23 Mai 2019

Congo-Brazzaville: Romuald Fonkoua - « La fréquence des auteurs qui viennent vers Présence Africaine n'a pas baissé »

interview

Rédacteur en chef de la revue Présence Africaine, professeur des universités, Romuald Fonkoua a, dans une interview exclusive aux Dépêches de Brazzaville, évoqué la fréquence des auteurs à sa maison d'édition et surtout loué l'initiative d'organiser le soixante-dixième anniversaire de cette maison dans la capitale congolaise.

Que représente pour vous la célébration des 70 ans d'existence de Présence Africaine ?

Fêter les 70 ans de la maison d'édition est un événement important, parce qu'il s'agit d'un patrimoine, qui est un patrimoine du continent. Les fêter en plus à Brazzaville, c'est une bonne chose, parce qu'il s'agit de faire venir ici la vitrine du savoir littéraire et du patrimoine culturel africain.

Soixante-dix ans après, avez-vous gardé votre ligne éditoriale ?

Ce qu'il faut savoir, c'est que la maison d'édition a édité depuis toujours des romans, de la littérature de jeunesse, de la poésie, du théâtre, des essais, dans presque tous les domaines. A Partir de là, il n'y a pas de changements à avoir, il y a juste une continuité à maintenir. Je pense que ce qu'il y a à faire, c'est de maintenir cette idée selon laquelle, il faudrait que les Africains puissent parler de leurs problèmes à partir d'un lieu reconnu. Dès lors que cette ligne est bien établie, il n'y a qu'à poursuivre simplement la pratique de l'édition qui s'est déroulée jusqu'ici sans difficultés.

Quelle est la fréquence des auteurs aujourd'hui ?

La fréquence des auteurs qui viennent vers Présence Africaine n'a pas baissé. Ce qui a peut-être baissé, c'est la qualité, la concurrence. Du coup, comme il faut dire la qualité, la somme des auteurs qui sont publiés est infiniment moindre.

Justement, comment appréciez-vous vos produits actuellement sur le marché ?

Je pense que sur le marché, les produits sont appréciés à la hauteur de ce qui serait la littérature africaine contemporaine. Un certain nombre d'auteurs sont reconnus, un certain nombre d'autres ne le sont pas. Parmi les auteurs qui sont reconnus, il y en a quelques-uns qui ont écrit et parmi les auteurs qui ne sont pas reconnus, il y a des jeunes qui arrivent. Il faut leur laisser le temps de faire des prouesses.

Avec le développement de l'internet, le livre tout comme les maisons d'édition papier, à l'instar de la vôtre, ont-ils encore un avenir ?

Contrairement à ceux qui pensent que l'internet allait tuer le papier, c'est le contraire. Il y a un filtre qui existe du côté du papier, mais qui n'existe pas du côté de l'internet. Le vrai problème c'est que n'importe qui peut s'improviser éditeur numérique sans aucun filtre. Quand on dit le numérique aujourd'hui, qu'est-ce qu'on retient, rien du tout, parce que ça passe très vite, alors que ce qu'on retient infiniment c'est le papier. En fait, le numérique a renforcé la qualité papier ; les revues papiers ont plus d'avenir que les revues numériques, qu'on le veuille ou non, parce qu'on peut arriver à évaluer la qualité papier, alors qu'on ne peut pas toujours évaluer la qualité numérique. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de différence, mais en ce qui concerne le papier, la censure est absolument claire et nette, alors qu'en ce qui concerne le numérique, la reconnaissance ne l'est pas.

A 24h de la fin des festivités marquant la célébration des 70 ans de Présence Africaine, que retenez-vous de cette initiative ?

L'initiative d'organiser les 70 ans de Présence Africaine ici à Brazzaville, prise par l'Institut français et Les Dépêches de Brazzaville, est heureuse. Elle est d'autant plus heureuse, parce qu'elle vient couronner une idée qu'a eue Présence Africaine de donner les livres aux écoles, aux élèves, aux bibliothèques du Congo. Ainsi donc, à 24h de la fin, je crains de dire que, pour moi les 70 ans ne s'achèvent pas demain ; ça se poursuit. C'est par ces livres que les jeunes qui vont lire deviendront peut-être les auteurs de demain. Ils maintiendront sans doute de façon absolument égale le patrimoine qui est celui de l'Afrique, du monde noir, le patrimoine qui a continué à créer à sa façon les éditions Présence Africaine, la maison d'édition, la revue et d'une certaine façon, la librairie. Je pense que ce sont ces choses-là qu'il faut maintenir. 70 ans, ça ne s'achève pas demain. Il faudrait peut-être penser déjà à 80 ans, 90 ans et 100 ans. J'aimerais bien voir et vivre ce centenaire. Après Brazzaville, nous organiserons les universités Présence Africaine, du 24 au 26 octobre de l'année en cours, à Paris.

Et Mme Diop, comment se sent-elle ?

Elle est impeccable.

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