Centrafrique: L'accord de paix entaché par le massacre de vingt-six civils

Des femmes et des enfants déplacés dans un camp de fortune dans la ville de Paoua, en République centrafricaine.

La mission des Nations unies dans le pays et les autorités ont lancé, le 22 mai, un ultimatum au leader du groupe 3R (Retour, réclamation, réconciliation), auteur de la tuerie de civils intervenue la veille dans l'ouest du pays.

L'accord signé en février entre les autorités et des groupes armés, dont l'application accumule des retards, a été profané par le massacre de vingt-six civils. La tuerie s'est déroulée dans deux villages situés à une cinquantaine de km de Paoua, près de la frontière avec le Tchad. Elle est la plus importante depuis la signature, le 6 février dernier, d'un accord de paix entre le pouvoir et quatorze groupes armés.

Réagissant à ces massacres qui ont eu lieu dans les villages de Koundjili et Djoumjoum, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (Minusca), par le biais du représentant du secrétaire général de l'ONU dans le pays, Mankeur Ndiaye, les a condamnés « avec la dernière énergie ».

« Le 21 mai, des éléments du groupe armé 3R (Retour, réclamation, réconciliation) avaient organisé une réunion avec des habitants des villages de Koundjili et de Djoumjoum », a expliqué une source onusienne. « Lorsque les villageois se sont présentés, les éléments de 3R auraient ouvert le feu sur eux de manière indiscriminée, tuant douze civils à Koundjili et quatorze à Djoumjoum », a-t-on ajouté.

La population centrafricaine est surprise de constater que le groupe 3R, qui prétend protéger les Peuls, tue des civils alors qu'il avait signé l'accord de paix. En retour, son chef, Bi Sidi Souleymane (alias Sidiki), a été nommé le 25 mars « conseiller spécial militaire » auprès du Premier ministre, en charge de la mise en place des unités mixtes associant membres des Forces armées centrafricaines (Faca) et groupes armés.

Lors d'une conférence de presse conjointe du gouvernement et de l'ONU, les deux parties ont durci le ton contre les 3R. « Le gouvernement s'associe à la Minusca pour exiger de M. Sikidi l'arrestation des auteurs de ce massacre sous 72h, sous peine d'être tenu responsable de ces actes », a déclaré le ministre de la Communication, Ange Maxime Kazagui.

La population exhortée à ne pas céder à la tentation des représailles

Le chef du groupe armé est également sommé de démanteler toutes ses installations et les barrières qu'il a dressées dans la région qu'il occupe, dans le même délai. « Le gouvernement exhorte la population à ne pas céder à la tentation des représailles », a poursuivi le ministre, alors que des informations font état de la mobilisation dans la région de combattants anti-balaka - des milices d'autodéfense qui affirment vouloir protéger chrétiens et animistes contre les exactions des groupes musulmans -, pour en découdre avec les éléments de 3R.

Outre le massacre des civils à Koundjili et Djoumjoum, une religieuse franco-espagnole de 77 ans, Inès Nieves Sancho, a été retrouvée le 20 mai décapitée dans le sud-ouest du pays, notamment dans un village où elle enseignait la couture à des jeunes filles, selon le site Vatican news. Une situation qui a conduit le pape François à évoquer sur la place Saint-Pierre l'assassinat « barbare » d'une religieuse « au service des pauvres ».

Déchirée par les violences depuis le renversement du président François Bozizé en 2013, la Centrafrique est loin de renouer avec la paix. En témoigne le fait que l'accord de sortie de crise préparé depuis 2017 par l'Union africaine, signé en février à Khartoum, est le huitième du genre depuis le début de la crise. Et aucun des précédents accords n'a abouti à un retour de la stabilité, dans un pays où les groupes armés contrôlent 80% du territoire et se battent pour la mainmise sur les ressources naturelles. Ce qui a contraint près d'un quart des 4,5 millions d'habitants de la centrafrique à fuir leur domicile.

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