22 Mai 2019

Sénégal: Posture des acteurs pour la réussite du dialogue politique - Recette d'experts

Depuis un moment déjà, le Landerneau politique reste agité par la question du dialogue politique, notamment sur la personnalité à même de conduire ledit dialogue. Ainsi donc, tous les acteurs semblent s'accorder sur la nécessité pour celle-ci d'être neutre, sans aucune coloration politique, même s'ils ne parviennent pas encore à accorder leurs violons sur la personnalité à choisir.

Ce problème met sur la table la question de la posture que doivent adopter les acteurs politiques eux-mêmes, pour que les concertations aboutissent.

Sur ce point, le Professeur en Science politique à l'Université Gaston Berger (Ugb) de Saint Louis, Ibou Sané, pense qu'il faut que les acteurs politiques «apprennent à se faire confiance». Cela, tout en précisant que le critère de la neutralité brandi pose problème.

De son côté, Fréderick Kwady Ndecky, analyste politique titulaire d'un DEA à l'Ugb de Saint-Louis, trouve nécessaire que les gens y aillent «avec une certaine bonne foi», mais surtout avec la «posture de faire des propositions et des contre-propositions et non des calculs électoralistes».

IBOU SANE, PROFESSEUR EN SCIENCE POLITIQUE A L'UGB : «Il faut que les hommes politiques apprennent à se faire confiance»

Si tous les acteurs du dialogue politique s'accordent sur la nécessité de trouver une personnalité «neutre» à même de diriger la commission cellulaire du dialogue, il n'en demeure pas moins que pour le moment, les points de vue divergent sur les noms avancés ou proposés par les uns et les autres.

Ainsi donc, le Professeur en Science politique à l'Université Gaston Berger (Ugb) de Saint Louis, Ibou Sané pense qu'à ce rythme, on ne s'en sortira jamais. Sur les raisons de son scepticisme, Professeur Sané trouve que «la problématique de la neutralité pose énormément de problèmes : qui est neutre et qui ne l'est pas ?

Comment peut-on savoir que quelqu'un est neutre ? Sur quelle base ou critères ?» Il reste ainsi formel que même en matière de recherche, la neutralité pose problème.

Pour étayer son propos, il citera le Professeur Pierre Bourdieu qui avait l'habitude de dire que : «sur les problèmes politiques qui appellent un raisonnement, il y a toujours du parti pris politique».

Même pour la société civile, il est d'avis qu'elle joue au «yoyo» car «quand ça l'arrange, elle abandonne la chaise sur laquelle elle était assise, celle de la société civile, pour créer des mouvements ou des partis politiques».

Donc, il pense que «s'ils (acteurs politiques) mettent la neutralité au premier plan, ils ne trouveront personne». «A moins qu'ils aillent trouver les militaires, les généraux, comme à l'époque avec le Général Niang, le Général Lamine Cissé, qui ont joué leur partition», se remémore-t-il.

Quelle posture doivent adopter les acteurs politiques pour la réussite du dialogue ? Sur cette question, le Professeur à l'Ugb trouve pour sa part que ce n'est qu'une question de confiance. A son avis, «il faut que les hommes politiques apprennent à se faire confiance et qu'ils évitent de détruire chaque fois ce que l'autre a construit.

C'est une perte de temps. Ces problèmes-là doivent être dépassés». Mieux, pour éviter de connaitre le statu quo, il propose que les acteurs parlent plutôt de «personnalité honnête capable de tirer les uns et les autres vers le sens commun».

Se voulant plus clair, il dira que «le facilitateur n'est pas une personne qui va influencer ou tirer les gens vers la direction qu'il veut. Il rassemble les points de vue et les gens s'accordent sur ces points de vue».

L'essentiel, selon lui, est que la personne puisse organiser les débats tout en sachant que «ce n'est pas à elle de prendre les décisions qui vont sortir des concertations». Cela, afin de trouver un «consensus», car «on ne peut pas avoir l'unanimité», conclut-t-il.

FREDERICK KWADY NDECKY, ANALYSTE POLITIQUE : «Il faut que les gens y aillent avec une certaine bonne foi»

De son côté, l'expert électoral, non moins analyste politique, Frederick Kwady Ndecky salue tout d'abord la volonté affichée par les uns et les autres de prendre part à ce dialogue.

Pour autant, il reste convaincu que la posture des acteurs à ce dialogue est «aussi importante», car «il ne faut pas y aller juste pour poursuivre cette controverse».

Il pense, en fait, que les acteurs doivent s'y rendre dans le but de trouver quelque chose de concret qui arrangerait tous les acteurs, afin d'éviter les tensions. Pour cela, il estime que l'une des bases essentielles est d'établir les termes de référence.

Parce que, «si on n'est pas d'accord sur ce sur quoi on doit établir un consensus, on est parti pour en sortir avec beaucoup plus de désaccords». Mieux, pour lui, ceux qui sont disposés à aller à ce dialogue doivent apporter «leur input à ces termes de référence».

Poursuivant son propos, M. Ndecky trouve aussi qu'il va falloir que les participants soient de «bonne foi». A son avis, «ça doit être un dialogue sincère.

Il ne faudrait pas qu'il y ait des agendas cachés». C'est ce qui expliquerait ces éternels appels au dialogue car, les fois précédentes, «il n'y avait pas de bonne foi des uns et des autres».

S'adressant aux acteurs politiques, il pense qu'il faut qu'ils comprennent que ce qui se fait là n'est pas à eux seuls. Pour lui, c'est le Sénégal qu'il faut mettre en avant et oublier un peu les intérêts partisans là où l'intérêt national est engagé.

Il reste ainsi convaincu que «ce qu'on aura à l'issue de ce dialogue dépendra beaucoup plus de l'attitude qu'adopteront nos hommes politiques parce qu'ils sont les acteurs principaux pour la réussite ou l'échec du dialogue».

Quid de la confiance entre les acteurs ? Frederick Kwady Ndecky pense qu'il y a «un minimum de confiance entre eux», ce qui expliquerait leur disposition à participer au dialogue. Ou du moins, il estime que ces derniers se font plus ou moins confiance à présent que lors des précédentes rencontres.

Toutefois, pour la réussite de ce dialogue, «il ne faut pas que les autres voient des tentatives de récupération du processus à leur profit», prévient-il.

Cela, dans la mesure où, pense-t-il, «chacun va essayer, sur la base des résultats qu'il a eus lors des dernières élections, de capitaliser sur ses acquis au point de passer à côté de l'essentiel».

Donc, pour la réussite de ces concertation, «il faut les gens y aillent surtout avec la posture de faire des propositions ou des contre-propositions très claires et ne pas y aller avec seulement des calculs électoralistes».

Ainsi donc, il reste optimiste que s'il n'y a rien de tout cela, «on est parti pour avoir le dialogue qu'on attendait jusqu'ici entre les différents acteurs».

Et même mieux, il pense qu'il ne faut pas que cela se limite à des rencontres entre hommes politiques seulement, mais cela doit être ouvert à tous les autres secteurs de la société.

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