Congo-Kinshasa: Sous le label de l'ASD - Etienne Tshisekedi, sauveur du Dialogue de Sun City

Pour recoller les morceaux du territoire national et mettre fin aux guerres fratricides alimentées et fomentées par les forces du mal, deux Etats voisins de l'Est à savoir le Rwanda et l'Ouganda, les Congolais avaient été contraints de se retrouver en Afrique du Sud, pour des négociations politiques, sous le leadership de l'Afrique du Sud.

C'est dans la ville balnéaire de Sun City que 1500 leaders sociopolitiques et leurs alliés s'étaient réunis pendant quatre mois sous la houlette du facilitateur botswanais, feu Ketumile Masire. Du 25 février au 19 avril 2002, les délégués congolais avaient relu l'histoire de leur pays sans complaisance, guidés uniquement par le souci de pacifier et de le réunifier.

Parmi les leaders politiques, Etienne Tshisekedi, à la tête de son parti politique l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), avait joué un rôle prééminent, assisté par 44 conseillers venus d'Europe et des USA.

Pressions extérieures

Bien entendu, les puissances occidentales y déléguèrent leurs représentants pour faciliter les négociations, d'autant que c'est le gouvernement sud-africain qui avait financé lesdits travaux pour un montant de l'ordre de cinq millions des dollars US.

Les négociations politiques inter congolaises se butèrent à la question de répartition des postes entre les trois grands belligérants, à savoir le gouvernement de Kinshasa dirigé par Joseph Kabila, le Rassemblement Congolais pour la Démocratie et le Mouvement de Libération du Congo.

Le 18 avril 2002, aucun accord formel ne fut trouvé. Alors que les participants faisaient leurs valises pour le retour temporaire au pays, des délégués du gouvernement de Kinshasa et du MLC (Mouvement de Libération du Congo) se retrouvèrent nuitamment dans un hôtel sud-africain portant le label de «Cascades». Ils sortirent, au terme de leur messe noire, avec un compromis politique baptisé «Accord de l'Hôtel Cascades» et tentèrent de faire croire au monde entier que cet accord engageait tous les participants au Dialogue Intercongolais. Selon les termes de ce deal politique, Joseph Kabila était reconduit président de la République, tandis que Jean-Pierre Bemba allait occuper le poste de Premier ministre. De retour à Kinshasa, un Conclave était même organisé dans la ville de Matadi, au Kongo Central, pour la répartition des postes au gouvernement, dans l'armée, la police, la territoriale, la diplomatie, les entreprises publiques...

La date du 30 juin 2002 était retenue pour l'investiture de ce gouvernement d'union nationale. Mais fiévreusement attendu à Kinshasa, Jean-Pierre Bemba, alors basé à Gemena, dans le Nord de l'Equateur, n'avait pas bougé de son quartier général. Et pour cause ? Etienne Tshisekedi, pour faire échec à ce «putsch» contre le Dialogue Intercongolais, avait décidé la mise en place d'une structure momentanée baptisée «ASD» (Alliance pour la Sauvegarde du Dialogue). A sa grande surprise, son mouvement rencontra l'adhésion massive des participants au Dialogue de Sun City. Une caution morale de taille fut apportée à l'ASD avec l'adhésion du RCD (Rassemblement des Congolais pour la Démocratie). Etienne Tshisekedi et plusieurs cadres de l'UDPS firent la navette entre plusieurs pays de la région en vue de leur faire prendre conscience des risques majeurs de balkanisation du pays.

L'option levée par Kinshasa de négocier un accord particulier avec le seul MLC, qui ne contrôlait pourtant qu'une partie de la province de l'Equateur, laissait la porte ouverte a des combinaisons dangereuses entre les mouvements rebelles exclus du processus et d'autres pays voisins. C'est cet aveuglement politique et ce refus de défendre l'intégrité du pays qui ont poussé Etienne Tshisekedi à se lancer résolument dans la bataille de la préservation de l'unité de la RDCongo. Au bout de plusieurs mois de «résistance», Etienne Tshisekedi et ses alliés du RCD finirent par obtenir gain de cause, obligeant le gouvernement de Kinshasa et le MLC à enterrer leur «mort-né». Pour ne pas mécontenter le gouvernement sud-africain et son président, Thabo Mbeki, qui avait même séjourné pendant quatre jours à Sun City, les négociateurs promirent de se retrouver à Pretoria au mois de décembre 2002. Un pré- accord y fut alors conclu avec comme garantie de se retrouver au mois de mars 2003 à Sun City pour des travaux de correction en termes législatifs consacrés.

C'est là que les chefs des délégations apposèrent leurs signatures au bas de cet accord dit de Sun City. Les mouvements politico-militaires, à savoir le RCD, le MLC et le gouvernement de Kinshasa se tapèrent la part du lion. C'était la naissance du système 1+4. Le gouvernement de Kinshasa rafla le siège du Président de la République. Quatre vice-présidences furent instaurées, animées par Abdoulaye Yerodia [gouvernement de Kinshasa], Azarias Ruberwa [RCD Goma], Jean-Pierre Bemba [MLC] et la quatrième vice-présidence, qui devait revenir à l'Opposition non armée, fut curieusement accordée a Z'Ahidi Ngoma, notoirement connu comme le tout premier dirigeant du RCD/Goma, c'est-à-dire un opposant armé. Pour d'autres fonctions, le MLC obtint la présidence de l'Assemblée nationale et les confessions religieuses la présidence du Sénat.

Les composantes politiques non armées ainsi que la fameuse société civile se contentèrent des ministères et vice-ministères minables ainsi que certaines entreprises du portefeuille.

Voilà comment Etienne Tshisekedi sauva l'intégrité territoriale et l'unité du Congo.

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