Congo-Kinshasa: Pakadjuma - Sexe mais aussi petit commerce

«Les Femmes de Pakadjuma » : c'est le titre de l'ouvrage d'Ange Kasongo Adihe, un format de 105 pages, publié éditions du Pangolin 2019. Il a été porté sur les fonts baptismaux par Chantal Kanyimbo, vice-présidente du CSAC (Conseil de l'Audiovisuel et de la Communication), hier mardi 21 mai 2019, dans le hall de l'Institut Facultaire des Sciences de l'Information et de la Communication (IFASIC).

Eclaté en six chapitres, cette œuvre de l'esprit est partie d'une inspiration suscitée par la publication, sur facebook, de la photo d'une certaine Ophélie, avec comme message: "Nakeyi Pakadjuma". Cette photo avait enflammé la toile, malheureusement avec des réactions majoritairement négatives.

C'était le déclic pour l'enquête d'Ange Kasongo, décidée à pénétrer les mystères de la célèbre citée de Pakadjuma, adossée à la voie ferrée Kinshasa-Matadi, dans la commune de Limete, dans le périmètre de l'aérodrome de Ndolo et de la base de la Force Navale. Au terme de ses investigations, elle a rassemblé les données de son enquête dans un ouvrage intitulé « Les femmes de Pakadjuma », assortie des chapitres tels « Attachée à Pakadjuma » ; « Ici, c'est Pakadjuma » ; « Vivre à Pakadjuma » ; « Au creux de Pakadjuma » ; « Songi Songi à Pakadjuma » ; « La case de ma mère ».

Face à la presse hier, l'auteure a tenu à souligner qu'à Pakadjuma, il n'y a pas que la "prostitution, l'insécurité, des antivaleurs de toutes sortes " mais aussi des femmes, mères et filles respectables, qui y vivent par manque de logis, à cause de la précarité. Selon la petite histoire que raconte Ange Kasongo, la fille dont la photo avait déclenché une terrible hystérie sur la toile, nommée Ophélie, était née à Pakadjuma avant de partir pour l'étranger, en compagnie de sa mère.

Revenues 15 ans après avoir quitté Kinshasa, toujours avec sa mère, répondant au prénom de Brigitte, celle-ci ne voulait ni entendre parler, ni revisiter la cité maudite, qui lui rappelait les moments les plus difficiles de sa vie.

Cherchant à connaître le passé de sa mère, communément appelée "Maman Mundele", Ophélie était déçue par les réponses données par une vieille femme de Pakadjuma. Sceptique au sujet du portrait négatif fait sur sa mère, elle s'est tournée vers des jeunes de ce quartier pour en avoir le cœur net. C'est ainsi qu'elle a appris que de nombreuses femmes, mères et filles de Pakadjuma ne se livrent pas à la prostitution. Nombre d'entre elles sont dans des activités informelles : vente des produits agricoles et des denrées alimentaires de consommation courante, exploitation de restaurants de fortune communément appelés « malewa », de boutiques familiales baptisées « ligablos », de terrasses, de pharmacies, de dispensaires, etc. Bref, le portrait robot dressé contre sa mère ne correspondait nullement à la réalité.

Un mot sur Pakadjuma

Situé dans la commune de Limete, Pakadjuma, que ses résidents appellent familièrement Paka, est un bidonville où prédominent des constructions précaires, faites de cases en cartons, tôles, planches, etc. Il est difficile d'y rencontrer une maison en matériaux durables. La particularité de quartier est qu'il est né de manière spontanée, suite à son occupation par des personnes sans titres ni droit, qui ont profité de la passivité des autorités municipales et urbaines pour s'installer dans un espace réservé aux installations ferroviaires.

Sur le plan historique, le gros de la population de Pakadjuma vient de la province de l'ex-Equateur. En conclusion, l'auteur a souligné qu'à Pakadjuma, il n'y a pas que des antivaleurs car Ophélie, native authentique de cette cité, est aujourd'hui diplômée en droit des étrangers. Cela donne à penser que l'image de Pakadjuma peut brutalement basculer du négatif vers le positif, si les femmes, les mères et les filles qui mènent une vie saine deviennent numériquement majoritaires, par rapport aux prostituées.

Ange Kasongo a souligné que son ouvrage s'adresse à la jeunesse congolaise en général et kinoise en particulier, pour l'amener à soigner son image, celle de son pays, de sa ville, de son milieu de vie (quartier), de sa famille. Aux étudiants de l'IFASIC, elle a recommandé la culture de l'excellence, car le journalisme fait partie des filières d'études qui exigent le travail et la passion. Aux professionnels des médias, elle a fait savoir qu'il est important pour eux de réaliser des enquêtes sur les réalités socio-économiques du pays.

Qui est l'auteure ?

Ange Kasongo Adhie est une journaliste congolaise, porteuse d'un diplôme de licence de l'Institut Facultaire des Sciences de l'Information et de la Communication (IFASIC) et d'un master de l'Ecole Supérieure de Journalisme et des Sciences de la Communication de Lille, en France. Elle est aussi une ancienne élève du Lycée Bosangani, à Kinshasa, passionnée d'écriture et de questions sociopolitiques sur l'Afrique.

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