Afrique: L'insuffisance d'outils d'évaluation de l'aide au développement

L'anthropologue Alvar Jones Sanchez fait le point de l'évaluation de l'aide au développement dans la revue The conversation.

Le secteur de la coopération internationale impose désormais des outils d'évaluation de l'aide au développement. Mais ils sont encore insuffisants pour calibrer les transformations sociales ou économiques dérivées d'une intervention, d'après Alvar Jones Sanchez, spécialiste de la coopération internationale, notamment en Afrique. Il explique les motifs de ses distances : l'absence de correspondance entre les bénéfices associés à ses fonctions et l'échec fréquent des projets; le malaise de certains professionnels au sein de certaines organisations internationales qui "doivent concilier leur désir de stabilité et de réussite professionnelle avec des questionnements éthiques parfois complexes", selon lui.

Alvar Jones Sanchez pense que les professionnels du secteur ne sont pas rémunérés pour garantir l'impact positif et durable des interventions sur la population. Puis, il récuse que d'autres compétences soient valorisées, citant "la bonne gestion bureaucratique et comptable des projets, la représentation institutionnelle ou la capacité à capter des fonds". Il regrette que l'amélioration de la qualité de vie de la population sur le long terme ne soit pas directement associé aux exigences du poste, et le suivi des projets achevés.

"Le paysage rural africain regorge de pancartes bancales rouillées à la gloire des bailleurs. Il est semé d'édifices abandonnés, d'infrastructures agricoles en rade, d'équipements défectueux", poursuit-il. Des vestiges qui questionnent sur l'efficacité de beaucoup d'actions menées en Afrique sous la bannière du développement. L'anthropologue ne nie pas que de nombreuses interventions de développement transforment positivement la vie de la population. Par contre, d'autres sont problématiques en termes d'impact, de viabilité et de pérennisation.

En cause le système d'évaluation. Les outils utilisés dans le secteur de la coopération internationale sont insuffisants pour calibrer les transformations sociales ou économiques dérivées d'une intervention. Alvar Jones Sanchez cite les raisons : le recrutement, en principe, de l'évaluateur par l'organisation qui a mené l'intervention; la rareté des évaluateurs sollicités par les bailleurs; celles qui mobilisent des observateurs indépendants (journalistes, d'autres ONG, associations locales, etc.) sont pratiquement inexistantes; le temps imparti à l'évaluateur (à peine quelques heures, ou quelques jours); la modération des reproches de la population à l'endroit d'un projet ou d'une organisation, craignant de trop critiquer; parfois la méconnaissance du secteur local par l'évaluateur.

De nombreux États africains, soutient-il, dépendent financièrement de l'aide des organisations internationales. Celles-ci, en contrepartie, s'invitent dans la définition des politiques publiques. On parle à ce sujet de "pays sous régime d'aide". Il tient lieu, fait-il savoir, de se questionner si ces procédés, qui affectent la souveraineté nationale, affaiblissent plutôt qu'elles ne renforcent les États récepteurs, et si, au fond, l'aide ne produisait pas les effets qu'elle prétend combattre.

Ainsi, souvent présentée en termes techniques comme dénuée de toute idéologie, la conceptualisation du développement est en réalité indissociable d'une vision politique et d'un projet de société. L'idée selon laquelle l'aide au développement produit du progrès est communément admise. Elle est pourtant subordonnée aux critères éthiques, politiques ou socioéconomiques mobilisés pour l'évaluer. En l'absence de processus d'évaluations fiables, qui puissent prendre une certaine distance vis-à-vis des intérêts des principaux opérateurs de développement (bailleurs bilatéraux et multilatéraux, ONG nationales et internationales), cette équation (aide-progrès), qui constitue la légitimité des institutions de développement, relève davantage de l'idéologie que des réalités empiriques, admet-il.

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