26 Mai 2019

Ile Maurice: Bambous - L'insoluble problème de logement de Marie-Laurence Cupidon

La Rodriguaise Marie-Laurence Cupidon, à Maurice depuis 26 ans, a l'impression d'être prisonnière dans un labyrinthe. L'amputation des deux pieds de son mari l'a réduite au chômage forcé. Ils vivotaient sur les allocations sociales. Le ciel leur est tombé sur la tête lorsque leur propriétaire a réclamé sa maison. Le couple n'a pas les moyens de payer le loyer.

Depuis plusieurs mois, Marie-Laurence Cupidon, 47 ans, vit dans l'angoisse. Même si elle ne possède pas grand-chose, elle garde propre la maisonnette qu'elle et son mari louent depuis huit ans dans une arrière-cour à Bambous. Sur son vaisselier trône une statue de la Vierge Marie, devant laquelle une bougie est allumée. «Je suis désespérée. Li pa fasil séki mo pé traversé la. Mais malgré ça, je continue à prier.»

Cette native de Mourouk, à Rodrigues, a épousé son compatriote Joseph Archange Cupidon, de sept ans son aîné, à un mois de ses 18 ans. Ensemble, ils ont eu une fille. L'emploi étant rare à Rodrigues, ils ont décidé de s'installer à Maurice. Joseph Archange Cupidon a trouvé de l'embauche comme maçon, elle comme machiniste dans une usine textile où elle est restée 18 ans.

«Une mauvaise circulation sanguine (... ) a transformé sa blessure en gangrène. L'amputation était inévitable.»

Leur situation a commencé à dégénérer quand Joseph Archange Cupidon a commencé à souffrir d'une colite chronique - inflammation du côlon qui se traduit par des troubles du transit. Dans son cas, c'est la diarrhée dès qu'il avale quelque chose et des douleurs abdominales importantes. Pour ce trouble, il est sous médication à vie.

Malgré ce souci de santé, Joseph Archange Cupidon a continué à travailler. Il ne s'est pas inquiété lorsqu'il a commencé à avoir les jambes lourdes. Même lorsqu'il a eu une légère blessure au pied gauche, il n'en a pas fait grand cas. Sauf que celle-ci n'a jamais séché. Il s'est d'abord cru diabétique, mais les médecins l'ont détrompé. À la colite s'est ajoutée une mauvaise circulation sanguine qui a transformé sa blessure en gangrène. L'amputation a été inévitable.

Malgré ce contrecoup du destin et l'immobilité de son mari, Marie-Laurence Cupidon a continué à travailler. Mi-2018, la gangrène a attaqué le pied encore valide de Joseph Archange Cupidon. L'infection, bien que traitée, a gagné du terrain. Elle est montée jusqu'au genou. Son pied droit a été amputé jusqu'à mi-cuisse. Un malheur n'arrivant jamais seul. Sa colite a empiré.

Ne pouvant plus travailler depuis, Joseph Archange Cupidon passe ses journées allongées ou sur son fauteuil roulant, à broyer du noir. Sa colite ne lui donne pas de répit. «Les médecins ont dit que si le comprimé qu'il prend n'a plus effet, il faudra passer aux injections.» Marie-Laurence Cupidon a dû arrêter de travailler pour s'occuper de lui. Les démarches de cette femme auprès de la Sécurité sociale lui ont permis d'obtenir une pension d'invalidité de Rs 5 800 pour son mari, tandis qu'elle perçoit une allocation de Carer de Rs 3 000. Ce qui représente toujours un manque à gagner dans le budget familial car lorsqu'ils étaient tous deux actifs, ils ramenaient un budget total de Rs 23 000. Aujourd'hui, ils vivent avec seulement Rs 8 800.

Lorsqu'ils retranchent le montant du loyer de Rs 4 800, il ne leur reste que Rs 4 000 pour payer les charges comme l'eau et l'électricité et faire les courses. «À cause de sa colite, mon mari utilise plus d'une dizaine de couches par jour. Et celles-ci coûtent cher.» Elle avoue, gênée, qu'elle ne réussit pas à «fer enn bon rasion». Lorsque les provisions sont épuisées, elle frappe à la porte des voisins en quête d'un petit quelque chose à manger pour elle et son mari. «Ils me donnent toujours quelque chose. Mais il arrive qu'eux aussi n'aient rien dans leur garde-manger.»

Elle a récemment dû ravaler sa fierté et aller frapper à la porte de Caritas, à Bambous. «Caritas m'offre un peu de couches et quelques courses alimentaires comme un sachet de riz ou une bouteille d'huile.» Même si elle doit aller dormir le ventre vide, sa priorité demeure le paiement du loyer pour qu'ils aient toujours un toit sur leur tête.

Or, en consultant Facebook, il y a quelques mois, elle découvre avec stupéfaction que son propriétaire met en vente la maison qu'elle et son mari louent. Lorsqu'il vient chercher son loyer, elle l'interroge. Il reconnaît qu'il a mis sa demeure en vente. Il y a trois mois, il est venu leur demander sa maison au plus vite.

Les Cupidon ont bien une fille de 27 ans, mariée à un Mauricien qui travaille comme maçon. Mais ce couple a quatre enfants et ne peut se charger de deux bouches supplémentaires. Leur fille leur rend visite de temps à autre et cela permet à Marie-Laurence Cupidon de faire des courses ou d'aller chercher un autre toit. «Je ne peux m'absenter longtemps car notre fille n'osera pas changer la couche de son père et lui ne le voudra pas non plus.»

Marie-Laurence Cupidon s'est mise à chercher une maison à louer dans la localité. Elle a même été jusqu'à Beau-Bassin, voire Rose-Hill. Mais les loyers sont hors de leur portée. «On me demande jusqu'à Rs 8 000. Comment voulez-vous qu'avec nos faibles revenus, nous puissions payer ça ? C'est impossible.» Elle n'a pas tenté d'aller voir ailleurs. «Akoz mo mari, mo pa tro kapav sorti andéor kad parski li éna so tretman lopital Jeetoo.»

De guerre lasse, elle est allée à la National Empowerment Foundation en quête d'un logement social. On lui a rétorqué qu'elle n'y était pas éligible car ses revenus étaient trop faibles.

Elle n'a pas essayé d'aller voir les députés de la circonscription. «Enn zom kapav al partou. Enn madam non. Kot mo koné mo'nn alé. Si je pouvais trouver une maison à louer pour Rs 2 000, je l'aurais prise. Nous vivons avec une épée de Damoclès sur la tête. Déjà que mon mari est physiquement diminué, sa kout la sé so latet ki pou fatigé... »

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