Burkina Faso: Respecter les droits humains lors des opérations antiterroristes

communiqué de presse

Les forces de sécurité du Burkina Faso devraient scrupuleusement respecter les droits humains lors de la nouvelle opération militaire qu'elles ont lancée en réponse à une hausse des attaques meurtrières de la part de groupes islamistes armés, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

À la mi-mai 2019, le gouvernement a lancé l'Opération Doofu dans les régions administratives du Nord, du Sahel et du Centre-Nord. Human Rights Watch examine actuellement des allégations d'exactions commises par les deux camps, y compris des exécutions extrajudiciaires de détenus par les forces de sécurité.

« La violence au Burkina Faso est à son comble, alors que des milliers de personnes paniquées fuient leur domicile et que de nouvelles exécutions illégales sont rapportées », a déclaré Corinne Dufka, directrice pour la région du Sahel auprès de la division Afrique de Human Rights Watch.

« Les forces de sécurité du gouvernement et les groupes armés islamistes doivent comprendre que nous suivons de près les atrocités supposées commises par les deux camps. »

Les groupes islamistes et les forces de sécurité du gouvernement devraient s'abstenir de toute exécution extrajudiciaire, de tout enlèvement et de toute autre atteinte aux droits humains.

Le gouvernement devrait s'assurer que les opérations des forces de sécurité ne tombent pas dans les mêmes schémas de violations des droits humains qui ont accompagné certaines précédentes opérations antiterroristes commises dans le passé, selon Human Rights Watch.

Au moment où le gouvernement met en œuvre l'Opération Doofu, il devrait veiller à ce que les forces de sécurité burkinabées disposent des moyens nécessaires pour appliquer le droit relatif aux droits humains au cours de la planification de leurs opérations et pour garantir que toute violation soit punie comme il se doit.

Le gouvernement devrait également veiller à ce que des officiers de police militaire - ou autres responsables exerçant la fonction de prévôt - soient inclus dans toute opération impliquant du personnel militaire.

Ces responsables devront être mandatés pour suivre le déroulement des opérations et réagir aux abus constatés en se référant aux autorités judiciaires compétentes.

Depuis mi-2018, le Burkina Faso connaît une augmentation brutale des violences perpétrées par les islamistes armés, qui ont commencé à mener des attaques dans le pays en 2016, et des allégations d'abus commis par les forces de sécurité engagées dans les opérations contre eux.

Ces violences ont créé la panique générale et déplacé plus de 130 000 civils, surtout dans le nord. En décembre, le gouvernement a déclaré l'état d'urgence dans plusieurs provinces du nord.

Human Rights Watch a documenté plus de 60 meurtres commis par les islamistes armés et 130 meurtres de suspects par les forces de sécurité burkinabées dans la région du Sahel entre fin 2017 et février 2019.

Seuls quelques-uns de ces cas ont fait l'objet d'une enquête, et aucun des responsables n'a été traduit en justice à ce jour.

Sur les 60 personnes tuées par les islamistes armés, la plupart étaient membres des communautés foulsé et bella, tandis que la plupart de celles qui ont été tuées par les forces de sécurité du gouvernement étaient foulanis (peuls). Les groupes islamistes armés se sont efforcés de recruter des membres des communautés foulanies.

« L'Opération Doofu donne au gouvernement l'opportunité de faire preuve de son engagement envers une stratégie de lutte contre le terrorisme qui respecte les droits des personnes », a conclu Corinne Dufka.

« Alors que le Burkina Faso répond aux violences en cours, il est vital que ses forces de sécurité prouvent qu'elles peuvent se conduire de façon professionnelle pour protéger tous les civils, et qu'elles demandent des comptes à ceux qui commettent des atrocités. »

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