Congo-Kinshasa: Alternance - Le rétropédalage honteux de Le Drian

Quelque quatre mois après avoir vivement mis en doute les résultats de la présidentielle du 30 décembre dernier, qui donnaient Félix Tshisékédi vainqueur, le ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a salué « une véritable alternance » en République démocratique du Congo, au détour d'une visite de 24 heures dans la capitale congolaise où il a été reçu par celui-là même dont il avait contesté la victoire, le président Félix Tshisékédi.

C'était le 20 mai dernier à Kinshasa. Et c'est peu de dire que le diplomate français n'a pas tari d'éloges à l'endroit d'un homme qu'il vouait pourtant aux gémonies quelques mois plus tôt. Morceaux choisis : « Il y a eu une vraie élection démocratique validée par la Cour constitutionnelle et validée par l'Union africaine. Et cette alternance, qui est effective, se concrétise aussi par des actes.

Ce n'est pas uniquement une alternance du discours ». On croirait rêver, en entendant Paris qui passait pour le fer de lance de la contestation des résultats de la présidentielle congolaise, se muer en défenseur et laudateur d'un scrutin dont tout le monde s'accorde à reconnaître que les résultats ont été truqués.

En tout cas, que la même voix qui ne s'était pas embrassée de circonlocutions diplomatiques pour mettre en doute la crédibilité des résultats, en vienne, quelques mois plus tard, à les magnifier avec une telle verve qui frise l'obséquiosité, n'est ni plus ni moins qu'un rétropédalage honteux.

Car, entre février et mai, qu'est-ce qui a bien pu changer pour justifier un tel revirement ? En vérité, dans cette affaire, c'est peu de dire que Le Drian est allé à Canossa. Car, sauf erreur ou omission, les résultats de la Conférence épiscopale sur lesquels le diplomate français fondait en partie ses critiques, n'ont pas changé.

Mieux, sur la question, l'Eglise catholique congolaise est restée constante dans ses déclarations, même si elle a dû faire contre mauvaise fortune bon cœur en prenant acte de la décision des instances électorales habilitées. D'où vient alors ce changement brusque de ton et d'opinion de Paris ?

Seuls les intérêts pourraient justifier une telle pirouette

Si ce n'est pas pour entrer dans les bonnes grâces du nouveau maître de Kinshasa, cela y ressemble fort. Car, la RDC, véritable scandale géologique, n'est pas n'importe quel pays, avec ses nombreuses richesses minières qui attisent la convoitise des grandes puissances.

Et en partant avec le « handicap » d'avoir contesté la victoire de Félix Tshisékédi, Paris ne se mettait objectivement pas dans les meilleures dispositions pour rivaliser avec les autres grandes puissances.

C'est dire donc que seuls les intérêts pourraient justifier une telle pirouette digne des plus grands funambules.

Et tout porte à croire qu'après avoir vu, la mort dans l'âme, son « favori » Martin Fayulu, échouer, Paris s'est lancée dans une opération de charme envers les nouvelles autorités congolaises, pour préserver ses intérêts.

En cela, l'on peut dire qu'elle reste fidèle à ses principes si bien édictés par le Général De Gaule qui, paraphrasant l'ex-Premier ministre britannique Lord Palmerston, rappelait que « les Etats n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts ». Aujourd'hui encore, cela semble se vérifier pour la France.

Autrement, la diplomatie a certes ses raisons que le citoyen lambda ignore, mais un tel revirement à 180 degrés a de quoi faire perdre son latin même aux plus érudits.

Car, sous nos tropiques, on est habitué aux inconséquences des politiciens à la petite semaine et des courtisans de palais, mais en la matière et dans le cas d'espèce, Le Drian n'est pas loin de leur ravir la vedette.

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