3 Juin 2019

Cote d'Ivoire: Guerre contre les occupations anarchiques à Abidjan - Les dirigeants municipaux déterminés à ramener l'ordre

La fièvre des opérations de déguerpissement dans certaines communes de la capitale économique ne retombe pas.

Abobo. Jeudi 14 mai 2019. Il est midi. Le soleil brille et brûle. Sur la voie express, au niveau du quartier Avocatier, il y a foule dans les environs de la station Petro ivoire. Un détachement de la police nationale et des agents de la police municipale sont en faction. Un engin (une chargeuse) est en pleine action. Ses vrombissements font corps avec le bruit des froissements de feuilles de tôle et de brisures de bois.

C'est la direction technique de la mairie de cette commune qui, après quelques mois d'accalmie, a repris, depuis le 6 mai 2019, ses opérations de libération des emprises des voies et tous les espaces relevant du domaine public. Ce jour, des vendeurs de bois de menuiserie, des laveurs de voiture, des tenanciers de kiosque à café, des boutiquiers n'en reviennent pas.

La chargeuse, de son puissant godet, s'attaque à leurs installations. Ils ont juste le temps de sauver quelques objets. Certains essaient de parlementer en vain avec les agents d'exécution. Mais, c'est trop tard. « Voilà ce qui arrive, quand les gens n'ont peur de rien. Il y a très longtemps que tous ces commerçants ont reçu des mises en demeure. Mais, apparemment, ils ont cru que la mairie allait abandonner l'opération », explique un agent de la police municipale.

En fait, des contrevenants ont pu croire que « la guerre » lancée à leur encontre, dès l'accession du maire Hamed Bakayoko à la tête de la commune, ne se poursuivrait pas. « C'est pour cela qu'ils n'ont pas bougé malgré les mises en demeure », poursuit l'agent.

Apparemment, à Abobo, les populations ne semblent pas avoir encore perçu la détermination du conseil municipal à donner un autre visage à la commune. A savoir « un Abobo propre et sécurisé », comme le soutient le responsable de la Communication de la mairie, Yves Doumbia. Celui-ci est aussi sur le terrain des opérations menées par l'équipe technique.

Une police permanente contre les récidivistes

Mais, que de difficultés pour atteindre cet objectif qui ressemble fort à un défi insurmontable dans cette commune ! Les déguerpis recolonisent immédiatement les espaces dégagés. Ils n'attendent pas des jours ou des mois comme dans les autres communes. Certains se réinstallent dans les gravats juste après le passage des engins.

« A Abobo, les gens sont difficiles et têtus. On a beau confisquer leurs marchandises, ils reviennent toujours comme si de rien n'était. Ce n'est pas facile », explique Berthé Salia, adjoint au chef des opérations.

Qu'à cela ne tienne ! A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. La mairie est décidée à réussir son opération de lutte contre « le désordre et l'anarchie ». Ses dirigeants promettent de maintenir la pression pendant cinq mois. « On casse et on fait immédiatement la ronde pour que plus personne ne se réinstalle sur le domaine public », soutient-on. Mieux, à la fin des opérations de déguerpissement, une équipe permanente sera mise en place pour faire la police.

Pour l'heure, les choses ne sont vraiment pas évidentes. En témoigne la recolonisation des abords de la voie menant vers le quartier N'dotré, pourtant nettoyés récemment.

Si à Abobo, c'est très chaud, à Yopougon, l'autre grande commune du pays, les opérations de libération du domaine public lancées par le maire Koné Kafana se déroulent plus ou moins calmement. Du moins, il n'y a pas de recolonisation immédiate. Deux grandes artères et plusieurs rues ont déjà été visitées par les engins.

Les opérateurs économiques touchés par les démolitions, entreprennent, sagement, dans leur grande majorité, la reconstruction des façades de leurs bâtisses dans le strict respect des limites autorisées. Sur le bouillant boulevard Ananeraie-Niangon nord, les bars, les salons de coiffure, les boulangeries et autres divers ateliers ont été réajustés.

A voir le standing de certains locaux commerciaux qui ont été touchés par les démolitions, on comprend aussi la détermination de la mairie à restituer aux artères de la commune, leurs emprises. Ici aussi, les dirigeants entendent appliquer la règle de la tolérance zéro aux récalcitrants, comme l'affirme le directeur technique, Yéo Adama. Il s'agira, aussi, à l'image d'Abobo, de faire la police de manière permanente contre les éventuels réfractaires.

Pour la suite, la mairie de Yopougon annonce l'embellissement des grandes artères. Des pavages y seront effectués à cet effet. En attendant cette étape importante, le grand challenge reste incontestablement le déguerpissement imminent du boulevard Sable-Carrefour Zone.

S'il y a quelques appréhensions relativement à la guerre contre l'anarchie à Abobo et à Yopougon, il y a, en apparence, beaucoup plus d'assurance à Koumassi. Tout a commencé par le nettoyage des abords des écoles et des centres de santé. Ensuite ce sont toutes les occupations anarchiques des rues qui ont été rasées. Là-bas, souligner la détermination des responsables municipaux est une vérité de la Palice. Ce bout de phrase tiré des propos tenus récemment par le maire Cissé Bacongo, dans l'affaire de remblaiement illégal de la lagune à Koumassi, édifie : « En tout cas, en tant que maire de Koumassi, le désordre, je ne vais jamais l'accepter ».

Ce maire est arrivé à la tête de la mairie avec la ferme volonté de redessiner cette autre difficile commune d'Abidjan. D'où la hache de guerre qu'il a déterrée, dès sa prise de fonction, contre tout ce qui est installations anarchiques.

Son action s'est conjuguée avec celles de l'Office national de l'assainissement et du drainage (Onad) et de l'Agence nationale de gestion des déchets (Anaged). La première structure a mené une grande opération de libération des ouvrages hydrauliques dans le cadre de la lutte contre les inondations. Quant à la seconde, elle a nettoyé les chaussées.

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