21 Mai 2019

Burkina Faso: Interdiction circulation poids-lourds - Stationnement anarchique contre un arrêté municipal

Les conducteurs de véhicules poids lourds étaient en grève les 20 et 21 mai 2019 pour protester contre l'arrêté municipal interdisant aux mastodontes la circulation à partir d'une certaine heure. Les chauffeurs routiers ont protesté contre l'oukase pris le 7 mai dernier, action observable à travers des stationnements anarchiques sur plusieurs artères et lieux de la ville.

Les chauffeurs routiers vrombissent de colère. Depuis les 20 et 21 mai, on assiste à une obstruction des principales entrées de la ville de Ouagadougou où des véhicules poids lourds sont anarchiquement stationnés sur les bords des routes. Une première depuis la prise de l'arrêté, le 7 mai dernier.

A la gare Ouaga-inter, les quatre roues sont également immobilisées. Pêle-mêle. L'intérieur comme l'extérieur de cette infrastructure ressemble à un air de repos où on se soucie peu d'occuper méthodiquement l'espace.

« J'ai dû garer ma voiture à l'extérieur tellement il est impossible de la conduire jusqu'à sa place habituelle », a confié un travailleur sous le sceau l'anonymat.

Certains chauffeurs se réunissent en agora à l'ombre des arbres ou des appâtâmes. D'autres se livrent au farniente sous leurs véhicules poids lourds.

« On nous a dit de garer. Je ne sais pas trop pourquoi. On m'a dit que les chauffeurs sont en grève pour protester contre l'arrêté interdisant aux camions de circuler entre 22h et 5 heures.

C'est dans la soirée du 20 mai que nous sommes restés ici », nous relate Harouna Ouédraogo, un apprenti- chauffeur trapu qui piquait du nez sous un camion 10 tonnes.

Notre volubile interlocuteur qui a souhaité qu'on ne le photographie pas, devient subitement timide quand nous tentons d'avoir de plus amples informations sur cette grève qui ne dit pas son nom. D'une voix blanche, il préfère nous orienter vers un groupe de personnes couchées sous un véhicule de gros gabarit.

Nos nouveaux interlocuteurs, comme s'ils attendaient impatiemment la présence d'un journaliste pour extérioriser leurs sentiments amers, à peine que nous avons décliné notre métier, se mettent à faire des critiques contre l'arrêté municipal.

Dans leurs jérémiades, tantôt ils disent qu'ils sont en grève, tantôt ils affirment qu'il est plutôt question de respecter à contre-cœur l'arrêté municipal.

Pour notre groupe de chauffeurs, dont certains sont de nationalités étrangères, l'arrêté pris le 7 mai 2019 est « préjudiciable » à notre économie. Ils avancent d'abord l'argument sécuritaire.

« Si tu sors la nuit pour décharger le contenu de ton camion, tu peux être victime de vols. Si cela arrive, ça va provoquer une grosse mésentente entre le chauffeur, le commerçant et le propriétaire du camion.

Personne ne voudra en endosser la responsabilité. Il y a un problème sécuritaire », estime Alidou Tiendrébeogo, un conducteur de 10 tonnes qui dit être sur les lieux depuis samedi.

Pour lui comme pour ses camarades, l'idéal serait que le maire redéfinisse les heures de l'arrêté. Ils pensent par exemple qu'on pourrait autoriser les véhicules poids lourds à circuler entre 13h et 14h. Pour eux, à ce moment, les élèves sont en classe.

En clair, ils trouvent qu'a cette période de la journée, il y a moins de dangers. Insistant sur les risques qu'il y a à décharger les camions à des heures indues, Alidou Tiendrébéogo raconte même que le vendredi dernier, il a été victime de vol alors qu'il avait immobilisé son véhicule la nuit en attendant que le contenu soit déchargé au cours de la journée.

Nous quittons le groupe et continuons notre slalome entre les camions anarchiquement stationnés. Et nous voilà au milieu d'autres conducteurs.

Nikièma Issouf est l'un d'eux. Ce solide gaillard trouve à redire sur l'oukase. Il ne passe pas par quatre chemins pour réclamer l'annulation de l'arrêté, car, soutient-il, la mesure ralentit fortement leurs activités.

En attendant, le maire Armand Pierre Béouindé a rencontré, ce 21 mai à l'hôtel de Ville, les différents acteurs de la sécurité et de la mobilité urbaine : ministère des Transports, Douane, polices nationale et municipale, gendarmerie, syndicats des transporteurs, etc.

L'objectif étant de trouver une issue rapide à la situation. Mais selon le président national de l'Union des chauffeurs routiers du Burkina (URCB), l'édile a signifié que la mesure est irrévocable.

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