31 Mai 2019

Congo-Kinshasa: Maman Marthe - L'ultime torture

Du jeudi 30 mai au samedi 1er juin 2019, une femme, une épouse, une mère, une personne du troisième âge... va s'attirer les regards du monde entier. Il s'agit de Marthe Kasalu, la veuve d'Etienne Tshisekedi.

De 1979, année de la première relégation de son mari dans son village natal, sous le régime de Mobutu, pour avoir exigé une enquête parlementaire sur le massacre de plus de deux cents habitants de la localité de Katekelayi, dans la province du Kasaï Oriental, jusqu'en 2019, année du rapatriement du corps de l'illustre disparu dans la terre de ses ancêtres, sa vie n'a été qu'une succession de tortures morales et physiques.

L'ultime torture, qui l'a condamnée à deux années d'une longue et interminable attente pour l'organisation des funérailles du père de ses enfants, tout simplement à cause du passé politique de ce dernier, est celle de trop. Chacun peut se souvenir des obstructions faites par l'ancien pouvoir à la famille politique et biologique d'Etienne Tshisekedi, de 2017 et 2018, pour l'empêcher de lui rendre un hommage national, à la mesure de sa contribution décisive à l'avènement de la démocratie et à la restauration de l'Etat de droit dans sa patrie. On a nettement perçu, chez les dignitaires de l'ancien régime, la peur de voir le défunt confirmer, à titre posthume, son statut de père de la démocratie congolaise.

Condamner une pauvre femme à ne pas mettre fin au deuil porté en mémoire de son mari est une épreuve insupportable. Pendant 27 mois, Marthe Kasalu a vécu des nuits de cauchemars, dominées par les images douloureuses des brimades, détentions, condamnations judiciaires sommaires, emprisonnements, relégations à répétition d'Etienne Tshisekedi, plusieurs fois en compagnie de leurs enfants. Elle avait tout connu : la solitude pendant les séjours de l'opposant historique à la prison de Makala à Kinshasa, la vie rurale dans des villages de l'ex-Province Orientale, loin de leurs milieux d'origine, les assignations à résidence, les interpellations, les menaces de morts, les insultes, les calomnies... à cause du combat politique du défunt.

Il y avait aussi des promesses de toutes sortes, assorties plus d'une fois de menaces, notamment pécuniaires, pour l'amener à convaincre son mari à faire allégeance aux systèmes dictatoriaux qu'ils combattaient. Combien de fois n'a-t-on pas diabolisé Maman Marthe Kasalu, l'accusant tantôt d'avoir reçu des millions de dollars de tel envoyé spécial de tel dictateur pour torpiller l'UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social) ou de trahir Etienne Tshisekedi. Il suffisait que, par élégance ou hospitalité, elle ouvre les portes du salon familial et se mette à l'écoute d'un visiteur incapable d'accéder à Etienne Tshisekedi, pour que des ragots courent dans tous les sens sur sa présumée corruption.

Stoïque, elle supportait tout en silence, préférant vivre dans l'austérité, à l'image de l'idéal du père de la démocratie, uniquement préoccupé par sa mission de délivrer son peuple des dictatures qui se sont succédées au pays, de Mobutu aux Kabila, père et fils.

40 ans de tortures physiques et morales : tel est le triste bilan de la vie de Maman Marthe Kasalu aux côtés d'Etienne Tshisekedi. Comme pour parfaire le tableau, les «ennemis politiques» de son mari et de l'émancipation politique du peuple congolais ont pris le malin plaisir de la replonger dans la solitude, à plus de 8.000 kilomètres du pays, pour avoir eu le tort de l'avoir accepté comme compagnon de vie.

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