10 Juin 2019

Congo-Kinshasa: Partenariat - La coalition FCC-Cach au bord de l'implosion

Photo: Site du FCC
Logo du Front commun pour le Congo (FCC)

Les deux composantes majeures du paysage politique congolais n'émettent plus sur une même longueur d'ondes et leur alliance traverse une mauvaise passe.

Aux contradictions qui émaillent les interminables discussions entre le Front commun pour le Congo (FCC) et le Cap pour le changement (Cach) sur la répartition des postes dans le prochain exécutif national, est venu s'ajouter l'imbroglio créé autour des dernières ordonnances du chef de l'Etat, nommant de nouveaux mandataires à la Gécamines et à la Société nationale de chemin de fer du Congo (SNCC). La goutte d'eau qui a fait déborder le vase est la plénière-couperet du 7 juin, dans l'hémicycle, qui a failli tourner à l'éclatement d'une coalition apparemment bâtie sur du sable mouvant.

A la suite d'une motion incidentielle qualifié de « hors-sujet » par les députés de l'opposition, le bureau de l'Assemblée nationale a pris le risque de soumettre à débat les ordonnances querellées du président de la République. Une attitude qui a suscité le courroux des députés du Cach qui y ont vu une volonté intentionnelle du bureau de violer son propre règlement intérieur pour satisfaire les intérêts de leurs collègues du FCC. Ces derniers, sautant sur l'occasion, ne sont pas allés de mains molles pour fustiger ces ordonnances tout en s'illustrant par des attaques personnelles à l'endroit du chef de l'Etat, Félix Tshisekedi. Ce qui a entraîné une levée de boucliers de la part du groupe parlementaire Cach dont les députés ont vivement réagi, le lendemain, en dénonçant le laxisme du bureau qu'ils tiennent pour complice de ces dérapages pour avoir laissé passer ce qu'ils considèrent comme une motion « inopportune et provocatrice ».

La culpabilité du bureau...

Dans leur déclaration faite le 8 juin, les députés du groupe parlementaire Cach n'ont pas caché leur indignation au regard de la tournure prise par les événements, faisant comprendre que le chef de l'Etat est réputé politiquement, au regard de la Constitution, irresponsable devant l'Assemblée nationale. « L'hémicycle n'est pas le lieu indiqué pour débattre des actes administratifs posés par le président de la République, chef de l'Etat, première institution du pays, qui, conformément à la Constitution, n'appellent pas à un débat », ont martelé les députés du Cach, visiblement irrités par ce qui s'est passé, la veille, au parlement. Et de poursuivre : « Nous dénonçons l'indifférence coupable du bureau de l'Assemblée nationale. Les propos tenus par le FCC constituent un outrage non seulement envers Monsieur le président de la République, mais aussi envers la nation tout entière ».

Une mise en garde qui, apparemment, ne semble pas émouvoir leurs collègues du FCC qui continuent de soutenir le caractère illégal des ordonnances cosignées par le président de la République avec son directeur de cabinet, en violation, selon eux, de l'article 81 de la loi fondamentale, surtout que la proposition n'a pas été débattue en Conseil de ministres. Quand bien même il peut y avoir une part de vérité dans ce que défendent les députés du FCC, ceux du Cach déplorent l'organisation de ce débat parlementaire en violation flagrante de la Constitution. Un fait qui n'a pas son pareil dans l'histoire récente du pays. « Les ordonnances ne se discutent pas à l'Assemblée nationale. Si le FCC estime que ces ordonnances sont irrégulières, la Cour constitutionnelle existe », entend-on dire du côté du Cach. Un député membre de ce regroupement politique argumente : « les actes posés par le chef de l'Etat entrent dans le cadre de ses prérogatives et ne peuvent faire l'objet de censure ni de discussion, encore moins de débat à l'Assemblée nationale ».

Une dérive institutionnelle

Pour d'autres, l'on est bien dans un cas de dérive institutionnelle consacrée par le bureau de l'Assemblée nationale. Ils croient savoir qu'il s'agit d'un plan bien concocté dans les officines du FCC « pour que finalement le président de la République soit exposé au mépris du public ».

C'est sur ces entrefaites qu'un projet de destitution du bureau que dirige Jeanine Mabunda est en train de germer. Son initiateur, le député Crispin Mbindule, estime que l'actuel bureau de la chambre basse« ne maîtrise pas très bien son travail qui n'est pas de contrôler le chef de l'Etat ».

Répondant aux griefs émis à sa charge, Jeanine Mabunda a indiqué qu'il ne s'agissait pas du président de la République dans le débat engagé vendredi dans l'hémicycle. « Nous parlons des lois, et des lois qui gouvernent apparemment dans le secteur du portefeuille », a-t-elle dit, tout en relevant le droit légitime des parlementaires de s'exprimer. « Si la perception d'un député au nom de sa liberté démocratique l'emmène à penser que les lois ne sont pas respectées, la plénière lui doit, comme à chaque député, le devoir de s'exprimer », a-t-elle tranché, sans parvenir à atténuer le malaise qui s'est installé dans la coalition FCC-Cach.

Pour rappel, le chef de l'État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a nommé, le 3 juin, des mandataires publics à la Gecamines et à la SNCC. Albert Yuma a été reconduit à la tête du Conseil d'administration de la Gécamines tandis que Gabriel Kyungu et Fabien Mutomb ont été nommés respectivement président du Conseil d'administration et directeur général de la SNCC.

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