Soudan: Grève générale au pays - «On utilise enfin nos droits»

Le personnel du supermarché Sena en grève pour soutenir la révolution, à Khartoum, au Soudan, le 28 mai 2019.

Le Soudan entamait ce mardi 28 mai deux jours de grève générale, à l'appel de la coalition civile en pointe de la révolte populaire qui a entraîné la chute du président Omar el-Béchir. Objectif : forcer la main des putschistes pour qu'ils acceptent des concessions dans les négociations en cours.

De nombreux piquets de grève avaient été montés dans différents quartiers de la capitale. L'ambiance était bon enfant. Des salariés de banques, d'assurances, des employés de ministères et d'institutions étatiques sont descendus dans la rue pour réclamer un pouvoir civil. Beaucoup manifestaient pour la première fois. Sous la dictature, c'était impossible. Mais avec Omar el-Béchir en prison, les langues et les esprits se sont libérés.

Cette journée de grève a évidemment entraîné des perturbations. De nombreux vols ont ainsi été annulés. Et selon plusieurs sources, la milice du général Hemeti a brièvement arrêté des employés de la compagnie d'électricité. Le numéro deux de la junte avait menacé ses salariés de licenciement. Mais cela n'a pas empêché les Soudanais de suivre le mot d'ordre. Beaucoup disent qu'ils n'ont désormais plus peur.

« On a beaucoup parlé, créé des comités et des groupes WattsApp, imprimé des papiers, raconte Salah Rashid, employé à la Banque Khartoum, le premier établissement financier du pays, qui a débrayé dès minuit. Les banques en grève, ça va paralyser 90 % des mouvements financiers. Et sur le long terme, ça va devenir un outil pour faire pression sur tous ceux qui ne respectent pas les demandes du peuple. » « Je suis très fière. On utilise enfin nos droits pour contraindre les militaires. Personne n'a peur et personne ne peut nous licencier. On défend simplement nos libertés », s'est ainsi réjouie Dora Mohamad Raqma, employée dans la même banque.

Les 110 succursales de l'entreprise vivent la même situation. Du jamais vu, selon Ayman Salahiddine : « Même si on perd notre travail ce n'est pas grave, c'est notre tour. On représente tous la révolution aujourd'hui et c'est un moment historique. On n'est plus des enfants. On a grandi. On est comme les doigts d'une main et on fait ce qu'on veut. »

La troïka États-Unis-Royaume-Uni-Norvège a demandé ce mardi à la junte de lâcher le pouvoir. « Il faut mettre fin à cette période instable. L'absence de gouvernement civil rendra plus difficile la coopération entre nos pays », a menacé l'organisation. Les putschistes céderont-ils ? Selon l'ALC, les soldats exigent les deux tiers des postes au Conseil souverain, ce qui n'est pas acceptable pour les civils. Le général Hemeti, lui, a déclaré être prêt à rendre le pouvoir, mais que l'opposition n'était pas sérieuse et voulait confiner les soldats dans un rôle purement symbolique.

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