Congo-Kinshasa: M. Mutinga - « C'est irrationnel de vouloir déboulonner et s'interdire la chasse aux sorcières »

La coalition FCC-CACH traverse une zone de très fortes turbulences. A l'Assemblée nationale, la plénière du vendredi 7 juin a donné la preuve du climat de suspicion qui règne entre les deux partenaires à la cogestion. Apparemment, le FCC n'est pas à jouer franc jeu.

Il tente par tous les moyens de bloquer le chef de l'Etat, Félix Tshisekedi, dans sa volonté de rétablir un Etat de droit en RDC. Président du Parti des démocrates pour la bonne gouvernance (PDG) et du regroupement politique, Alliance pour l'alternance démocratique (AAC), Modeste Mutinga pense que le chef de l'Etat devrait prendre date avec l'histoire. Il doit aller jusqu'au bout de sa logique. « Il est irrationnel, dit-il, de vouloir déboulonner et s'interdire la chasse aux sorcières ».

Partenaires à la cogestion de la République démocratique du Congo jusqu'en 2023, année prévue pour les prochaines élections, le FCC et le CACH se regardent en chiens de faïence. Les deux alliés se détestent, sans toutefois donner des signes de rupture. Malgré les joutes verbales de cette dernière semaine, dans les deux camps, l'on tente de calmer le jeu, s'assurant de laver le plus rapidement possible le linge sale en famille. Avec l'espoir d'évoluer en toute quiétude.

Mais, les signes de friction sont bien visibles. Vendredi dernier, les députés FCC ont franchi le Rubicon en s'attaquant de manière frontale au chef de l'Etat. On n'est pas passé loin de l'outrage au président de la République. Entre le FCC et le CACH, c'est « je t'aime, moi non plus ». Réunis par un concours de circonstances, au terme des élections du 30 décembre 2018, les deux regroupements politiques ont du mal à exécuter leur deal. Meilleur perdant, le FCC ne se montre pas prêt à se mettre sous la coupe de son tombeur, le CACH. Il ne s'en cache pas.

Tentative du vendredi dernier à la plénière de l'Assemblée nationale, indiquent plusieurs, serait l'option en étude sur la table des stratèges du FCC. Quelque chose de pas catholique du tout se préparerait au sein de la fa- mille politique de Joseph Kabila. Le FCC affûte déjà ses armes. Ses députés nationaux s'apprêtent pour l'assaut final.

Prendre le devant

Fin observateur de la scène politique, où il est à la tête du PDG (Parti des démocrates pour la bonne gouvernance (PDG), Modeste Mutinga appelle le président de la République, Félix Tshisekedi, à prendre le devant pour contrecarrer le FCC.

« Le FCC prépare un coup fourré contre le président de la République. On en a eu la preuve vendredi dernier à l'Assemblée nationale. Ses députés nationaux n'attendent plus qu'une occasion pour régler des comptes au chef de l'Etat. J'espère que le président de la République a pris la mesure de l'urgence de couper l'herbe sous les pieds du FCC. Il faut qu'il agisse avant que la machine FCC ne soit lancée contre lui », note Modeste Mutinga, en réaction au débat du vendredi dernier à l'As semblée nationale.

Modeste Mutinga rappelle que le FCC n'a pas oublié la promesse du chef de l'Etat de déboulonner le système Kabila qui aura régné sur la RDC pendant près de 18 ans.

« Le FCC sait qu'en cherchant à déboulonner le système Kabila, comme l'a annoncé dernièrement le chef de l'Etat, c'est sa machine politique qui est visée. Avant que le chef de l'Etat ne passe à l'action, le FCC veut étouffer cette initiative dans l'œuf. Son objectif, c'est mettre le chef de l'Etat en difficulté en restreignant le plus possible sa marge de manœuvre pour gouverner. Avec sa majorité confortable au Parlement, le FCC pense y arriver. Depuis vendredi dernier, il a décidé de passer à l'action. Plus tard, d'autres actions vont suivre dans le but d'affaiblir davantage le président de la République. C'est la stratégie du chaos, c'est-à-dire bloquer le plus possible le chef de l'Etat pour montrer aux yeux de tous son incapacité à gouverner », pense Mutinga.

Alors que le FCC a déjà lancé sa grande offensive politique, Modeste Mutinga estime que c'est aussi le moment pour le chef de l'Etat d'user de toutes ses prérogatives constitutionnelles pour court-circuiter le FCC. « Le chef de l'Etat a une arme fatale en sa possession, c'est la Constitution de la République démocratique du Congo. Il doit en faire usage pour s'approprier le terrain et imposer à la limite sa marque », recommande Mutinga.

« Pour y arriver, renchérit-il, le chef de l'Etat doit faire preuve de courage politique auxfins de faire évoluer les choses dans le bon sens. Pour l'instant, il a un soutien de taille. C'est la confiance dont il jouît encore auprès de l'opinion publique locale. C'est à lui de savoir la capitaliser. Le peuple attend de lui des actions qui vont réellement dans le sens de la rupture des années Kabila. Pour le moment, il bénéficie d'un délai de grâce. Le peuple l'observe. Il est encore patient. Mais, après un temps, le peuple va se lasser pour ensuite le relâcher. Le FCC n'attend que ce moment pour enfin l'abattre. C'est à lui de prendre le devant avant que la roue de l'histoire ne tourne en sa défaveur ».

Face à sa promesse de déboulonner réellement le système Kabila - c'est le vœu de tout un peuple - Modeste Mutinga note que le président de la République ne peut pas réaliser ce vœu que si, entre-temps, il s'interdit d'écarter de la gestion de la chose tous ceux qui se sont compromis dans le passé.

« La lutte contre la corruption et la promotion de la bonne gouvernance doivent guider l'action du chef de l'Etat dans les prochains jours. C'est irrationnel de vouloir déboulonner tout en s'interdisant la chasse aux sorcières. Il faut à un certain moment que les gens répondent de leurs actes. La coalition ne peut pas servir de prétexte pour faire ta- ble rase de tous les actes de mauvaise gestion commis par des personnes bien identifiées et qui ont amené le pays à la dérive. Le chef de l'Etat a intérêt à sévir pour marquer son terrain. Si non, c'est tout son mandat qui sera hypothéqué », conclut Modeste Mutinga.

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