24 Mai 2019

Burkina Faso: Gestion des revendications sociales

Le mouvement le Balai citoyen a organisé une conférence de presse le jeudi 23 mai 2019 à son siège à Ouagadougou, pour se prononcer sur la situation nationale. Au cours des échanges avec les journalistes, le Balai citoyen a abordé les questions relatives à la gouvernance, la crise sécuritaire, les questions environnementales, la crise au sein de l'appareil judiciaire.

Le front social est en pleine ébullition au Burkina Faso. Et de l'avis du mouvement le Balai citoyen, tous ces mouvements de grève se ressemblent dans leurs causes, leurs manifestations, le mode de gestion et les solutions proposées par le gouvernement. Il s'explique par le fait que tous ces fronts sociaux ont un dénominateur commun, parce qu'il s'agit de grèves pour l'application de textes déjà adoptés ou pour la mise en œuvre de protocoles d'accord adoptés de commun accord entre le gouvernement et les syndicats. En tout état de cause, le Balai citoyen estime que ces mouvements de grève « révèlent tout simplement un problème de gouvernance globale qui caractérise le pouvoir de Roch Kaboré et de la majorité présidentielle menée par le MPP depuis leur avènement au pouvoir ».

Et si le Balai citoyen doit attribuer une note au Gouvernement par rapport à sa gestion de crises dans la Fonction publique, « c'est tout simplement un blâme » car « la gestion de la crise au MINEFID, à la Justice, à l'Education, à la Santé et dans tous les autres corps de métiers est scandaleuse ». Et « l'incapacité du régime actuel à trouver des solutions justes, pérennes et durables à même de calmer le font social n'est que la conséquence de son échec sur le plan de la gouvernance », déclare le Balai citoyen qui insinue que « l'incapacité d'opérer une refondation dans la manière de gouverner a placé le pouvoir du MPP dans les mêmes abîmes que le régime du CDP ». « Il y a quand même de graves déficits sur la question de la gouvernance, qui appellent la note du blâme », insiste Me Guy Hervé Kam, l'un des conférenciers. Revenant sur ce qui s'est passé « en 2013, 2014 et 2015 », Me Kam dit que « si c'était à refaire, nous devons être fiers de ce que nous avons fait et nous ne devons jamais, jamais, au grand jamais regretter ce que nous avons fait parce que c'était des grands moments de lutte démocratique ».

Des regrets ? Me Kam laisse entendre qu'il y en a parce qu'« au sortir des élections couplées, législatives et présidentielle de 2015, le Burkina Faso avait une grande fenêtre d'opportunités pour changer la gouvernance, la mentalité ». Et à l'époque, il rappelle que le Balai citoyen avait dit qu'aucun gouvernement ne peut changer la vie des Burkinabè en cinq ans, mais qu'on pouvait mettre le train en marche. « Notre regret aujourd'hui est que le train même n'est pas en gare à plus forte raison de dire qu'il est en marche ». La question relative au projet de déclassement partiel de la forêt de Kua dans la commune de Bobo-Dioulasso pour y construire un hôpital, est revenu sur la table de la conférence de presse. D'emblée, le Balai citoyen dit « s'opposer et s'opposera énergiquement aux côtés de toutes forces déjà mobilisées contre cette aventure sans avenir ». Et il justifie sa position par le fait que « porter atteinte de cette façon à l'environnement, constitue un crime et parjure de la Constitution qui sacralise l'environnement dans son préambule ».

Blaise Compaoré, « le pyromane qui veut jouer au pompier »

Pour ce qui est de la question sécuritaire, en évoquant les événements malheureux de Yirgou, Arbinda, et les assassinats dans les temple et église, le Balai citoyen affirme que par ces actes, les terroristes dévoilent leurs véritables intentions déstabilisatrices. Pour y faire face, le mouvement salue et encourage la coexistence religieuse pacifique qui est une réalité au Burkina Faso. Tout en saluant le succès de l'opération « Otapuanu », l'organisation de la société civile a souhaité que « Ndofu » connaisse un succès encore plus éclatant. Toutefois, le Balai citoyen rappelle que ces opérations doivent être menées dans le respect des droits humains.

Relativement à l'opportunité de passage à la 5e République, Me Kam confie que par rapport au contexte d'aujourd'hui, différent du contexte de 2014-2015, « la neutralité politique n'existe pas. Il y a un parti politique qui est au pouvoir et tentera forcément de peser sur la Constitution ». Donc, conclut-il, « ce n'est plus une priorité au Burkina et c'est beaucoup de milliards de F CFA qui peuvent être affectés à d'autres choses d'autant plus que le CNT, avant de partir, a fait une révision constitutionnelle qui a réglé les questions fondamentales qui posaient problème dans la Constitution de la 4e République ».

La conférence de presse du 23 mai dernier a été une occasion pour le Balai citoyen de se prononcer sur « l'offre de service de Blaise Compaoré à son successeur Roch Kaboré pour l'aider à faire face au terrorisme ». Me Guy Hervé Kam considère cette offre comme « une proposition indécente parce que le peuple burkinabè attend de Blaise Compaoré qu'il vienne se justifier sur les crimes de sang et les crimes économiques qui lui sont imputés ». En plus, poursuit-il, ce qui se passe au Burkina Faso aujourd'hui n'est que la conséquence des années de compromission lorsque le pouvoir de Blaise Compaoré pactisait avec ces terroristes et leur offrait gîtes et couverts à Ouagadougou, dealait avec eux sur les échanges d'otages.

Bien entendu, peut-être que dans ce sens il peut faire quelque chose mais ce qui est important pour le peuple burkinabè ce n'est pas de retomber dans un commerce à l'avenir incertain ». Pour Me Kam, si pendant ses 27 ans de pouvoir Blaise Compaoré avait fait du Sahel une partie intégrante du Burkina Faso en y déployant une administration digne de ce nom, peut-être qu'on en serait pas là. Sur la question Me Kam est clair : « c'est en réalité le pyromane qui veut jouer au pompier ». Par ailleurs, l'ombre du procès du putsch manqué à plané sur la conférence de presse du Balai citoyen. Me Guy Hervé Kam a-t-il oui ou non pris des centaines millions avec Yacouba Zida comme il a été dit par l'un des accusés à ce procès ? Smockey confie « que s'il y avait une réelle probité derrière ce qui a été dénoncé il y a longtemps que la chose serait au niveau de la justice ». Et il ajoute : « nous défions qui que ce soit qui détient des preuves de ce genre de calomnies de les mettre à la disposition de l'opinion publique et la presse en général ».

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