC.

Le 17 mai, plusieurs pays et organisations internationales, dont les Etats-Unis, l'Union africaine, l'ONU et l'Union européenne ont appelé à la mise en œuvre d'une transition « vraiment dirigée par les civils ».

Le 6 mai, Mohamed El Hacen Lebatt- l'émissaire de l'UA pour le Soudan- avait annoncé à Khartoum qu'un rapport d'étape sur la transition serait examiné par le Conseil de paix et de sécurité de l'UA. L'organisation régionale plaide pour un transfert rapide du pouvoir aux civils, faute de quoi elle a averti qu'elle pourrait suspendre le Soudan.

À la tête du Soudan pendant près de trente ans, Omar el-Béchir a été destitué et arrêté par l'armée le 11 avril sous la pression d'un mouvement inédit déclenché le 19 décembre par la décision des autorités de tripler le prix du pain dans un pays miné par une grave crise économique.

Le mouvement s'est vite transformé en contestation du pouvoir. Depuis, des milliers de manifestants campent devant le QG de l'armée à Khartoum pour réclamer le transfert du pouvoir aux civils, après avoir obtenu la mise à l'écart de Omar el-Béchir.

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