Congo-Kinshasa: Rapprochement avec Félix Tshisekedi - Katumbi met Fayulu, Muzito et Matungulu dans l'embarras

Fraichement rentré au pays, par Lubumbashi, le lundi 20 mai 2019, exactement trois ans après son départ forcé en exil, Moïse Katumbi, Coordonnateur de la coalition Lamuka, dont il va assumer la présidence tournante du mois de mai à celui de juillet 2019, a animé un point de presse hier mercredi 22 mai dans sa résidence privée.

L'essentiel de son face à face avec les journalistes a gravité autour des questions de brûlante actualité, en particulier des relations entre sa plate-forme et le nouveau pouvoir.

A propos de cette question, il a réitéré la position qu'il avait déjà exprimée à la veille de son retour au pays, à savoir qu'il reconnaît la légitimité de Félix Antoine Tshisekedi et qu'il revient pour faire de l'opposition républicaine, dans l'optique de participer à la reconstruction nationale et à la recherche du bonheur du peuple congolais. Précis, il a dit tout haut qu'il allait solliciter incessamment une rencontre entre le Président de la République et les principaux animateurs de Lamuka, à commencer par Martin Fayulu, en vue de sceller la réconciliation nationale.

Moise Katumbi s'est expliqué en ces termes : « Je ne cherche pas la vengeance. Je suis un Chrétien et je suis sincère : je suis venu pour la paix. Si j'ai la haine contre quelqu'un, le bon Dieu écoutera-t-il mes prières ? Je ne suis pas le Christ mais je suis un de ses fils ».

Et de poursuivre : « Martin Fayulu et Félix Tshisekedi sont des frères. Nous allons travailler pour qu'ils puissent être ensemble, pas dans le gouvernement mais nous allons tous être ensemble ».

A en croire Moïse Katumbi, il compte amener Bemba et Fayulu, ainsi que d'autres cadres de Lamuka, à la Cité de l'Union Africaine, afin de donner leurs points de vue sur la gestion du pays en face du Chef de l'Etat.

Les observateurs constatent que pareille rencontre risque de mettre dans l'embarras des personnalités telles que Martin Fayulu, Adolphe Muzito et Freddy Matungulu, qui ont continué à réclamer, jusqu'au week-end dernier, la vérité des urnes et à réaffirmer leur détermination à mener des actions populaires pour y parvenir. Radicaux à souhait, vont-ils accepter de se mettre autour d'une même table avec celui qu'ils n'ont cessé de vilipender dans les médias aussi bien nationaux qu'étrangers?

Foncièrement opposés à la notion de l'opposition républicaine et convaincus que Félix Tshisekedi n'est pas le Président élu et qu'ils attendent de lui qu'il démissionne, pour laisser le fauteuil présidentiel à celui qu'ils considèrent comme le « véritable vainqueur de l'élection présidentielle », peut-on attendre d'eux un acte d'humilité, pour prendre la main tendue de l'actuel Chef de l'Etat en direction de tous les fils et filles du pays disposés à l'accompagner dans sa vision de bâtir un Congo nouveau, uni, pacifié, réconcilié avec lui-même, prospère, et ayant pour principal centre d'intérêt l'homme ?

D'aucuns doutent qu'il en soit ainsi et que Moïse Katumbi n'ait consacré, avec sa démarche de rapprochement avec Félix Tshisekedi, l'éclatement de Lamuka en deux ailes, celle des modérés d'une part et celle des radicaux d'autre part. Car, au regard de ce que certains avaient déclaré il y a quatre mois, à savoir qu'ils allaient tout faire pour rendre la RDC ingouvernable, le rétropédalage va être difficile à exécuter.

Concernant la formation du gouvernement, après la nomination du Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba par le président de la République, il a d'ores et déjà fait savoir qu'il n'en fera pas partie. Le président de l'Ensemble estime qu'on peut servir utilement la République en restant dans l'opposition. Il a, une fois de plus, réaffirmé sa détermination à travailler pour la paix et le développement de son pays, dans une opposition républicaine et constructive.

Moïse Katumbi a également confirmé, à la même occasion, la transformation en un grand parti politique de sa plate-forme électorale née en Afrique, nous avons cité « Ensemble pour le Changement », laquelle avait été créée pour soutenir sa candidature à la présidentielle.

A propos de l'ex-président Joseph Kabila, Moise Katumbi a avoué ne pas avoir un problème personnel avec lui. « J'ai quitté le PPRD pour ne pas cautionner le tripatouillage de la Constitution imaginé dans les officines occultes du pouvoir, pour accorder un troisième mandat à Joseph Kabila, contre la volonté du peuple congolais, qui aspirait à l'alternance ». Selon Moïse Katumbi, six de ses collègues gouverneurs devaient aussi quitter le PPRD. Mais, le jour «J», ils avaient fermé leur téléphone.

Le Katanga, une Suisse manquée ...

Accusé de mauvaise gestion de l'ex-province du Katanga, particulièrement dans le Lualaba, l'ex-gouverneur a rappelé qu'il avait fait construire 29 ponts dans l'actuelle province Lualaba. Il a déploré, à cet effet, le démembrement précipité de la grande province de l'ex-Katanga, car cela l'avait empêché de concrétiser son rêve d'en faire la « Suisse » de la RDC.

Revenant sur sa métaphore d'un bus avec un seul chauffeur, le chairman de l'Ensemble a laissé le soin à chaque Congolais d'en faire l'interprétation qu'il pense la mieux conforme à la réalité.

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