Burkina Faso: Prélèvement de l'IUTS - «Soit on résout ce problème, soit il n'y aura pas de discussion» (Georges Yamba Koanda, président du mois des centrales syndicales)

La salle du dialogue social de l'immeuble Baoghin, sise à Ouagadougou, aura (peut-être) tout son sens du 21 au 26 mai 2019. C'est là qu'a débuté hier la rencontre entre le gouvernement et les syndicats des travailleurs.

Une rencontre qui ne s'était plus tenue depuis 2017, selon les responsables syndicaux qui l'avaient souligné devant le ministre de la Fonction publique, à l'occasion du 1er-Mai.

Si ce face-à-face a enfin vu le jour, il risque cependant de ne pas prospérer ; le président du mois des centrales syndicales, Georges Yamba Koanda, ayant émis un préalable : la résolution du problème relatif au prélèvement de l'Impôt unique sur les traitements et salaires (IUTS). «Soit on résout ce problème, soit il n'y aura pas de discussion », a-t-il martelé à l'issue de la cérémonie d'ouverture.

«S'assoir ensemble ne permet pas de labourer un champ, mais aide toujours à trancher une préoccupation».

C'est avec ce dicton, bien connu de chez nous, que le maître de cérémonie de circonstance a campé le décor, après l'entonnement en chœur de l'hymne national. L'ouverture de la rencontre entre le gouvernement et les syndicats des travailleurs s'est voulue sobre avec deux interventions.

Pas de temps à perdre. Le président du mois des centrales syndicales, Georges Yamba Koanda, se jette à l'eau et se veut «la voix des travailleurs de l'enseignement, de la santé, de l'eau, de l'électricité, des agriculteurs, des travailleuses et travailleurs domestiques, en un mot de l'ensemble des travailleurs du public et du privé qui s'échinent quotidiennement pour assurer avec dignité leurs tâches afin de permettre à notre pays d'avancer».

Cette session, tant attendue, fait suite à celle tenue du 24 janvier au 1er février 2017 qui, elle avait examiné le cahier de doléances de l'année 2016.

En plus d'avoir dénoncé un manque de considération à l'endroit du mouvement syndical, le président du mois des centrales syndicales dit observer une tendance du gouvernement à fouler au pied les engagements pris avec ses partenaires sociaux.

Il explique que la question de l'Impôt unique sur les traitements et salaires (IUTS), prélevé sur les primes et indemnités servis aux travailleurs du privé, du public et du parapublic, en est suffisamment illustratif.

Le gouvernement, déclare-t-il, a fait inscrire cet aspect dans la loi des finances de 2017 sans aucune concertation préalable avec les organisations syndicales. Une préoccupation qui avait été exposée comme préalable à l'ouverture de la rencontre précédente.

Le communiqué final, sur ce point, disait en substance ceci : «le gouvernement s'est engagé à maintenir le statu quo en ce qui concerne les fonctionnaires et a convoqué d'ici à la fin de février 2017 une session extraordinaire pour examiner la question du prélèvement de l'IUTS et au cas où les conditions nécessiteraient une révision de la loi de finances, cela sera fait à la prochaine session de l'Assemblée nationale au mois de mars».

Georges Yamba Koanda et ses pairs font alors un constat amer : la situation du prélèvement dudit impôt est restée en l'état, plus de deux années après ; situation rendant difficile un dialogue crédible.

Pour protester donc contre cette attitude de l'exécutif, l'UAS par sa voix, exige encore comme préalable à l'examen du cahier de doléances de 2017, le règlement de cette question.

Pour le porte-parole, rien ne sert de prendre des engagements tout en sachant qu'on ne les respectera pas. «Soit on résout ce problème, soit il n'y aura pas de discussion», conclut-il.

Eviter à l'avenir de tels blocages

Du côté de la partie gouvernementale, le premier ministre, Christophe Joseph-Marie Dabiré, lui, salue la retenue dont a fait preuve le monde syndical avant d'indiquer que l'exécutif travaillera à éviter à l'avenir de tels blocages qui jettent le doute sur son engagement à résoudre la question sociale. Le PM ne manque pas d'invoquer le contexte national marqué par la crise sécuritaire et les revendications tous azimuts.

Des revendications qui sont sans doute légitimes, selon lui, mais qui doivent interpeller tous les acteurs sur le sens du compromis pour ne tenir compte que de l'intérêt général.

C'est également l'occasion pour le numéro 2 de l'exécutif de saluer à nouveau l'engagement de toutes les parties pour ce qui est de la continuité du service public dans les zones en proie au terrorisme.

La présente session, selon ses propos, permettra de faire le point des engagements pris lors des précédentes rencontres avec l'assurance que le gouvernement mettra tout en œuvre pour les respecter selon les moyens disponibles. «Que dites-vous par rapport à la question de l'IUTS, posée comme préalable à ce dialogue?».

«Dans une rencontre pareille, tout est permis. Les organisations syndicales ont un préalable mais nous allons leur donner des éléments de réponse. Pour pouvoir répondre, il faut que l'on échange d'abord sur son contenu. Qu'est-ce qui les préoccupe ? Qu'est-ce qui n'a pas été fait ? Et qui en est responsable ?

De mon point de vue, à une rencontre comme celle-là, il ne devrait pas y avoir de préalables dès l'ouverture des travaux.

Ils sont conçus pour organiser le débat et faire en sorte que celui-ci soit fluide mais si un préalable demande un engagement de la part de l'autre partenaire, cela veut dire que c'est un point qui doit être versé dans la discussion de manière à ce que chacune des parties puisse avancer ses arguments avant qu'on n'en tire une conclusion qui permettra de le lever.

Il faudrait attendre à l'issue de tout cela pour avoir la position du gouvernement sur cette question », a répondu Christophe Joseph-Marie Dabiré.

Aux dernières nouvelles, les syndicats se sont retirés de la salle du dialogue social et n'y reviendront que tant que l'exécutif ne leur fasse des «propositions concrètes» concernant le préalable évoqué.

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