Congo-Kinshasa: Opposition - Katumbi rebat les cartes

Le retour de l'ex-gouverneur du Katanga, après trois années d'exil, ne sera pas sans conséquence sur l'opposition politique congolaise. La dissonance qui la caractérise aujourd'hui risque de se consolider davantage si, entre-temps, aucun effort de recadrage n'est fait pour remettre les choses dans l'ordre.

Des signaux émis par l'opposition à ce jour ne rassurent guère quant à sa capacité à demeurer dans un bloc uni. Déjà, ses ténors, censés faire du retour au pays de l'ex-gouverneur du Katanga un triomphe, se sont illustrés par des communiqués à tout vent qui taisent une gêne mal dissimulée. Les souhaits de « bon retour » lancés par les uns et les autres étaient, en somme, une manière de se dédouaner, ou mieux, de se faire une bonne conscience face à la critique. Car, au-delà de la pure forme, se dessinent des appréhensions qu'inspire cette opposition en quête permanente d'une identité véritable.

Déjà, l'absence de Martin Fayulu et d'autres têtes couronnées de cette ancienne plate-forme, le 20 mai à Lubumbashi, pour célébrer le retour au bercail de Moïse Katumbi, l'actuel coordonnateur de Lamuka, a fait jaser. Un détail qui ne l'a pas du tout ébranlé. Non parce qu'il n'a pas besoin de l'aura dispersée du leader de l'Ecidé, mais bien parce qu'il sait ce que vaut réellement ce dernier, politiquement parlant. Moïse Katumbi est de ceux qui ont « fabriqué » le mythe Fayulu. Avec le recul du temps, l'on s'aperçoit que l'appui apporté à l'ex-challenger de Félix Tshisekedi à la présidentielle de décembre 2018 répondait à un pur formalisme au regard du contexte ayant prévalu à sa désignation, à Genève, comme candidat commun de l'opposition. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur et après l'escapade du tandem Tshisekedi-Kamerhe, l'ex-gouverneur du Katanga a, sans doute par élégance, pris l'option de soutenir Martin Fayulu dans un cartel où sa mise était prépondérante, si pas essentielle. Le rejet de sa candidature à la présidentielle a aussi beaucoup pesé dans ce choix circonstanciel qui procédait plus de l'envie d'éviter de froisser les siens que d'une réelle introspection et d'un calcul politique calibré.

C'est non sans raison que ses pairs l'ont choisi, en premier, pour assurer la coordination tournante de Lamuka, dorénavant muée en regroupement politique. Une façon de maintenir le président du TP Mazembe dans le giron en l'amadouant dans un leadership dont il n'en a cure. De retour en RDC, Moïse Katumbi entend reconquérir l'espace politique laissé, pour le besoin de la cause, à la conquête de Martin Fayulu. En bon opportuniste, ce dernier a su capitaliser la bienveillance de ses pairs jusqu'à se hisser au pinacle de la notoriété, appuyé par les bases électorales de Katumbi, Bemba, Muzito, Mbusa Nyamwisi et Matungulu. Et pour reconquérir l'espace perdu, le coordonnateur de Lamuka envisage bientôt une tournée dans toutes les provinces du pays « pour remercier la population congolaise et prêcher l'unité du pays ». Une manière de réchauffer une base en veilleuse.

Autre manière de faire l'opposition

La liesse populaire suscitée par le retour au pays de Moïse Katumbi démontre à suffisance que l'homme jouit, encore et toujours, de l'estime des Congolais et qu'il peut être partant pour 2023. Très subtilement, il évite d'aborder la sempiternelle question de « vérité des urnes » - un crédo ressassé par Martin Fayulu -, allant jusqu'à prendre le contre-pied de ce dernier sur plusieurs sujets dont celui de la démission réclamée de Félix Tshisekedi. L'ex-gouverneur, quant à lui, n'appelle pas à la renonciation de l'actuel chef de l'Etat, mais martèle qu'il est dans l'opposition républicaine. Une opposition qu'il veut constructive et encline à soutenir les projets du gouvernement « s'ils sont favorables au peuple congolais ».

C'est tout dire des rapports qu'il entend entretenir avec le pouvoir de Félix Tshisekedi à qui il est redevable pour avoir facilité les conditions de son retour. Bénéficiaires de l'ouverture démocratique sous l'ère Fatshi, il est clair que Jean-Pierre Bemba et Mbusa Nyamwisi, également en passe de rentrer au pays, devront logiquement développer une opposition positive, loin de tout relent revanchard et inutilement factieux, question de se mettre en phase avec l'actuel coordonnateur de Lamuka.

Entre le bagout d'un Fayulu jouant le révolté impénitent et la tempérance d'un Katumbi cherchant à arrondir les angles, l'on est bien en face d'une opposition ambiguë, sans âme et guidée par ses propres fantasmes. En cette période de valse démocratique caractérisée par le retour des exilés politiques, Moïse Katumbi a de bonnes raisons d'avoir un ton mesuré tout en se réservant d'offenser ses bienfaiteurs d'aujourd'hui. Il donne, pour ainsi dire, le ton de ce que sera l'opposition, la vraie, sous le règne Fatshi.

En attendant, le chef de l'Etat est en train de gagner un pari, celui d'atténuation des effets pervers de l'opposition congolaise désormais formatée aux vertus républicaines. Sans chercher à l'étouffer, Félix Tshisekedi s'efforce à faire avec, sans que l'équilibre des forces n'en pâtisse, pour qu' à la fin, ce soit le peuple qui gagne.

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