Cote d'Ivoire/Maroc: Cheick et Fousseny se "battent" avant le match

interview

L'un est défenseur au Wydad Athletic Club de Casablanca (Maroc), l'autre est milieu de terrain à l'Espérance de Tunis (Tunisie).

Les deux sont Ivoiriens et devront combattre pour conquérir, à partir du vendredi 24 Mai, Dame Ligue des Champions d'Afrique 2019. Dans ce jeu d'interviews croisées, ils dévoilent leurs armes.

Avez-vous une sensation particulière avant ce match qui vous met en opposition ?

Cheick Comara : Ouf ! C'est souvent délicat d'être en face d'un compatriote pour livrer une bataille. C'est un concours de circonstances où chacun va devoir défendre les couleurs de son équipe.

C'est un gros match qui s'annonce dans la mesure où ce sont deux pays qui ont des supporters très chauds. Je pense que ce match va d'emblée se jouer dans cet esprit. Et ensuite, on ne se fera pas de cadeau, même entre Ivoiriens.

C'est le foot. Nous savons que l'Espérance va tout donner sur les deux matchs. Pour la manche allée à Casablanca, nous allons aussi mieux aborder ce match pour chercher une première victoire sur l'Espérance avant le retour à Tunis.

Fousseny Coulibaly : C'est une finale qui ne sera pas facile. Nous jouons contre une formation qui joue très bien à domicile. Elle a été championne d'Afrique en 2017. C'était leur deuxième trophée dans la compétition après celui gagné en 1992.

C'est une équipe qui veut plus. La particularité de cette rencontre sera qu'on sera en face d'une équipe qui joue techniquement et tactiquement bien.

Tout va se jouer au mental vu que la victoire finale se fera sur deux confrontations directes. Je sais que j'aurai Cheick Comara en face. Mais, chacun va défendre son pain. Ce sera une belle ambiance sur la pelouse et aussi dans les tribunes.

Doit-on s'attendre à une rivalité féroce entre ces deux pays du Maghreb d'autant que cela dépend moins de vous que du public très souvent chauvin et trop bouillant des deux pays ?

Cheick Comara : Il ne faut pas se faire peur. C'est juste une rivalité sportive. Il n'y a pas à se mettre à l'esprit des choses. Les supporters les plus chauds et joviaux sont du côté du Maroc. J'ai une seule chose en tête. Celle de gagner cette Ligue des champions pour moi-même, pour le Wac et pour l'ivoirien que je suis...

Fousseny Coulibaly : Le public tunisois est un vrai douzième homme pour l'équipe. Ils ne lâchent rien du début jusqu'à la fin du match. Ils chantent, dansent, crient et vous donnent du courage. C'est une vraie source de motivation.

Même quand, ça ne va pas, ils restent en symbiose avec l'équipe. Et nous permettent de revenir dans le match. Les supporters marocains sont aussi bouillants. Pour ce match de vendredi nous ne craignons rien. Nous sommes des habitués de ces chaudes ambiances.

Est-ce le match le plus important de votre carrière ?

Cheick Comara : Pour moi, oui ! Je rêve de gagner ce trophée. Ce sera pour la première fois dans ma carrière. C'était un rêve d'enfant. J'ai aujourd'hui l'occasion de tout donner dans ce match et arriver à réaliser mon rêve. Ce sera mon match...

Fousseny Coulibaly : Je peux dire que c'est le match le plus important. Le club n'a pas eu la chance de jouer deux finales de suite. En cette année 2019, nous le faisons après notre victoire de 2018. Pour moi et pour toute l'équipe, c'est une situation exceptionnelle.

Que redoutez-vous le plus dans cette confrontation ?

Cheick Comara : Je n'ai pas de crainte ou à avoir peur. Je peux simplement dire que l'Esperance à une grande expérience de la haute compétition. Nous savons qu'ils vont chercher à mieux gérer le match aller, vu que ce sera à Casablanca, loin de leurs bases. Et ensuite, aller jouer leur va-tout à domicile.

Fousseny Coulibaly : Le Wac joue ultra vite. C'est une équipe qui met du rythme et elle se regroupe très vite en défense...

Quels sont les joueurs ou compartiments à craindre ?

Cheick Comara : Eux, ils sont forts dans la gestion des matchs. Très souvent, ils sont calculateurs.

J'ai suivi l'ensemble de leurs matchs de poules et des quarts de finale, j'ai pu constater que c'est une bonne équipe de championnat. Ils savent glaner des points et des buts. Nous sommes conscients de ce fait. Sauf que cette fois-ci, ils ne pourront pas (Rire).

Fousseny, es-tu d'avis avec Cheick sur le fait que l'Esperance excelle plus dans la gestion tactique pour avoir plus de points au finish ?

Fousseny Coulibaly : Je sais qu'en attaque, le Wac a un joueur très redoutable. Il joue sur le côté gauche. Il s'agit d'Ismail El Haddad. Même si nous savons qu'il a eu une blessure récemment et qu'il a pu se relever.

Il est très remuant sur le front de l'attaque. Offensivement, c'est très bonne équipe. Mais, nous allons trouver la tactique et stratégie de jeu pour arriver à gagner. Il faut être costaud au milieu de terrain. Ce sera la clé du match.

Très concrètement, quel seront vos rapports sur la pelouse entre ivoiriens qui s'affrontent pour conquérir Dame Coupe d'Afrique ?

Fousseny Coulibaly : C'est toujours un plaisir de croiser son frère ivoirien. Il y a vraiment une autre sensation de voir que c'est son frère du même pays qui est en face et qu'il ne devra pas gagner. C'est un état d'esprit qui ne doit pas prendre le dessus sur l'objectif de toute l'équipe.

Chacun de nous joue pour son club, tout en se disant que nous sommes des ambassadeurs de la Côte d'Ivoire cette année dans cette compétition. Nous avons déjà de la chance d'être des titulaires dans nos différentes équipes.

Avant le match, on pourra se voir et rigoler dans les vestiaires. Mais, pendant le match, on va oublier un peu notre amitié. Je lui demande de ne pas trop me poser des tacles. Comme ça, je vais marquer des buts dans son camp... (Rire).

Cheick Comara : Je peux déjà dire que Fousseny est un très grand joueur. Il fait la fierté de l'Afrique entière et de la Côte d'Ivoire en particulier. C'est un grand joueur. Il est très bon au milieu de terrain. Tantôt relayeur, tantôt défensif.

Il peut même être très offensif. Mais, je pense que nous au Wac, nous saurons l'arrêter dans son élan. Nous avons dans notre effectif des joueurs d'expérience pour le contrer. Je pense qu'il ne va pas s'en sortir.

Ce jour-là, je pense que nous allons certes jouer, chacun, pour honorer la Côte d'Ivoire. Mais, il n'y aura pas de cadeau entre nous. Rassurez-vous, tout va se passer dans le Fair-Play. Je ne voudrais pas tout simplement l'avoir tout le temps en face. Ce sera à ses dépens. (Rire).

Pourtant, lors de vos confrontations, à l'époque dans le championnat de Ligue 1 ivoirien, Fousseny a pris, à deux reprises, le meilleur sur toi. N'est-ce pas déjà un avantage psychologique pour lui ?

Cheick Comara : Effectivement, nous avons joué deux matches en Côte d'Ivoire où nous étions opposés. J'étais au Club omnisport de Korhogo (Cok) et lui, jouait au Stella Club.

C'est vrai que pendant les eux matchs (aller et retour) du championnat de Côte d'Ivoire, il avait pris le dessus. Mais, ça ne va pas toujours continuer. Il était le patron au pays. Nous sommes maintenant loin de la Côte d'Ivoire. C'est à mon tour de prendre le dessus.

Fousseny Coulibaly : Aujourd'hui, le contexte change. C'était à l'époque en Côte d'Ivoire. Le Wac du Maroc a plus d'envergure. Cette fois-ci, cela ne sera pas facile pour moi.

Mais, je croise les doigts et je me dis que même si nous sommes loin de la Côte d'Ivoire, la chance va me poursuivre et prendre encore le dessus.

Cheick est une pièce maitresse du Wac et il voudra coute que coute gagner cette Ligue des champions. Malheureusement pour lui, je serai en face. Ce sera un match très équilibré.

Quels sont les avantages que retrouvez-vous dans votre carrière en étant dans le football Maghrébin ?

Cheick Comara : Il y a vraiment beaucoup d'avantage. A mes débuts, c'était un peu compliqué pour le fait que c'est un peu différent du pays.

Finalement, je me suis adapté et totalement intégré. J'ai eu plus de facilité par la suite parce que le club met les moyens par rapport aux objectifs à atteindre.

Je pense même que le niveau du football pratiqué dans cette zone de l'Afrique est un cran au-dessus des autres. Il n'y a qu'à constater cela avec les origines des clubs qui jouent les finales de la Ligue des champions et de la coupe de la Confédération.

Nous avons deux équipes (Berkane et Wac) du Maroc dans les deux finales, et un de la Tunisie (Esperance de Tunis) et un autre de l'Egypte (Zamalek). Cette partie de l'Afrique domine le football continental et particulièrement, le Maroc.

Fousseny Coulibaly : Je me sens très bien en Tunisie. Tout se passe bien avec l'Esperance de Tunis. C'est un pays de football. Il y a des infrastructures pour le football professionnel.

Ce qui n'est pas le cas en Côte d'Ivoire. En Tunisie, il y a une meilleure ferveur autour du football et une meilleure organisation des infrastructures. Les installations n'ont rien à envier à celles de l'Europe.

Jouer avec les Eléphants de la Côte d'Ivoire, vous intéresse ?

Cheick Comara : Absolument ! C'est l'une de mes priorités. Je me donne à fond dans mon club pour espérer aussi être appelé en sélection. Mais, tout dépend de l'entraîneur national. C'est lui qui fait ses choix.

Pour l'instant, je continue de me battre et travailler pour faire partir de la liste. Si je suis choisi, tant mieux. Si ce n'est pas le cas, je vais continuer à travailler pour être à niveau.

Fousseny Coulibaly : Si on me fait appel, je vais répondre favorablement à la sélection nationale de mon pays. Je suis prêt à, jouer pour le pays. Je porte la Côte d'Ivoire dans mon cœur. Si le sélectionneur me dit ok, je viens.

Quels sont vos pronostics pour la Can 2019, en Egypte ?

Cheick Comara : Je suis partagé entre le Maroc et la Côte d'Ivoire (Rire). Pour être plus sérieux, le Maroc est une très bonne équipe. Mais, la Côte d'Ivoire va tout mettre en œuvre pour essayer d'aller le plus loin possible et chercher à remporter le trophée.

Fousseny Coulibaly : Je peux déjà citer la Côte d'Ivoire parce qu'on a un bon groupe. Il y aussi le Sénégal qui est en forme.

De même que le Maroc et le Nigeria. Un peu moins pour la Tunisie. Et aussi le pays organisateur, l'Egypte. Globalement, ce sera une Can très équilibrée. Le plus expérimenté va remporter le trophée.

Avez-vous des envies d'ailleurs c'est-à-dire continuer par exemple vos carrières dans un championnat européen ?

Fousseny Coulibaly : J'ai des envies pour les championnats européens. La saison dernière, j'ai pu avoir quelques propositions de clubs européens. Mais, les clauses financières n'étaient pas alléchantes et donc, les discussions n'ont pas pu aboutir. Il faut savoir partir surtout dans un bon projet.

Cheick Comara: Oui, c'est primordial pour moi. Aller découvrir d'autres championnats et plus particulièrement en Europe. Je suis sur la voie. Après la Côte d'Ivoire, je suis aujourd'hui au Maroc. Cela pourrait être une continuité. Je pense retomber en Europe. Continuer à monter mon talent.

Qui sera le champion d'Europe, le 1er Juin entre Liverpool et Tottenham ?

Cheick Comara : Je vois Liverpool gagner. Peut-être sur un petit score de 1-0. Toutes mes excuses à Serge Aurier (Rire). Je suis aussi obligé de le soutenir donc, je voudrais bien qu'il gagne.

C'est possible pour lui et Tottenham, même si en face il y aura d'autres africains tels que Mohamed Salah, Sadio Mané, Naby Keita... Si notre compatriote remporte le trophée, ce sera tout à son honneur et pour toute la Côte d'Ivoire. Il nous représentera.

Fousseny Coulibaly : Ouh là ! C'est difficile. Je mets quand même une piécette sur Liverpool avec deux buts à zéro. Même si j'ai mon frère ivoirien, Serge Aurier qui joue à Tottenham (Rire).

Le plus important est le constat de voir que dans ces finales de coupes européennes, il y a beaucoup de footballeurs africains valeureux. En plus, ils font partis des meilleurs du football européen et même mondial. Cela dénote du fait que nous avons des talents sur le continent.

La finale de la Ligue des champions africaine se déroule pendant la période du Carême musulman. Comment arrivez-vous à concilier football et Ramadan dans vos pays respectifs fortement ancrés dans le Jeûne ?

Cheick Comara : C'est un peu facile pour moi. Surtout que le programme des matchs et du championnat local est fait en fonction des horaires de rupture du jeun. Le programme est réaménagé de sorte qu'après la rupture, on joue les matchs. C'est ainsi que ça fonctionne au Maroc.

Fousseny Coulibaly : C'est vrai que cela est un peu compliqué d'allier les deux. Ici en Tunisie, le championnat continue toujours.

Il y a des matchs qui sont programmé à 14 heures voire 15 heures local. Me concernant, les jours de matchs je n'observe pas le jeun. D'autres joueurs réussissent à le faire. Ce qui n'est pas mon cas.

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