Cote d'Ivoire: District d'Abidjan - Pourquoi la viande a manqué à certains endroits

Centre commercial de PortBouët. L'espace fait grise mine en ce début d'après-midi du 28 mai 2019. Les foyers des "braiseurs" de viande, la spécialité de l'endroit, sont éteints. L'absence de cendre indique qu'ils n'ont pas été utilisés depuis un bout de temps.

Quelques vendeurs de poulets braisés sauvent, tant bien que mal, l'honneur de ce centre dont la qualité gustative de la viande bovine proposée aux clients attire du monde. Cette morosité détonne avec l'ambiance qui règne en face. Précisément à l'abattoir. On s'attèle là à maîtriser un bœuf et un peu plus loin à débarquer d'autres bovidés d'un camion remorque. Les nombreux bœufs que nous apercevons montrent que le district d'Abidjan ne souffre d'aucune pénurie. Alors qu'en face, les vendeurs de viande de bœuf ont pratiquement fait défection. Nous nous rendons à l'administration de l'abattoir, située à quelques encablures, où nous sommes reçus par le directeur des abattoirs et de l'hygiène alimentaire, Dr Dagnogo Komissiri.

Celui-ci confirme notre constat à l'abattoir malgré la grève des chevillards. Des bouchers solidaires des chevillards «Depuis 4 heures du matin hier (lundi dernier, ndlr) nous avons abattu plus de 250 carcasses jusqu'à la nuit », fait-il savoir. Et de poursuivre : «Quand vous dites qu'il n'y a pas de viande sur les marchés, peut-être que c'est dans les marchés que vous avez visités. Les vendeurs de Yopougon, ça fait deux nuits qu'ils viennent déposer les animaux ici. On les abat et puis ils viennent les récupérer le matin de bonne heure ».Dans la cour, nous apercevons une file de bouchers venus s'approvisionner. Pourquoi n'y a-t-il pas donc de viande au centre commercial et dans certains marchés du district ? Sur la question, le directeur des abattoirs et de l'hygiène alimentaire nous apprend que ce sont les chevillards qui ont l'habitude de livrer la viande aux bouchers et «qu'il y a une histoire de crédit entre les deux corporations».

Les bouchers endettés se montrent solidaires des grévistes ou ne peuvent mener leurs activités pour ne pas voir leurs créanciers en grève réclamer leurs dus. Par ailleurs, selon une source au sein de l'abattoir, des bouchers, par crainte d'une pénurie, ont doublé leurs provisions. District-chevillards, dialogue de sourds Sur ce, nous allons à la rencontre des chevillards. Un homme accepte de nous mener vers eux. Nous arrivons juste à la fin de la réunion qu'ils organisaient sous un arbre. Zoungrana Rasmane, qui se présente comme un boucher chevillard agréé du district d'Abidjan, nous informe qu'ils ont décidé de tenir ce jour une conférence de presse à la mairie d'Adjamé. «Avant pour un bœuf tué à l'abattoir, les apprentis bouchers perçoivent 1500 F. Il y a 43 crochets. Sur chaque crochet, il y a un groupe de travail qui dépouille l'animal, enlève les tripes, coupe la tête, enlève la queue, le poumon...

Et le chevillard vend essentiellement la carcasse. Il a des partenaires grossistes en tripes, queues de bœuf... Ces personnes viennent les récupérer au moment de l'abattage. Aujourd'hui on nous apprend que ces apprentis ont des prestations. Et ce sont ces prestations qu'on nous dit que ça coûte 19.000 F qu'ils ont rapportés aux 3000 F du district. Ce qui revient à 22000 F», justifie-t-il l'origine du débrayage. «Nous ne savons pas où ces dépenses sont quittées parce qu'il n'y a pas de prestation à ce niveau. Il n'y a pas d'autres taxes à l'égard des chevillards en dehors des 1500 F», soutient Zoungrana Rasmane. Augmentation ou pas, un dialogue de sourds s'est installé entre les chevillards et le district d'Abidjan.

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