11 Juin 2019

Soudan: La répression des manifestants a marqué un tournant dans la crise politique

Photo: Radio Dabanga
Des membres de le milice RSF enlevant des barricades à Khartoum.

Les contestataires ont ainsi refusé la main tendue des militaires qui contrôlent encore le pouvoir. Ces derniers sont en effet accusés d'avoir contribué à trente ans de dilapidation des ressources du pays.

Tout a commencé en décembre quand le président Omar el-Béchir décide d'augmenter le prix du pain et du carburant. Déjà très affaiblis par la pauvreté, car le Soudan compte parmi les 20 pays les plus pauvres de la planète, les Soudanais se révoltent.

Trois décennies de mauvaise gouvernance ont affaibli l'économie. L'augmentation des prix a donc été la mesure impopulaire de trop.

Omar el-Béchir est chassé du pouvoir au terme de plusieurs mois de manifestations populaires. Le pouvoir tombe alors entre les mains des militaires. Mais l'opposition civile ne veut pas laisser cette transition militaire perdurer. Elle veut être à la manœuvre et changer les choses.

Amjad Fared, un des porte-parole de cette opposition, explique ainsi que l'or du pays est géré par des cartels privés et que cette richesse ne profite pas à la population.

"Le problème, ce n'est pas la richesse du pays. C'est la mauvaise répartition des biens et des recettes du Soudan qui crée la pauvreté."

En 2011, le Soudan perd le contrôle des principales ressources pétrolières avec l'indépendance du Soudan du Sud.

Mais le pays possède de l'or et de vastes gisements de fer, d'uranium et de gaz auraient été identifiés. En attendant l'exploitation de ces ressources, 80% des Soudanais actifs travaillent dans le secteur agricole.

La majeure partie de la récolte est exportée comme c'est le cas de la canne à sucre et du coton. Amjad Fared.

"L'exploitation agricole devrait aller dans l'intérêt des Soudanais. Mais le secteur souffre d'un problème structurel car les investissements se sont toujours concentrés sur l'exportation au lieu de renforcer les secteurs qui pourraient répondre aux besoins locaux. C'est pourquoi le plus grand défi auquel le prochain gouvernement de transition sera confronté est de réformer l'économie de sorte qu'elle soit plus profitable aux populations."

Ressources minières et le secteur agricole

Les deux plus importantes sources de revenus du Soudan, sont jusqu'à présent accaparées par quelques familles en lien étroit avec l'appareil militaire corrompu.

Un entrepreneur soudanais qui a requis l'anonymat avoue avoir souvent payé des pots-de-vin à ce qu'il appelle "les bandes mafieuses". Il espère que si l'opposition arrive au pouvoir ces pratiques pourront changer.

"Les bandes mafieuses sont présentes dans tous les secteurs de l'économie. Personne ne leur échappe. Chacun de nous doit coopérer avec la mafia. Par exemple, les deux structures qui exportent l'or étaient en contact avec le gouvernement et le président. Les opérations de change en dollar et en euro étaient contrôlées par quelques privés. Et jusqu'à ce jour, on m'oblige à collaborer avec eux. Je fonde mon espoir sur les prochains dirigeants qui seront peut-être meilleurs. Mais la mafia est toujours là."

Une mafia dont le départ reste hypothétique

S'ils se montrent favorables à un transfert du pouvoir aux civils, les militaires ne cachent pas leur intention de garder le contrôle de certains secteurs stratégiques.

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