3 Juin 2019

Soudan: L'armée ouvre le feu sur les manifestants

Photo: Ahmed Bahhar/Masarib
Manifestants dans les rues de Khartoum, au Soudan .

Le sit-in des manifestants devant le siège de l'armée a été violemment dispersé ce lundi à Khartoum par les forces de l'ordre. Plusieurs personnes ont été tuées. Le Conseil militaire de transition dément.

Le bras de fer entre l'armée et les contestataires a fini par un bain de sang. Les civils, rassemblés par milliers devant le QG de la grande muette exigeaient le transfert du pouvoir. Dans les rues de Khartoum, c'était la confusion.

"Ils ont tué un des nôtres. Ils ont tué un des nôtres. Ils vont tous nous tuer. Ils vont tous nous tuer", s'insurgeait l'un des manifestants.

L'Alliance pour la liberté et le changement (ALC) qui mène la contestation a par conséquent décidé d'interrompre "tout contact politique" avec le Conseil militaire.

Par ailleurs, le comité central des médecins soudanais accuse les forces de l'ordre d'avoir tiré à l'intérieur de l'hôpital Charq al Nil et empêché l'accès au Royal Care, un autre établissement hospitalier de la capitale Soudanaise.

C'est pourquoi, l'Alliance pour la liberté et le changement a appelé à l'"intervention urgente" d'organisations humanitaires telles que la Croix-Rouge, le Croissant-Rouge et Médecins sans frontières.

L'ALC a également appelé dans un communiqué à des "marches pacifiques et des cortèges dans les quartiers, les villes, les villages".

Démentis

Le Conseil militaire de transition a lui démenti toute "dispersion par la force" du sit-in. Il estime que si une opération de sécurité a eu lieu, elle a visé un secteur "dangereux" proche de ce site emblématique faisant face au QG de l'armée et occupé depuis près de deux mois.

"Nous n'avons pas dispersé le sit-in par la force", a rétorqué le porte-parole du Conseil militaire, le général Shamseddine Kabbashi, à la chaîne de télévision Sky News Arabia.

Mais selon le politologue Hasni Abidi, ce transfert du pouvoir aux civils risque de ne pas être effectif. Il nous explique pourquoi.

"L'armée cherche un statu quo. L'armée cherche même le pourrissement pour pouvoir se présenter comme la seule institution capable de rétablir et entre-temps, je pense que le Soudan va rentrer dans une incertitude très importante. Et on n'est pas loin d'un effondrement total."

Appels à la retenue

Face à cette escalade de la violence, les appels à la retenue se sont multipliés.

L'ambassade américaine a été la première a réagir. Sur Twitter, elle a exhorté les généraux à "cesser" l'opération "injustifiée" de dispersion. Sinon, a-t-elle ajouté, le Conseil militaire en "porte la responsabilité".

Autre réaction, l'Egypte, qui a reçu récemment le chef du Conseil militaire au pouvoir, Abdel Fattah al-Burhane. Le Caire a appelé "toutes les parties soudanaises au calme et à la retenue et au retour à la table des négociations".

L'ONU a elle aussi condamné la répression violente des manifestations.

"Nous attendons du Conseil militaire de transition qu'il se comporte de manière responsable. La priorité pour l'Union européenne reste le transfert rapide du pouvoir à une autorité dirigée par des civils", a déclaré Maya Kocijancic, l'une des porte-parole de l'Union européenne.

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