25 Mai 2019

Sénégal: Matar Ba, ministre des sports - «Nous nous sommes victimes de nos performances»

Engagé au Mondial de football U20, en attente de la Coupe d'Afrique en Egypte et éventuellement le Mondial U-17 ou encore la préparation des Jeux africains, le Sport sénégalais sera sur tous les fronts cette année. Suffisant pour donner quelques «cheveux blancs» à Matar Ba.

Dans un entretien qu'il a accordé à la presse, le ministre des Sports qui a estimé que le sport Sénégal est tout bonnement "victime de ses performances" se dit prêt à « faire le nécessaire» pour la prise en charge des compétitions avec la prochaine Loi de finances rectificative. Le patron du Sport sénégalais n'a pas non plus manqué de faire l'état de préparation des prochains Jeux olympiques de la jeunesse de 2022, les infrastructures, sur l'ambition du Sénégal à la prochaine CAN ou encore sur la prochaine mise en place du code du sport.

JOJ «DAKAR 2022» : « Le Président Macky Sall a déclenché le monitoring »

«Hier (jeudi), on s'est réuni avec le président de la République et ses plus proches collaborateurs, le bureau du CNOSS et d'autres ministères. C'était un mini conseil présidentiel. Il y aura un grand conseil avec l'ensemble des acteurs concernés par les JOJ qui va être, incessamment, convoqué. Nous sommes en train de travailler sur le dossier, le rapport introductif qui permettra au Président Macky Sall de pouvoir apprécier pour prendre des décisions. Mais, hier (jeudi), avec ce conseil présidentiel, nous avons fait une revue des actions à mener et celles qui ont été déjà faites, depuis l'attribution des Jeux olympiques. Le CNOSS a déjà reçu cinq missions du CIO et les infrastructures ont été visitées encore.

Les choses se précisent. On a eu une avancée notoire, parce que nous sommes fixés sur la période des Jeux olympiques, en fin octobre-début novembre 2022, pour permettre non seulement au CIO d'organiser et encore d'enchainer avec la Coupe du monde au Qatar. Et aller au mois de novembre nous fera gagner beaucoup de temps pour être vraiment au top au niveau de l'organisation. Le Président Macky Sall a réitéré son engagement à créer toutes les conditions d'une organisation parfaite de ces jeux qui sont organisés par le Sénégal au nom de l'Afrique. Nous avons fait le tour d'horizon des contacts menés par le CNOSS, par le président Diagna Ndiaye qui est, aussi, en train de s'investir partout en Afrique et dans le monde, pour trouver des sponsors afin d'accompagner les efforts de l'Etat.

Parce qu'il faut dissocier le budget réel destiné à l'organisation des jeux et le budget d'investissement de l'Etat en ce qui concerne les routes, les hôtels, les infrastructures sportives. C'est la première fois que le CIO attribue des jeux en se basant sur la vision du dirigeant de ce pays, le chef de l'Etat. Et le PSE a joué un rôle extrêmement important, primordial dans l'attribution de ces jeux (... ) Le Président a déclenché le monitoring. Après le conseil présidentiel, le curseur sera mis maintenant sur les différentes activités pour pouvoir suivre pas à pas et être dans les délais afin de permettre au Sénégal de disposer de tout ce qu'il faut. Le CIO n'est pas extrêmement exigeant. Parce que l'attribution était basée aussi sur l'existant.

Il y aura une réhabilitation d'Iba Mar Diop, de la Piscine olympique, d'Amadou Barry. Le CIO voudrait aussi des activités dans la banlieue, l'Arène nationale étant à l'entrée de la banlieue. Donc, ce ne sont pas les nouvelles infrastructures sportives qui vont primer (... )Au niveau du tourisme, il faudra se battre pour avoir le réceptacle nécessaire. Avoir tous les hôtels de 5 étoiles parce que les autorités qui viendront au Sénégal, ce seront de très fortes personnalités. Au niveau transport, il faudra que les autorités se déplacent comme elles veulent. Le désengorgement, le désencombrement entrent dans la vision du Président de la République. Le schéma des JOJ a été tracé parce qu'il y aura un comité d'organisation qui sera coordonné par le président du Cnoss. Bien évidemment, en parallèle, il y aura le schéma étatique avec tous les ministères concernés pour accompagner les efforts du mouvement olympique, le mouvement sportif sénégalais».

LES INFRASTRUCTURES : « En mode Fast Track »

«Pour le Village olympique à l'université Amadou Makhtar Mbow, il nous faut 5 000 lits. Là aussi, on a une vision claire. Le chef de l'Etat a donné des assurances avec le promoteur. Je pense que le Village olympique sera livré bien avant même certaines réhabilitations. Ça, ce sont des actions prioritaires qu'il faudra régler. Devant le CNOSS et le gouvernement, le président de la République a assuré que ça va être livré bientôt. Normalement, au mois d'août, le Président procédera à la pause de la première pierre. C'est le même mode de travail que Dakar Arena, construit en onze mois, qui sera utilisé. Le Stade olympique sera livré dans les délais, ça sera du 'fast-tract'. Le site est connu, il y aura d'autres infrastructures connexes pour permettre à Diamniadio de disposer de terrains d'entraînement, de pistes d'athlétisme, même en dehors du très grand Stade Olympique de 50 000 places. Le schéma est déjà tracé et le démarrage est imminent».

PROGRAMME ELITE JEUNE : « Nous ne voulons pas faire de la figuration »

« Il faut analyser ces jeux-là sur plusieurs angles. Le premier angle, c'est l'organisation qui concerne le CNOSS, l'Etat du Sénégal, l'Afrique. Il faut réussir cette belle organisation. Mais la participation du Sénégal est aussi importante. C'est pourquoi, on part en 2020 pour pouvoir démarrer en trompe cet accompagnement de l'élite jeune pour faire une bonne sélection des meilleurs athlètes de 15 à 18 ans. Cela veut dire que nous ne voulons pas faire de la figuration. Nous voulons bien organiser et avoir aussi des médailles. Nous saurons faire l'équilibre entre les deux. Nous sommes dans le cadre des Jeux olympiques, il faut inculquer cet engagement pour le jeune de se battre pour son pays et être sur le podium. Mais nous n'oublierons pas que le premier palier, c'est réussir l'organisation. Le travail est en train d'être fait par le CNOSS. Le samedi passé, il y a eu cette rencontre avec l'ensemble des présidents de fédérations pour partager ces informations. Et l'Etat sera là pour accompagner ».

CAN «EGYPTE 2019, COMPETITIONS INTERNATIONALES : «Nous sommes dans des moments très difficiles »

«Ce qu'on peut retenir de cette participation, c'est que nous sommes dans des moments très difficiles. Parce que nous sommes victimes de nos performances. En général, nous n'avons pas l'habitude d'aller dans une même période à plusieurs compétitions internationales (... ) Il y aura les U20 au Mondial et bientôt la CAN en Egypte. Tout ça, c'est extrêmement difficile. Heureusement que la fédération (de football) est en train de faire un travail extrêmement important pour pouvoir prendre en charge les petites catégories. Avec les subventions et des participations des instances supérieures, la CAF et la FIFA, la fédération est en train de gérer. Et nous devons nous préparer pour une participation de notre équipe nationale pour «Egypte 2019». La fédération a déjà exprimé les besoins et nous sommes en train d'arbitrer. Nous faisons ce qu'on a l'habitude de faire, à savoir faire un appel de fonds. C'est des qualifications qui sont intervenues après le vote du budget. Parfois, c'est très difficile de faire le nécessaire. Mais, nous n'avons pas d'inquiétudes parce que l'Etat du Sénégal a l'habitude de prendre en charge ces questions qui ne sont pas programmées.

Et nous attendons, il y aura une LFR (Loi de finance rectificative). En plus de notre dotation normale qui est dans le budget, nous pourrons répondre aux préoccupations de l'équipe nationale et de la fédération. Nonobstant, maintenant, les fonds qui sont à la Fédération qui est aussi outillée pour pouvoir régler certaines questions. Avec cette entente qu'il y a entre la fédération et l'Etat, nous avons le même objectif. Nous travaillons autour de l'équipe nationale. Et nous travaillerons pour que les joueurs ne manquent pas de conditions ou de détails inutiles (...) Dès lundi, j'ai convoqué le président Abdoulaye Sow, le président Augustin actuellement en dehors du pays, pour qu'on reprécise les choses et qu'on avance. Lors de la remise du drapeau, le 7 juin, par le chef de l'Etat, nous voulons que tous les problèmes soient cernés et qu'on soit prêt à aller au front et savoir que cette Coupe d'Afrique ne sera pas comme les autres CAN. C'est une Coupe d'Afrique spéciale. Parce que nous sommes assez outillés et que le Sénégalais est devenu très exigeant, il a fait une lecture lucide de ses atouts : une belle équipe, une fédération qui nous satisfait sur le plan administratif.

Toutes les compétitions auxquelles le Sénégal participe, on n'a jamais été lésés sur le plan administratif (... ) Donc quand on a une belle équipe, une fédération comme ça et un Etat assez engagé aux côtés de la fédération, c'est légitime que le peuple soit très exigeant. Et cette foisci, j'espère que ce sera la bonne (... ) Nous attendons le discours du chef de l'Etat lors de la remise du drapeau, je ne peux pas anticiper sur l'ambition du premier supporter. Je sais que c'est une ambition partagée par l'ensemble du peuple sénégalais, c'est l'envie de toucher notre premier trophée (... ) Je ne parle pas de budget parce qu'il évolue. Ce n'est pas la première fois que l'on participe à la Can. Au Gabon, le budget a tourné autour de 3 milliards. Globalement, on communiquera autour du budget. Il y a beaucoup de choses pour réunir les conditions de performance ».

DETTE ET PRIMES : « Travailler pour réparer cette injustice »

« Pour les primes, on y est. On a fait un grand pas sur la question des dettes. Avant, on parlait des primes sans statistiques. Nous avons remonté avec le Comité olympique et la direction de la haute compétition. Le dossier est bouclé et déposé au niveau du ministère des Finances. Ils sont en train d'y travailler pour réparer cette injustice. Je reconnais qu'il y a une injustice qui date de 2008. Le plus important est que l'on s'est accordé à reconnaitre cette injustice et à trouver des solutions pour que la page soit tournée. Cela fait partie des questions les plus critiques que je gère à côté du Stade Demba Diop. Il faut que le stade Demba Diop soit remis en service en attendant d'avoir la solution structurelle».

GESTION DE LA DIRECTION TECHNIQUE NATIONALE : « Il faut du sang neuf »

« Il faut du sang neuf. Il y a beaucoup de directeurs techniques nationaux qui sont à la retraite. Des jeunes peuvent les accompagner. On peut quitter la direction technique et rester dans la discipline pour apporter sa contribution et accompagner. Il ne faut pas faire de certaines fonctions une chasse-gardée. Je ne surprendrais personne. Le plus important est de voir où se trouvent l'efficient et l'efficacité et voir les hommes qu'il faut pour relever le niveau technique de nos disciplines. Vous reconnaitrez qu'il y a des Directeurs techniques qui ne sont qu'à Dakar alors que leur job est de faire le tour du pays, de faire la détection et d'installer ses organes au niveau des régions pour faire la formation. Je peux recevoir des propositions de Fédérations ».

ENTREE DU SENEGAL AU MONDIAL U20 : « Les jeunes nous rassurent par leurs prestations »

« Nous savions que nous avons marqué le but le plus rapide de l'histoire de la Coupe du monde de la catégorie U20. Nous étions fiers. Parce que une victoire pour un compétiteur, c'est de la fierté. Il faut le comprendre. Il n'y a pas de petite victoire. Quand le Sénégal gagne, tout sportif est content. C'est une bonne entrée en matière mais il faut être lucide. Il faut continuer à se battre, à travailler. Les jeunes nous rassurent par leurs prestations. Il y a de l'avenir. C'est ce qui manquait au Sénégal. Un jeu bien fait et une détermination dans l'action. Cette page de passivité est tournée. Maintenant, il reste d'être solidaire. On a besoin d'être uni autour de l'essentiel ».

STATE LAT DIOR : « Nous n'allons pas ouvrir Lat Dior à toutes les compétitions »

« Nous avons ouvert et permis à l'équipe du Sénégal de recevoir au stade Lat Dior. On ne va pas sur-utiliser ce stade. Nous traversons une phase critique au niveau des infrastructures. Pour transformer le stade Léopold Senghor, cela dépend de la République populaire de Chine. Elle va lancer le marché en Chine et choisir l'entreprise chinoise qui va l'effectuer. Ils choisissent la date parce que c'est une question de diplomatie. On ne va pas jouer à Lat Dior jusqu'à perdre la pelouse et être au Sénégal dans une situation qui ne lui permettra pas de recevoir. Nous n'allons pas ouvrir Lat Dior à toutes les compétitions et perdre notre investissement. Il faut préserver Lat Dior et sortir dans cette phase critique et avoir plus de choix. Il faut mettre du gazon synthétique au stade Maniang Soumaré ».

CODE DU SPORT : « Il faut un code qui va durer et porter le développement du sport »

« On en a parlé au Conseil présidentiel. Ce qui nous retarde, c'est encore au niveau du Fonde ou la Fondation pour le développement du sport. Nous ne serons pas aux Jeux olympiques sans notre code du sport. Il ne s'agit pas de se précipiter. Parce qu'après, il faut ouvrir au Cnoss et au mouvement sportif. Il faut que chacun fasse ses propositions. Il faut un code qui va durer et porter le développement du sport. Surtout sa dimension économique. On ne peut pas éviter ce virage parce qu'il faut trouver un organe qui peut capter des fonds et qui peut financer le développement de notre sport . Ce schéma qu'on a depuis 1960 ne peut plus continuer. Tout change et ce n'est plus les mêmes paramètres. La dimension économique du sport qui est en train d'être reconnu nous permettra de changer de paradigme. Faire en sorte que certains financements puissent être portés par le Fonds. Il faut que les dirigeants se mettent au travail en mettant en place des projets porteurs qui peuvent booster le développement du sport. Mais qui participeraient durablement au développement économique et social du sport. Il faut avoir un projet qui va apporter de l'argent et développer le sport.

SADIO MANE : « Il nous fait de la bonne diplomatie »

«C'est un sentiment de fierté de voir Sadio Mané jouer la finale de la Ligue des champions . Notre Sadio Mané est un patrimoine qu'il faudra préserver. On ne peut pas parler de Sadio Mané sans penser au Sénégal. Il nous fait de la bonne diplomatie et a besoin d'encouragement et de solidarité de son peuple (... ) Sadio est en train d'impulser une chose extrêmement importante pour le sport sénégalais. C'est un international qui montre sa solidarité. Il accompagne son peuple et son village en investissant dans des domaines prioritaires. Et ça, c'est un bel exemple que tous les sportifs doivent suivre. Il mérite le respect de l'ensemble des Sénégalais (... ) Je serai à la finale Liverpool-Tottenham».

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