21 Mai 2019

Tunisie: Grille ramadanesque 2019 - De la fiction pour tous les goûts (papier d'angle)

Tunis — - Entre recherche esthétique, audace, ingéniosité et diversité des sujets sociétaux abordés, les feuilletons de la première quinzaine du mois de ramadan 2019 ont tenu en haleine les spectateurs en s'adressant à tous les goûts.

Focus sur les points forts des cinq fictions de la première quinzaine du mois :

« Ouled Moufida »-saison4- de Sami Fehri : la fiction, une simple œuvre de divertissement

En dépit de ceux qui critiquent la mise en scène d'une violence crue et la multiplicité des intrigues sans une logique narrative bien définie, la saison 4 de « Ouled Moufida » reste de loin le feuilleton le plus suivi par un large public en particulier les jeunes. Le nombre du visionnage des épisodes sur les réseaux de partage dépassant largement les autres séries reste un indice sérieux de la réussite populaire de ce feuilleton.

De l'action, des rebondissements qui s'enchainent, un scénario simple et du rêve mélangé à une dure réalité, les ingrédients qui font la marque de fabrique de l'animateur-réalisateur Sami Fehri réussissent toujours à attirer un large public fidèle aux aventures des trois frères « Ouled Moufida ». Les problèmes sociétaux sont posés à l'instar de la drogue chez les jeunes, la contrebande ou encore la liberté sexuelle sans traitement. Pour Fehri, le rôle de la fiction n'est pas de véhiculer un message ou inciter à la réflexion mais de divertir d'où la popularité et l'attractivité de ses séries. La force du produit proposé par Sami Fehri réside, ainsi, dans cette faculté, d'offrir aux spectateurs de la légèreté et du divertissement en mettant en scène la dure réalité du tunisien au-delà des classes sociales. Accentuer la violence et banaliser les tabous d'une société tunisienne à l'identité tiraillée entre modernisme et tradition en multipliant les intrigues pour rendre l'histoire invraisemblable: Fehri suscite la polémique, bouscule le spectateur sans pour autant chercher à lui faire la morale ou lui transmettre un message.

"Machaer" du réalisateur turco-allemand Muhammet Gok : la fiction, une œuvre pour promouvoir les atouts naturels et historiques de la Tunisie

Calqué sur les feuilletons turcs, « Machaer » (Sentiments) du réalisateur turco-allemand Muhammet Gok regroupe une pléiade d'acteurs tunisiens et algériens et s'adresse d'emblée au public maghrébin et arabe féru des séries turques qui ont détrôné depuis quelques années les séries égyptiennes et mexicaines du petit écran. « Machaer » raconte l'histoire de « Zahra » une femme algérienne qui fuit son mariage forcé et se retrouve à Tunis. Dans sa fuite elle percute la voiture de l'homme d'affaire « Taher » qui l'accueille chez lui. Sa femme Mariem malade et dont les jours sont comptés tente de lui trouver une femme avant de mourir. Au-delà de l'histoire d'amour, la musique, le décor, la dramaturgie dans la construction de l'intrigue et des personnages, « Machaer » séduit le public tunisien par la mise en valeur des villes tunisiennes en particulier la capitale. A l'instar d'Istanbul dans les séries turques, Tunis devient grâce à « Machaer » un personnage à part entière dont le réalisateur dévoile les atouts naturels et historiques. Adapter l'écriture et la dramaturgie des feuilletons turques à la culture maghrébine s'avère un pari réussi pour les producteurs tunisiens. L'engouement suscité par la série dans les pays maghrébins (Tunisie, Algérie, Lybie) renforce l'attractivité de la Tunisie comme destination touristique mais aussi comme lieu de tournage pour les fictions arabes.

"El Maestro" de Lassaâd Oueslati : la fiction, une œuvre pour redonner l'espoir

Après une absence de deux ans de la production des feuilletons à la lumière de la polémique suscitée par l'échec du feuilleton "Warda W Ktab" (ramadan 2016), la télévision nationale revient cette année avec "El Maestro" de Lassaâd Oueslati, une production qui réconcilie le service public avec les spectateurs. Inspiré de l'expérience personnelle du musicien Riadh Fehri dans les centres de rééducation des mineurs, l'histoire du professeur de musique et de son club au sein d'un centre de rééducation, son combat contre la bureaucratie d'un système hostile au changement tient en haleine le spectateur. En plus d'un scénario enrichi et alimenté par des témoignages véridiques, "El Maestro" de Lassaâd Oueslati se distingue par une direction d'acteur qui a su mettre en valeur les acteurs confirmés et les amateurs. Les sujets sociaux abordés à l'instar des conflits entre les générations, la violence et le manque de moyens dans les lieux pénitenciers sont traités d'une manière subtile facilitant l'identification d'un large public aux personnages en invitant le spectateur à une réflexion constructive autour des maux de la société. Au-delà de la dureté des propos et de la réalité exposée, Lassaâd Oueslati renoue avec les classiques d'une production dramatique portant un message d'espoir et d'optimisme : celle de l'art pour soulager et réparer les maux et la misère humaine.

L'affaire "460" de Majdi Smiri : la fiction tunisienne, un produit exportable à l'échelle internationale

Depuis son film "Fausse note" (2012), le réalisateur Mejdi Smiri peaufine son style personnel et affirme son identité, celle de proposer un produit tunisien exportable à l'échelle internationale avec une réalisation à l'américaine. Dans ce nouveau feuilleton, Mejdi Smiri affirme son choix de proposer un produit occidental qui dépasse les frontières tunisienne et arabe. Ciblant essentiellement un public avisé, mordu de séries américaines et de cinéma occidental, « la tunisianité » de "L'affaire 460" réside seulement dans un scénario alliant arabe littéraire et dialecte tunisien moderne incluant des mots en français en plus des noms des personnages.

Si dans les anciennes sitcoms de Smiri à savoir "Bolice" (2015-2017) ou "Talaa Wala Habet" (2014), l'influence occidentale se limitait à imiter le genre et l'esthétique tout en adoptant le continu à la réalité tunisienne, dans cette nouvelle création, le réalisateur prolifique pousse l'inspiration occidentale jusqu'au choix de l'histoire, du lieu, des personnages et le déroulement de l'action.

Filmés entre la Russie et la Tunisie, l'action se déroule dans les années 40, lors de la deuxième guerre mondiale dans un pays occidental où un inspecteur est chargé d'enquêter dans une affaire d'assassinat qui le plongera dans une relation d'amour et dans le monde de la politique.

Dans ce feuilleton, Majdi Smiri prend un pari risqué celui de proposer une fiction, qui au premier abord, peut déconcerter le large public qui trouve de la difficulté à s'identifier à une histoire, un univers et des personnages étrangers à sa culture.

Par sa structure narrative, ses références picturales littéraires, sonores et cinématographiques occidentales, le choix des acteurs, Majdi Smiri souligne avec audace que la production tunisienne peut toucher les étoiles hollywoodiennes.

Nouba d'Abdelhamid Bouchnak: l'identité tunisienne et son folklore, une source créative de la fiction

Le feuilleton "Nouba" propose de découvrir l'histoire de Maher, un jeune arrêté et condamné à six mois de prison. C'est là bas qu'il fait la rencontre de Sadok âgé de 60 ans et un des pionniers de l'empire d'El Mezoued, condamné à perpétuité. Maher qui devient son protégé, découvre grâce à lui l'univers du Mezoued qui l'impressionne.

Après sa série humoristique décalée "Hedhoukom" (2016-2017), le réalisateur Abdelhamid Bouchnak revient au petit écran avec un feuilleton intitulé "Nouba". Clin d'œil au premier grand spectacle tenu dans les années 90 autour du mezoued, un spectacle qui a mis en valeur la richesse de cette musique longtemps perçue d'une manière négative, « Nouba » est ainsi une immersion dans le monde de cette musique populaire ses codes et son univers. En plus de l'univers musical et artistique, Bouchnak plonge dans la société tunisienne des années 90 : une période où l'ancien régime de Ben Ali était à l'apogée de sa force et les formes de violence et délinquance commencent à durcir avec la propagation de la drogue et la corruption.

Malgré les anachronismes crées au fil des épisodes par les annonceurs dans le placement de leurs produits sans respecter les exigences esthétiques de l'œuvre artistique, le travail de Bouchnak attire par sa créativité, une créativité dont le fond et la forme puisent dans la profondeur de l'identité tunisienne et son patrimoine.

« Nouba » (transe dans son sens littéral) plonge le spectateur dans la transe créative du réalisateur parallèlement à la transe musicale. Des personnages attachants dont la construction dramaturgique complexe se met en place d'une manière progressive sont servis par un scénario où se mélange l'humour, la poésie et langage d'époque. Dans « Nouba », Bouchnak mélange avec beaucoup de justesse les genres entre polar, romance, drame, comédie sociale et musicale apportant une touche moderne et actuelle à une époque passée.

Tunisie

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