Soudan: Grève générale pour que l'armée cède le pouvoir aux civils

Le personnel du supermarché Sena en grève pour soutenir la révolution, à Khartoum, au Soudan, le 28 mai 2019.

Alger — La pression s'est accrue davantage sur les militaires au pouvoir au Soudan où une grève générale de deux jours a commencé ce mardi, à l'appel des leaders de la contestation qui réclament désormais la mise en place d'"un gouvernement civil", plus de six semaines après la destitution du président Omar al-Bachir.

Un climat de tension croissante régnait dans la matinée au Soudan notamment à Khartoum où des employés de l'aéroport, de la Banque centrale, de la compagnie nationale d'électricité, ou encore des fonctionnaires du parquet général, ont annoncé leur participation à cet arrêt de travail de 48 heures prévu mardi et mercredi.

"Nous sommes là pour dire qu'un gouvernement civil est l'unique solution pour répondre aux revendications du peuple soudanais", a expliqué une dentiste, Hazar Moustafa, durant une marche organisée avec ses collègues dans le centre de Khartoum pour annoncer leur adhésion à la "grève générale" et à la "désobéissance civile".

Ce mouvement de débrayage répond à l'appel des leaders de la contestation, après l'impasse dans les négociations avec le Conseil militaire de transition au pouvoir.

"Afin de parvenir pleinement à la victoire, nous appelons à une grande participation à une grève politique générale", avait annoncé la semaine passée l'Association des professionnels soudanais (SPA) dans un communiqué.

Acteur clé de l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance du mouvement de protestation déclenché en décembre 2018, la SPA avait qualifié cette grève de "devoir révolutionnaire", appelant les manifestants à "la désobéissance civile".

Depuis la semaine dernière, les syndicats de multiples secteurs ont annoncé leur soutien à la grève. L'Association des professionnels a publié un grand nombre de communiqués de soutien. Beaucoup de corporations, les secteurs médical, pétrolier, bancaire...etc, ont clairement affiché leur volonté de faire grève. Le syndicat des pilotes de ligne aussi. L'aéroport de Khartoum marchait au ralenti mardi matin avec des vols annulés.

Divergences persistantes autour du Conseil souverain

Depuis le 6 avril, des milliers de Soudanais participent à un sit-in devant le QG de l'armée pour réclamer le transfert du pouvoir aux civils, après la destitution du président al-Bachir, sous pression de la rue.

Depuis, les militaires sont en négociation avec les civils. Mais ce dialogue est suspendu en raison de désaccord autour du Conseil souverain, l'organe qui doit diriger le pays durant la transition jusqu'aux prochaines élections.

Selon l'ALC, les soldats exigent les deux-tiers des postes au Conseil souverain, ce qui n'est pas acceptable pour les civils.

Face au refus persistant des militaires de céder le pouvoir, l'ALC a décidé d'utiliser l'"arme devenue inévitable" de la grève générale.

En cas d'absence de réaction des militaires face à cette action, Wajdi Saleh, membre de l'ALC, a menacé lundi soir de faire "monter la pression d'un cran vers une grève générale indéfinie". "Nous espérons ne pas en arriver là et que nous aboutirons à un accord", a-t-il dit lors d'une conférence de presse.

Lire aussi: Blocage politique au Soudan: l'ALC compte "consulter" les manifestants

Pour Siddiq Farouk, un des leaders de l'ALC, la grève de deux jours a pour objectif d'envoyer un message clair au monde entier: "le peuple soudanais souhaite un changement réel et n'acceptera pas de laisser le pouvoir aux mains des militaires".

"La grève est un moyen et non une fin en soi, elle est le droit ultime du peuple pour réaliser ses revendications", a estimé M. Farouk.

Par ailleurs, les militaires ont multiplié ces derniers jours les rencontres avec les dirigeants étrangers qui les soutiennent. Le chef du Conseil militaire, Abdel Fattah al-Burhane, s'est rendu dimanche aux Emirats arabes unis au lendemain d'une visite en Egypte, deux pays qui soutiennent l'armée au pouvoir au Soudan.

Pour sa part, le chef-adjoint du Conseil militaire, Mohamad Hamdan Daglo, dit "Himeidti", a rencontré le 24 mai le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane à Djeddah, dans l'ouest de l'Arabie saoudite.

De leur côté, les représentants des manifestants ont rencontré les ambassadeurs britannique et saoudien à Khartoum. Ils ont notamment demandé le soutien de Ryadh "pour l'instauration d'un pouvoir civil de transition".

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