Burkina Faso: Fronde syndicale permanente - On va pouvoir continuer comme ça ?

Cette fois, ce sont les médecins, infirmiers, sages-femmes et autres agents de santé qui étaient de permanence. Pas dans leurs salles de garde comme en temps normal, mais à la Bourse du travail et dans les différents piquets de grève à travers le pays.

Fait historique en effet dans l'histoire syndicale de la Haute-Volta au Burkina, tous les syndicats de la santé ont déposé en même temps seringues, stéthoscopes, ciseaux, bistouris et spéculums pour obliger le gouvernement à honorer l'ordonnance qu'ils avaient prescrite pour «l'amélioration de leurs conditions de vie et de travail».

Une formule consacrée qu'on aura rarement autant entendue que depuis ces dernières années tant les grèves, sit-in et autres «mouvements d'humeur» sont devenus le sport favori des Burkinabè.

En la matière, on doit sans doute battre le record du monde du nombre de jours sans travailler dans l'année. Pas une semaine ne passe sans que le front syndical, en perpétuelle ébullition, bouillonne.

Depuis trois ans et demi qu'il a emménagé à Kosyam, le président Roch Marc Christian Kaboré n'a pas eu un seul mois de répit sur le front syndical, confortant les tenants du pouvoir actuel dans l'idée que l'objectif inavoué était de rendre le pays ingouvernable.

En effet, comme dans une programmation réglée tel du papier à musique, quand ce ne sont pas les toubibs, ce sont les enseignants, les greffiers, les GSP ou encore les agents du péage, les personnels des régies financières et les magistrats qui ruent dans les brancards ; même si les travailleurs des deux dernières catégories citées, qui ont eu un peu de beurre dans leurs épinards, ont - momentanément ?- mis en sourdine leurs revendications puisque la bouche qui mange ne saurait parler.

Sans doute la plupart des exigences des grévistes sont-elles justifiées, surtout quand elles touchent aux conditions de travail.

Qui n'a jamais eu pitié de nos agents de santé à Yalgado et dans tous les centres hospitaliers du Burkina où on les voit parfois obligés de bricoler dans certaines situations pour sauver des vies faute du minimum médical ?

Et quelquefois dans un climat d'hostilité des malades et de leurs proches. En luttant pour avoir de meilleurs plateaux techniques, de meilleures infrastructures et plus de personnels, c'est donc avant tout pour leurs patients qu'ils se battent. Autant dire pour tout le monde.

On peut élargir cet argument de l'environnement de travail à des corps comme l'enseignement, de la maternelle au supérieur où le mot sacerdoce prend tout son sens avec ces effectifs pléthoriques, ce manque de locaux et tant d'autres maux qui minent le secteur de l'éducation.

Là où ça devient problématique, c'est que dans une surenchère interminable sur fond de course effrénée aux statuts particuliers, les fonctionnaires réclament encore et encore plus d'espèces sonnantes et trébuchantes, même ceux qui ne sont pas les plus impécunieux de la Fonction publique et qui ne seront certainement pas les premiers à mourir en cas de disette.

Pour ainsi dire, certains poussent l'indécence jusqu'à vouloir le beurre, l'argent du beurre et le c. de la bergère sans se soucier des autres alors qu'ils sont ceux-là même qui sont censés connaître la réalité des finances publiques.

Si l'essentiel de nos maigres ressources est consacré au «viim koèga» mensuel et aux différentes bonifications - qu'on les appelle primes de motivation, fonds communs ou autres -, quels investissements structurants l'Etat pourra-t-il faire encore pour construire des routes, des écoles ou des hôpitaux bien équipés ?

En fait, si on n'allait pas tous en baver, on pourrait s'entendre pour confier la gestion du pays pendant un an à Bassolma Bazié, le secrétaire général de la CGT-B, qui formerait un gouvernement avec les autres leaders syndicaux.

Ils pourraient ainsi s'augmenter comme ils le souhaitent et ils verraient par eux-mêmes si une telle situation est tenable.

Nulle part au monde, vous ne trouverez aucun employé du public ou du privé, y compris l'auteur de ces lignes, qui soit satisfait de sa rétribution. On peut de ce fait comprendre qu'on lutte pour son bien-être, mais pas au point de ruiner l'employeur, l'Etat dans le cas d'espèce, c'est-à-dire nous tous.

Il est vrai que, dès leur installation, les nouvelles autorités issues des élections de novembre 2015 ont commis un péché originel de gérer la situation au cas par cas, en octroyant notamment des dimes magistrales aux juges, ouvrant ainsi une boite de Pandore qui a libéré toutes les doléances des différents corps de métiers.

Du coup, la tentative de remise à plat du système de rémunération de la Fonction publique semble être une chimère à laquelle seul croit le gouvernement.

Qu'à cela ne tienne, est-ce sain que quelque deux cent mille agents du public engloutissent quelque 50% des recettes propres de 20 millions de Burkinabè ?

Et pourra-t-on continuer comme ça, surtout dans le contexte sécuritaire qu'on sait avec l'effort de guerre qui engloutit les sommes colossales qu'on peut imaginer ?

Peut-on continuer à s'enfermer, l'âme en paix, dans ce piège syndical sans fin ? N'y a-t-il pas lieu de décréter une trêve syndicale, au moins en ce qui concerne les traitements et salaires, pour sauver l'essentiel : la patrie ?

On aurait tort en tout cas d'oublier que c'est parce qu'il y a encore un Etat, même affaibli pour ne pas dire en voie de délitement sous les coups de boutoir des terroristes depuis quatre ans, qu'on peut revendiquer à peu près tout et n'importe quoi au risque de tuer «la poule aux œufs d'or».

A quoi cela sert-il de crier «la patrie ou la mort» si on ne peut pas se sacrifier justement pour le pays de nos pères au moment où il est en danger et si on ne pense qu'à sa petite personne ?

C'est en pareille situation qu'on reconnaît les vraies nations, celles où, face à un péril commun, tous mettent entre parenthèses divergences politico-idéologiques et intérêts particuliers pour parer au plus pressé : éteindre l'incendie qui ravage la maison commune. C'est le seul combat qui vaille présentement, sauf à penser que c'est l'affaire de Roch seul et des Forces de défense et de sécurité.

Il est vrai qu'en contrepartie, les autorités doivent respecter les engagements auxquels elles ont librement souscrit, montrer qu'elles sont vraiment déterminées à réduire le train de vie l'Etat et gérer la chose publique avec le maximum de rigueur et de vertu ; or là, ils sont nombreux les Burkinabè qui pensent que, malgré le discours officiel et les mesures cosmétiques, la gouvernance n'a pas fondamentalement changé après le départ de Blaise Compaoré.

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