Algérie: Gaïd Salah invente la présidentielle sans candidat

Photo: APS
Le général de corps d'Armée, Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, chef d'Etat-major de l'Armée nationale populaire (ANP),

Une question à un dinar à Ahmed Gaïd Salah, le généralissime chef d'état-major des armées algériennes.

Il tenait mordicus à une élection présidentielle, le 4 juillet prochain dans son pays, malgré l'opposition du peuple insurgé. Les faits donnent raison à ce dernier : aucun candidat ne prend le départ de cette course au palais d'El Mouradia.

Pourtant ils étaient 77 postulants à avoir retiré les formulaires de candidature auprès du Conseil constitutionnel.

Mais samedi dernier à minuit, heure limite du dépôt des dossiers, un seul candidat avait déposé le sien avant d'annoncer qu'il l'avait retiré : il s'agit de Lakdar Benzahia, un obscur militaire à la retraite.

Avant lui, Belkacem Sahli de l'Alliance nationale pour la République et Abdelaziz Belaïd du Front Al-Moustaqbal avaient annoncé qu'ils ne déposeraient pas leurs candidatures au motif que l'instance de contrôle de l'élection n'était pas installée, qu'il n'y avait pas de concurrents pour le poste ni de dialogue entre protagonistes de la classe politique. Résultat, il n'y a aucun candidat à cette présidentielle prévue dans 05 semaines.

C'est le lieu de demander à Gaïd Salah : et maintenant on fait quoi, mon général ? En effet, l'Algérie fonce tout droit vers l'impasse ou tout le moins vers un vide constitutionnel, car le mandat du gouvernement intérimaire installé à la suite de la démission du président Bouteflika, le 02 avril dernier, prend fin le 04 juillet 2019.

De fait, ce que craignait le général Gaïd Salah, l'illégalité des institutions républicaines, passe du stade d'éventualité à celui de forte probabilité.

Que vont faire alors les trois piliers rescapés du système Bouteflika toujours au sommet de l'Etat : le président par intérim, Abdelkader Bensalah, son Premier ministre, Noureddine Beddoui, et, par-dessus tout, le général Gaïd Salah ? Ont-ils un plan B pour éviter à l'Algérie de sombrer dans une plus grande instabilité sociopolitique ?

Ou bien le peuple insurgé, ragaillardi par cette impossible élection présidentielle selon l'agenda du pouvoir intérimaire, va donner le coup de grâce au système oligarchique chancelant des vétérans de la guerre d'indépendance et apparatchiks du FNL ?

Et l'armée ? Va-t-elle continuer à suivre son chef d'état-major dans sa vaine tentative de brider au profit de son clan la puissante contestation populaire ou va-t-elle assumer ouvertement un pronunciamiento, histoire de remettre à zéro les compteurs de la politique algérienne ?

Toutes les hypothèses sont envisageables pour décrypter une situation figée dans une polarisation entre manifestations de rues et gesticulations d'un général en manque de légitimité.

Qu'elle a raison la rue algérienne ! Comment pourrait-on organiser une élection présidentielle crédible sans un nouveau recensement du corps électoral ni un toilettage des textes la régissant ni une instance consensuelle de contrôle du scrutin ?

Ceux qui veulent d'une élection illico presto après la démission du président Bouteflika n'ont pas pris la mesure des aspirations démocratiques du peuple algérien.

Ce n'est pas seulement d'un changement de têtes au sommet de l'Etat qu'il veut, mais bien d'une alternance avec une remise en cause totale du système de gouvernance du pays. Cela passe forcément par des états généraux de la nation, matrice d'une constituante de refondation de la République.

Autant dire la fin des haricots pour Gaïd Salah, Abdelkader Bensalah, Noureddine Beddoui et tous les autres caciques de l'ancien régime, qui tentent par mille artifices de sauver ce qui reste du système militaro-oligarchique de Bouteflika. Mais cette élection présidentielle avortée est un signe qui ne trompe pas : la victoire du peuple insurgé est proche.

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