2 Juin 2019

Algérie: Election présidentielle - Pari perdu pour Gaïd Salah

Photo: Noeman AlSayyad/ UNDP
Femmes s'inscrivant pour voter

Il tenait coûte que coûte à une élection présidentielle en Algérie le 4 juillet 2019, Gaïd Salah, le nouvel homme fort du pays. Le projet a fait long feu sous les coups de boutoir d'un peuple déterminé à ne pas déraciner à moitié le régime d'Abdelaziz Bouteflika. Le Conseil constitutionnel, peut-être à son corps défendant, vient de lui donner raison.

Après avoir rejeté les deux candidatures qui lui étaient parvenues ce 25 mai parce que incomplètes, l'institution a déclaré qu'il était impossible d'organiser une présidentielle dans un mois. Alors nous reposons à Gaïd Salah, le chef d'état-major des armées algériennes, notre brûlante question de la semaine dernière : et maintenant on fait quoi, mon général ?

Au-delà du général Gaïd Salah, la question s'adresse au reste des caciques du système Bouteflika encore accrochés aux mamelles de l'Etat qui font la sourde oreille à la clameur populaire. Pourtant elle crie fort, la rue algérienne, depuis trois mois et trois semaines maintenant ! Et il faut le redire, ceux qui voulaient d'une élection illico presto après la démission du président Bouteflika n'ont pas pris la mesure des aspirations démocratiques du peuple algérien. Ce n'est pas seulement d'un changement d'hommes qu'il veut au sommet de l'Etat, mais bien d'une remise en cause totale du système de gouvernance du pays.

Cela passe forcément par des états généraux de la nation, matrice d'une constituante de refondation de la république. Comment pourrait-il accepter alors, ce peuple insurgé, une élection présidentielle sans un nouveau Code électoral ni un nouveau recensement des électeurs ni un organe consensuel d'organisation du scrutin ; bref, sans confiance aux institutions en place ?

En tout cas, ce que craignait Gaïd Salah depuis la démission forcée du président Bouteflika, le 2 avril dernier, le vide constitutionnel, s'impose de plus en plus. En effet, l'intérim d'Abdelkader Bensalah à la tête de l'Etat devrait prendre fin le 4 juillet prochain. Au-delà, un respect stricto sensu de la Constitution ferait de l'Algérie un pays acéphale, c'est-à- dire sans président ni Premier ministre ni gouvernement.

Devant ce vide constitutionnel qui se profile inexorablement à l'horizon, Gaïd Salah et ses stratèges - on n'a pas besoin d'une boule de cristal pour le deviner - ont imaginé une solution pis-aller : pousser le Conseil constitutionnel à statuer ultra petita, c'est-à-dire au-delà de l'objet pour lequel il avait été initialement saisi, la régularité des dossiers de candidature à la présidentielle du 4 juillet. De fait, en décidant qu'il revenait au président intérimaire de convoquer de nouveau le corps des électeurs et de parachever le processus électoral, il donne quitus à Abdelkader Bensalah de rester président de l'Algérie à l'expiration de son intérim et aussi longtemps qu'un nouveau président ne sera pas élu.

Quand on sait que Bensalah est le premier des trois « B » que les croquants algériens ne veulent plus voir à aucun poste de responsabilité à la tête de l'Etat, on imagine que la rue n'arrêtera pas de gronder de sitôt à Alger, Constantine, Oran, Annaba, etc. La faute à des apparatchiks qui jouent à noyer le poisson de la seconde révolution algérienne dans l'eau du temps gagné à essouffler la contestation populaire. Y parviendront-ils ? L'avenir nous le dira. En attendant, pour une présidentielle le 4 juillet prochain, c'est pari perdu pour Gaïd Salah.

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