22 Mai 2019

Sénégal: Aly Khoudia Diaw sur les causes de la violence et de la criminalité - «Une conjoncture caractérisée par des conditions difficiles d'existence, l'absence de famille et d'autorité parentale... »

interview

La conjoncture économique, la perte de repères, la démission des parents sont autant de faits qui expliquent ce regain de la violence, estime le sociologue Aly Khoudia Diaw. Tout en préconisant un retour à l'éducation familiale, le sociologue trouve qu'il n'est pas encore le moment pour le Sénégal d'appliquer la peine de mort.

Qu'est ce qui explique selon vous toute cette violence ?

Il y a d'abord la conjoncture économique et sociale qui explique les mauvaises conditions de vie des Sénégalais. Nous vivons dans une société difficile où les jeunes n'arrivent pas à trouver de l'emploi, où les parents n'arrivent pas à subvenir correctement à leurs besoins.

Toutes ces situations se traduisent dans le comportement des personnes. Ensuite, Il y a les mauvaises conditions d'existence.

Ça, c'est lié à la drogue, à l'usage du chanvre indien, à l'alcoolisme et à la délinquance. Il y a aussi le recul de la foi et de l'éducation. De plus en plus, il y a un défaut d'éducation dans les familles. Les familles n'éduquent plus leurs enfants. A la décharge des parents, il devient difficile d'éduquer les enfants.

Les familles sénégalaises se paupérisent de plus en plus. Il y a un problème d'éducation de base chez les enfants et chez les jeunes.

Il y a surtout l'absence de famille et d'autorité parentale. Cela veut dire qu'on peut être dans une famille, mais c'est une famille éclatée. Il y a aussi que les familles d'aujourd'hui présentent beaucoup d'inconvénients ; soit le père est alcoolique ; soit la maman est dépressive.

Le dernier aspect est que nous vivons avec des malades mentaux, nous vivons avec des détractés sexuels, nous vivons avec des psychopathes sans s'en rendre compte. C'est dire que nous vivons avec des malades qui nous côtoient tous les jours sans qu'on se rende compte qu'ils sont malades.

Et lorsque ces pathologies-là apparaissent, c'est au moment de certaines circonstances. Et ça se traduit par le viol ou par le meurtre.

Donc, la criminalité dans la société sénégalaise s'explique par une conjoncture économique et sociale caractérisée par des conditions difficiles d'existence qui se traduisent par le comportement des jeunes qui, par manque de perspectives, s'adonnent à la drogue, à la délinquance, à l'usage du chanvre indien et maintenant la conséquence, ce sont les cas d'agression en bandes organisées ou en personnes individuelles et parfois même ces cas d'agression aboutissent à des meurtres.

Comment expliquez-vous l'attitude du présumer meurtrier de Binta Camara à Tambacounda ?

Ça n'a rien à avoir avec ce que la personne fait ou ne fait pas. Dans le cadre du meurtre de Tambacounda, on est en présence de meurtre gratuit. Un meurtre gratuit, c'est un meurtre qui ne s'explique pas ou quand il s'explique, le mobile est très ordinaire.

Ça peut être un plan sexe qui a mal tourné, ça peut être une rancœur cachée, la jalousie, et ça peut-être même un acte de démence. L'explication n'est pas logique. C'est pourquoi on parle de meurtre gratuit

Quelles doivent être les actions à mener pour mettre un terme à la saignée macabre ?

Il faudrait renforcer le retour de l'éducation dans les familles. Il faudrait aussi ouvrir de nouvelles perspectives pour la jeunesse en termes d'emplois, de promotion individuelle, en termes d'entreprenariat pour résorber le chômage. Il faudrait aussi une redistribution équitable de toutes les ressources et renforcer la répression.

N'est-il pas temps que le Sénégal réactive la peine de mort ?

Au Sénégal, il est très tôt pour appliquer la peine de mort. Jusqu'à présent, on peut trouver des mesures alternatives en associant les dignitaires religieux pour qu'ils prennent la parole. On se rend compte qu'ils ne prennent pas la parole dans de circonstances pareilles.

Il faut l'implication des familles maraboutiques. Il faut aussi des efforts de l'Etat pour soutenir les familles en termes d'allocations familiales pour permettre aux familles de suivre l'éducation de leurs enfants.

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